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[Rencontre] Thomas Solivérès et Pio Marmaï : “Faire un doublage comme celui d’En avant, c’est au-delà de faire un film !”

On le sait : les doublages français de films d’animation sont de plus en plus souvent assurés par des personnalités importantes du monde du cinéma… Chez Disney, on fait souvent appel à des acteurs confirmés qui donnent pour la première fois de la voix pour l’animation : François-Xavier Demaison et Jonathan Cohen pour Ralph 2.0, Pierre Niney, Gilles Lellouche, Charlotte Le Bon et Mélanie Laurent pour Vice-Versa… Pour les deux principales voix françaises du film En avant, Pio Marmaï et Thomas Solivérès, c’est aussi une grande première ! C’est tout sourire, avec en main les peluches à l’effigie de leur personnage et une ambiance bon enfant que les deux acteurs sont venus répondre aux questions des journalistes.

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Comment s’est passé le doublage ?

Thomas Solivérès : Pio et moi on ne s’est pas du tout vus, puisque chacun double de son côté, mais c’était une expérience très agréable qui demande énormément de technique.

Pio Marmaï : Alors je l’ai déjà souvent dit mais personnellement j’ai beaucoup transpiré, parce qu’on est tout seul dans un studio, dans une espèce de micro-cahute, et je m’agitais beaucoup, comme le personnage de Barley. Il a une sorte d’énergie qu’il fallait absolument amener et ça demande énormément d’investissement, même au-dessus de ce qu’on peut faire sur un film classique, en prise de vues réelles. Il faut se sur-investir et je me suis donné plus que ce que j’imaginais !


Vous vous basez sur les voix originales ou pas du tout ?

Thomas Solivérès : Il faut qu’on se cale sur les voix de Chris Pratt et Tom Holland, on les écoute, on les intègre et on essaie de s’en rapprocher au maximum, et caler la même énergie malgré les deux langues.


Pio, dans vos films, vous incarnez des personnages plutôt en retrait. Est-ce que le rôle de Barley vous a libéré ou permis d’explorer quelque chose de nouveau ?

Pio Marmaï : Je suis toujours très curieux de découvrir le plus de sensations. Pour moi, faire un doublage comme ça c’est même au-delà de faire un film, c’est vraiment une nouvelle méthode de travail et d’investissement complètement différente. Il y avait une forme de libération ou du moins d’excès que je ne m’autorise pas forcément dans les films, on peut tester des formes d’hystérie, des cris… C’est vraiment quelque chose que je n’ai jamais fait. Est-ce que je dois faire des personnages comme Barley désormais, je ne sais pas, peut-être un mix des deux… Vous en pensez quoi vous ? *rires*


Aviez-vous beaucoup d’informations sur le film au moment de signer, comme le scénario par exemple ?

Thomas Solivérès : Pas du tout ! On double au fur et à mesure sans connaître l’histoire. On me disait “tu verras, tu vas voir ce qui va se passer, on ne veut pas te spoiler… on veut que tu découvres sur le moment...” et forcément, j’ai deux grands frères donc le film m’a profondément touché aussi. J’ai été bouleversé par plein de choses.

Pio Marmaï : J’avais déjà vu la bande-annonce américaine et quand j’ai vu le petit personnage bleu en camionnette avec une petite veste en cuir, je me suis dit : “Ça ne peut qu’être moi !“. J’étais hyper excité de faire un Pixar, comme n’importe qui à ma place je pense ! Quant on t’appelle et qu’on te demande si tu veux faire un Pixar, on est hystérique ! Ce sont des films qui m’ont marqué, qui sont des œuvres singulières, assez dingues et riches !


Est-ce un autre travail que celui du comédien ?

Thomas Solivérès : Il n’y a pas vraiment de différence mais ça demande beaucoup d’énergie, de technique. On a eu la chance de travailler avec Hervé Rey (le directeur artistique du doublage, Ndlr) qui nous a fait énormément travailler. On ne connaît pas le texte à l’avance, on écoute une fois la version anglaise et il faut attaquer directement ensuite, on le fait sur le moment alors ça demande énormément de concentration.

Pio Marmaï : Aux États-Unis, le travail est complètement inverse. Ce sont les acteurs qui jouent entre eux, qui créent les situations et jouent, puis l’animation se pose par dessus, alors que là, il faut coller à une version pré-existante. Ce qui n’est pas évident puisqu’on n’a pas forcément beaucoup de choix, c’est beaucoup plus technique, ne serait-ce qu’en termes de synchronisation labiale (les mouvements de lèvres des personnages lorsqu’ils parlent, Ndlr). La langue anglaise n’étant pas du tout la même chose que la version française, il faut trouver le bon rythme.


Pourquoi pensez-vous que l’on vous a choisi pour ces rôles ?

Pio Marmaï : Avec Disney, il y avait une volonté de travailler ensemble un jour ou l’autre. Il fallait trouver un personnage ou un projet qui puisse correspondre à ce que je suis, qui soit cohérent avec ce que j’ai pu faire précédemment. Avec Barley, je trouve qu’il y a vraiment une sorte d’énergie très cohérente.

Thomas Solivérès : Pio et moi on ne s’était jamais rencontrés ! On a un ami en commun qui se mariait et j’étais invité à l’enterrement de vie de garçon, Pio aussi. À un moment de la soirée on passe devant une affiche d’un film d’animation et il me dit “Ah, trop cool ! C’est pas celui-là mais je vais faire le Pixar !” et moi à ce moment-là je n’étais pas du tout sur le projet, donc je lui disais “Ah super !”… Plus tard j’ai été contacté par la personne chargée du casting qui me disait qu’ils cherchaient encore le rôle du jeune, puis j’ai insisté auprès de mon agent pour passer l’audition… et voilà !


Avez-vous vécu des choses similaires à l’histoire du film (comme le réalisateur qui a perdu son père quand il avait un an, Ndlr) ?

Thomas Solivérès : Comme je l’ai dit j’ai deux grands frères, beaucoup plus âgés que moi. Cette histoire m’a vraiment beaucoup touché et, pour vous dire la vérité, il y a une scène en particulier, sans spoiler, où au doublage, j’ai vu la scène et je me suis complètement effondré d’émotion. J’ai dû demander à sortir deux ou trois minutes et me remettre. C’était exactement ce qui était pour moi l’essence même d’une relation entre frères. Les miens n’ont pas encore vu le film, j’ai hâte qu’ils le voient pour qu’on puisse en parler. La relation entre Ian et Barley est pour moi très juste et très touchante.

Pio Marmaï : À l’inverse, je n’ai pas de frère et sœur. À travers ma vie, j’ai perdu des gens, comme tout le monde dans sa vie, et c’est ce que je peux avoir en commun dans cette histoire. Si j’avais eu un frère, j’aurais aimé avoir une telle relation, ça aurait été très agréable.


Il est rare de voir ce genre de relation dans le cinéma d’animation…

Pio Marmaï : Il y a une sorte de pudeur qui se dégage dans cette relation, une maladresse. Ils travaillent cette relation tout au long du film, c’est très singulier et ça me touche beaucoup.

Thomas Solivérès : Il ne faut pas non plus oublier les personnages féminins, dont celui de la mère qui apporte énormément de tendresse à l’histoire et dans la relation avec les deux frères.

Propos retranscrits par Gabin Fontaine.
Conférence de presse réalisée le jeudi 27 février 2020 à l’hôtel Le Bristol à Paris.

Merci aux équipes de The Walt Disney Company France et à l’agence Heaven pour l’organisation de cette rencontre.

En avant
Un film de Dan Scanlon
Durée : 1h40
Sortie le 4 mars 2020


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