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[Critique] The Crown, saison 4 : The Diana Effect

Après trois formidables premiers tours de piste, The Crown revient pour notre plus grand bonheur avec une surprenante quatrième saison. Plus subjective, plus à charge, plus touchante, plus gênante… À coup sûr la saison de tous les excès ! La présence de deux icônes historiques, Lady Diana et Margaret Thatcher, n’y est pas anodine…

A l’orée des années 1980, le Royaume-Uni s’apprête à rentrer dans une décennie qui va à jamais changer la face du pays, et celle de la famille royale. Les élections de 1979 placent au pouvoir Margaret Thatcher, première femme Premier ministre. Tandis que le Prince Charles fait la rencontre d’une jeune femme, une certaine Diana Spencer…

On her Majesty’s Service

Difficile de faire un tour concis de cette quatrième saison que nous propose Peter Morgan. Extrêmement dense, chaque épisode tend à mettre à terre de nombreux biopics et films historiques. La réalisation est systématiquement de haute volée. Le montage participe toujours autant à dynamiser une fresque historique qui s’étend sur de nombreuses années. En guise de narrateur, la musique de Martin Phipps, plus que jamais un personnage à part entière. Et bien évidemment, les comédiens. Inutile de chanter les louanges des interprètes de la Reine et du Duc d’Edimbourg (Olivia Colman et Tobias Menzies) : leurs visages étant déjà connus depuis la saison trois, pas de raison de s’y attarder.

Les vrais têtes d’affiche cette fois-ci, ce sont bien évidemment Lady Diana Spencer (Emma Corrin) et Margaret Thatcher (Gillian Anderson). En parlant d’affiche, il est intéressant de noter que sur celle de la saison quatre, le visage de la reine est écrasé entre celui de Lady Di et de la Dame de fer. Toute l’histoire sera à l’image de ce visuel. Les vedettes, ce sont elles, qui vont voler toutes les lumières habituellement adressées à la famille royale. D’ailleurs, pour parfaire cette comparaison, remarquons que le Prince Charles (Josh O’Connor) est présent en tout petit sur cette affiche, flou, derrière Diana…

Touching Thatcher

La saison entière sera articulée autour des relations entre Lady Di et le Prince Charles, et entre Margaret Thatcher et le reste du monde. Car c’est bien de cela dont il s’agit ici : la Dame de fer se présente comme une femme forte, à contre-courant du reste du monde politique, qui ne se laisse pas démonter et qui refuse, à tout prix, l’inaction. Si on ne voit jamais directement les conséquences des actes politiques de la Première ministre, elles ne sont pas pour autant occultées. Le chômage croissant, la guerre contre l’Argentine, la gestion au sein du Commonwealth. Tout est raconté, sans être vraiment vécu aux yeux des spectateurs.

Car ce n’est pas ce que cherche à raconter The Crown. Au lieu d’une fresque politique, la série propose l’histoire intimiste d’une ascension qui précède une chute, de la dualité (voire, rivalité ?) qui naît entre Sa Majesté et Margaret Thatcher. La série arrive à nous faire ressentir de l’empathie pour la Dame de fer, qui n’a pourtant pas gagné ce nom par hasard. Sans vouloir en raconter davantage, The Crown propose un regard relativement surprenant sur le personnage de Thatcher. Gillian Anderson est bouleversante dans cet incroyable rôle, à la démesure aussi forte que celui d’une certaine Princesse de Galles…

Too good to be true

En parallèle de la vie politique du Royaume, se déroule dans le privé une intrigue qui continue aujourd’hui de déchaîner les passions. La relation entre le Prince Charles et Lady Diana est… difficilement supportable. Non pas qu’il s’agisse d’un défaut de The Crown : mais la série ne semble rien édulcorer à la toxicité de leur mariage. Quant à savoir ce qui relève du vrai ou du faux, cela n’est pas de notre ressort, mais c’est là ce qui est le plus surprenant dans cette saison : pour la première fois, la série semble presque en faire trop autour d’un personnage.

S’il est connu aujourd’hui que le mariage entre le Prince et la Princesse de Galles n’était pas heureux et s’est soldé par leur divorce en 1996, l’évolution et la présentation du personnage du Prince Charles reste la grosse surprise de cette saison : il est le grand vilain, le Dark Vador. La comparaison antérieure avec l’antagoniste de Star Wars n’est pas anodine : on se rend compte que s’il agit ainsi, c’est qu’il subit un traitement similaire à celui d’Anakin Skywalker dans la prélogie… Depuis la saison trois ! Le Prince est destiné à un grand avenir, un avenir glorieux, mais il n’arrive jamais ; il veut s’exprimer librement, on le muselle ; il veut aimer qui bon lui semble, on lui interdit. La construction du Prince Charles est véritablement celle d’un méchant.

Il faut comprendre que ce n’est pas un défaut ; mais la série, qui restait jusqu’ici assez neutre dans le jugement des actes de la famille royale, prend ici clairement parti. On ne peut que prendre en pitié Diana Spencer, jeune fille tombée amoureuse trop vite d’un Prince qui ne l’a jamais épousé que pour assurer la descendance, et accomplir son devoir de Prince. En tout cas, la série nous le présente ainsi. Emma Corrin crève l’écran dans le rôle de Lady Di. D’un naturel déconcertant, comme la véritable Princesse, elle vole clairement la vedette au reste du casting. On l’aime autant que le Prince Charles la hait, pour des raisons qu’on ne révèlera pas ici. Peu étonnant, donc, que l’on se mette à détester le fils héritier de la Reine. Lui qui nous inspirait pourtant la pitié une saison auparavant…

What else ?

Il y aurait mille et une chose à raconter sur The Crown. Par exemple, l’usage intelligent de la musique, omniprésente, qui fonctionne comme un véritable narrateur. Elle annonce les personnages par leur thèmes avant de les voir à l’écran, et parfois, elle semble être vecteur d’avertissement. Comme par exemple ce « rumble », cette vibration gutturale présente au long du morceau « Black Widow ». Déjà utilisée dans la saison trois, sa présence lors des parties de chasse de la famille royale en présence de Margaret Thatcher et Lady Diana est tout sauf anecdotique… On pourrait également s’attarder sur les épisodes un peu « à part », ceux qui ne concernent ni Lady Di ni la Dame de fer, et remarquer qu’ils ne s’intéressent pas vraiment non plus à Sa Majesté, définitivement au second plan dans cette saison.

Conclusion : vous l’aurez compris, on pourrait palabrer des heures et des heures sur The Crown. Il ne s’agit pas d’une des meilleures séries du moment pour rien ! Rien dans cette saison ne semble laissé au hasard. La maîtrise est totale, du plus petit mouvement de caméra à la moindre note de musique. Le pari de laisser de côté la Reine en elle-même pour laisser la place aux personnalités flamboyantes et démesurées que sont Lady Di et la Dame de fer est un pari gagnant. Mais la meilleure chose qu’on puisse encore vous en dire, c’est de tout lâcher et de foncer la regarder. Long live our noble Queen, God save the Queen !

Bastien Rouland

The Crown
Une série de Peter Morgan
Durée : 10 x 50 minutes
Disponible sur Netflix

 


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