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[Rencontre] The Climb : “le film est une déclaration d’amour de deux Américains au cinéma français”

Ils sont scénaristes, producteurs et acteurs principaux de leur film : les Américains Michael Angelo Covino (également réalisateur) et Kyle Marvin étaient présents au Festival de Deauville en septembre 2019 pour présenter The Climb, qui sort sur nos écrans français ce mercredi 29 juillet (après une sortie initialement prévue au printemps). Le film, qui raconte sur plusieurs années et en plans-séquences (longues scènes filmées d’une seule traite) l’histoire tumultueuse, à la fois touchante et burlesque, de deux meilleurs amis, avait d’ailleurs été récompensé du Prix du Jury. Lors de la traditionnelle conférence de presse suivant la projection du film durant le festival, les deux cinéastes se sont confiés sur leur amitié, leur amour pour la France ou encore leurs techniques de réalisation.

Lire la critique de The Climb

En 2018, le Festival de Deauville avait décerné son Grand Prix à Jim Cummings pour Thunder Road, dans lequel le réalisateur endossait aussi les rôles de producteur, scénariste et acteur. Il faut croire que les jurys se succèdent et se ressemblent, et qu’ils apprécient tout particulièrement les cinéastes touches-à-tout. La carrière de Michael Angelo Covino et Kyle Marvin, elle, a d’abord commencé par la production, une étape du processus avec laquelle ils sont familiers et qu’ils ne se voyaient pas céder à quelqu’un d’autre : “Mike a déjà produit six longs métrages et moi cinq, explique Kyle Marvin, donc on a tout simplement trouvé que c’était plus simple de produire ce film également.” Et à son collègue de confirmer : “Produire un film comme The Climb, c’est quelque chose de très spécifique, et je ne voulais pas le réaliser si je n’avais pas totalement confiance dans tout le processus. Finalement on a fini par le produire nous-mêmes parce qu’on n’aurait jamais réussi à ne pas s’impliquer dans chaque étape.”

Et le cinéma pour Mike et Kyle, c’est jamais l’un sans l’autre ! “On est amis depuis presque dix ans et on n’a pas arrêté de travailler ensemble“, explique Kyle. Après avoir produit plusieurs films ensemble, l’idée de collaborer pour leur premier scénario et tournage semblait donc toute naturelle. Et lorsque l’on observe Mike prendre les devants de la conférence de presse avec sérieux et Kyle compléter ses propos, le sourire toujours collé au visage, on se dit que The Climb pourrait presque être l’histoire de leur propre amitié tant ils semblent proches de leurs personnages… d’ailleurs nommés Mike et Kyle.

“On voulait vivre avec ces personnages en temps réel”

Trente minutes de conférence de presse, et la majorité des questions qui interpellent les journalistes et festivaliers concernent les plans-séquences, très belles scènes filmées en une seule fois et sans montage, qui durent parfois plus de dix minutes et qui constituent la quasi intégralité et la marque de fabrique de The Climb. Une quinzaine de scènes au total (sans compter les courts interludes), qui étaient dans la tête du duo dès le début du projet.  “On réfléchissait à établir une esthétique et l’idée était simple dans nos têtes : on voulait vivre avec ces personnages en temps réel, précise Mike. Il y a une sorte d’immédiateté dans cette idée et à la seconde où l’on coupe, on altère ce qui se passe. On savait qu’on avait toujours l’option de couper et de monter, mais finalement on a trouvé de la créativité dans cette contrainte, des idées qu’on n’aurait pas trouvé sinon.” Résultat : les deux cinéastes font ainsi danser la caméra et leurs personnages de manière fluide et dynamique, toujours au service de l’histoire et des dialogues.

Mais alors, comment filme-t-on des scènes de dix à quinze minutes ? “L’approche pour ce film a été assez différente des autres films qu’on a produits, continue Michael Angelo Covino. Pour chaque scène, on prenait un jour entier pour répéter, un peu comme pour une pièce de théâtre. On se mettait d’accord sur les dialogues, le rythme, jusqu’à ce que toute la mise en scène fonctionne telle qu’on l’avait imaginée. Puis le jour d’après on tournait : normalement, on filme, puis on change d’angle, on installe le matériel pour faire différentes prises de vues… Pour The Climb, tout était dans la préparation avant le tournage.

Et dans ces longs ballets, y a-t-il de la place pour l’improvisation ?, demande un journaliste. Loin de là, selon Kyle Marvin ! “Une fois qu’on commençait à filmer, chaque membre de l’équipe et du casting et si dépendante l’une de l’autre, les choses étaient si précisément orchestrées qu’il était impossible d’improviser. Tout le monde sur le plateau était très concentré, que ce soit les acteurs ou l’équipe de tournage, parce que 12 minutes après le début d’une scène, un acteur peut dire sa toute première ligne ! L’ambiance était donc très intense et sérieuse.

Amoureux de la France

Un festival de cinéma américain se déroulant en France comme celui de Deauville n’aurait pas pu rêver mieux que The Climb dans sa compétition, car le film est parsemé de références à la culture française : une scène d’introduction en France, une petite-amie française, des musiques françaises… Alors, lorsque l’on s’aperçoit que Michael Angelo Covino et Kyle Marvin comprennent les questions en français, on est obligé de poser la question : quel est leur attachement notre pays ? “On a toujours adoré le cinéma français, commence Mike, qui avoue également avoir de la famille en France. À mesure qu’on écrivait The Climb, le film est devenu une sorte de déclaration d’amour de deux Américains au cinéma français. Je crois que les Américains ont souvent une version romancée de beaucoup de choses – et l’amour en fait partie – et que parfois cela coïncide avec la culture française, ce qui est probablement assez artificiel. Alors pendant l’écriture du scénario, on a voulu présenter au début du film cette idée romancée de l’amour et de la culture française que ces deux gars ont dans leur tête, et qui s’estompe au fur et à mesure.

Il faut dire que les deux amis ont baigné dans la culture française pendant la genèse du film, nous précise Kyle : “On a regardé beaucoup de films français pendant l’écriture, et écouté beaucoup de musiques françaises. Les chansons que nous adorions étaient d’ailleurs impossibles à acquérir : vous avez de nombreuses musiques géniales qui étaient trop chères pour nous !” Quid de l’influence des 400 coups de François Truffaut, dont un des journalistes a remarqué des similitudes avec The Climb ? “Mis à part la scène du mariage pour laquelle nous avons carrément obtenu les droits pour reprendre une scène du film, on n’a pas voulu spécialement s’inspirer de Truffaut en particulier, avoue Kyle. Je crois qu’on a plutôt été influencés inconsciemment pendant l’écriture par tous les films français que l’on a vus.” Mike, lui, précise avoir été davantage inspiré par Pierre EtaixLe Soupirant (1962), Le Grand Amour (1969) – dans sa façon de placer de l’humour dans les scènes les plus dramatiques.

De quoi charmer le public français, d’autant plus que The Climb arrive sur nos écrans en cette fin juillet compliquée pour le monde du cinéma, avec tous les atouts d’un film feel-good, touchant et drôle, qui combine le thème universel et tout public de l’amitié et la technique cinématographique bien particulière du plan-séquence. Parfait pour retrouver le chemin des salles obscures !

Lire la critique de The Climb

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