[Rencontre] Darius Marder : “Sound of Metal est un voyage sonore”

En 2013, il réalisait The Place Beyong the Pines, un film dramatique porté par Ryan Gosling et Bradley Cooper : le réalisateur américain Darius Marder est cette année de retour avec Sound of Metal. L’acteur Riz Ahmed (Les Frères Sisters, Venom) y interprète Ruben, un batteur de métal qui perd, de manière soudaine, la majeure partie de son audition. Cette expérience, autant visuelle que sensorielle, devrait débarquer sur les écrans français le 20 janvier 2021, après avoir été décalé.

C’est au Festival de Deauville de cette année 2020, sélectionné en compétition, que la France a pu découvrir Sound of Metal. Son réalisateur, lui, n’était pas présent en raison des restrictions sanitaires liées à l’épidémie de coronavirus, mais il a toutefois participé à un live sur le compte Instagram du Festival, dans lequel il s’est confié sur sa collaboration avec Riz Ahmed et l’acteur français Mathieu Amalric, ou encore sur l’utilisation du son dans ce film traitant du sujet de la surdité. Nous vous proposons ci-dessous la retranscription en français de cette interview, réalisée en anglais par Genie Godula (journaliste et maîtresse de cérémonie du Festival) sur Instagram.


Il y a beaucoup de références à la France dans Sound of Metal… 

C’est vrai ! L’aspect français n’était pas là à l’origine de l’idée du film, mais j’ai été inspiré, et c’est la première fois que je le dit publiquement, par des bribes de conversations que j’ai eues lors d’une rencontre avec Charlotte Gainsbourg. J’adore le cinéma français, il m’a toujours attiré, alors c’était une belle coïncidence d’avoir eu des producteurs français et belges ! Il faut aussi mentionner Nicolas Becker, qui est un ingénieur du son et un compositeur phénoménal.


Mathieu Amalric joue également dans le film. Comment s’est passé cette collaboration ? 

Mathieu est l’un de mes acteurs préférés. C’est aussi un grand réalisateur et scénariste, et une personne très intéressante. Je n’aurais pas pu espérer mieux pour le rôle. Je me suis aussi inspiré de son film Le Scaphandre et le papillon et de sa perspective très sensorielle. C’est très rare au cinéma. Mais le plus étonnant c’est que je n’ai pas eu à aller chercher Mathieu, c’est lui qui est venu me dire qu’il voulait faire partie du projet. Je l’ai rencontré à Paris et on a eu une incroyable connexion. C’est un artiste très passionné, à fond dans son travail, magnifiquement maniaque.


Justement : le spectateur, en regardant Sound of Metal, réussit vraiment à se mettre dans la tête du protagoniste grâce à cette immersion sensorielle. Pouvez-vous nous en dire plus sur l’utilisation du son dans le film ? 

Ça a toujours été l’idée de départ du film. Nous avons eu cette idée, il y a très longtemps, avec mon ami Derek Cianfrance, avec qui j’ai écrit le scénario de The Place Beyong the pine – en réalité nous l’avons eue avant même de travailler sur ce film. Il filmait un documentaire à cette époque et je me suis un peu occupé du montage. C’est à ce moment que j’ai commencé à jouer sur la perspective sonore. J’appelle ça le “point of hearing”, à la place de “point of view” (“point d’audition” à la place “point de vue”, Ndlr). Je n’ai jamais vu un film qui employait vraiment cette perspective. Et particulièrement parce que Sound of Metal est un voyage à travers l’audition, un voyage sonore. Nos tests ont commencé il y a dix ou douze ans. Et ensuite mon frère, Abraham Marder et moi avons commencé à écrire le script, et à réfléchir à la façon dont on pouvait montrer l’évolution de l’audition d’une personne dans un film et comment le spectateur pouvait l’accompagner viscéralement. Ça a été une odyssée.


Et comment avez-vous travaillé avec Riz Ahmed, l’acteur principal, sur le sujet ? 

Tout d’abord, on a tourné le film de façon chronologique. C’était très important pour moi parce que le film, lui-même, est très chronologique : on ne revient jamais en arrière, on va toujours de l’avant. On lui a aussi fait un appareil auditif sur mesure, qui non seulement bloquait les sons, mais qui émettait aussi un bruit blanc qui l’empêchait d’entendre sa propre voix, car les personnes sourdes peuvent sentir les vibrations de leur voix, mais elles ne l’entendent pas. C’est un peu sadique, mais je pouvais également contrôler cet appareil, l’éteindre ou diminuer le son, ou inverser le son pour qu’il soit déformé. Donc Riz a vraiment vécu tout le cycle de la perte de l’audition et il a fait l’expérience de la folie et du désarroi que cela provoque au début.

Voir l’interview originale (majoritairement en anglais)


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