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[Focus Vampires] What We Do In The Shadows : vis ma vie de vampire !

Il est un intrus parmi la masse : le vampire, être surnaturel, se doit de cacher sa condition aux simples mortels afin de survivre… Et parfois mieux duper ses proies avant de les dévorer, tout simplement. Nombreuses sont les œuvres à avoir tenté de faire subsister ce personnage mythique à l’époque moderne, de Twilight à Morse, afin de lui apporter – sans mauvais jeu de mots – du sang neuf (voir notre article dédié à ce sujet). En 2015, c’est un petit film néozélandais qui a littéralement créé la surprise : Vampires en toute intimité, réalisé et écrit par Taika Waititi et Jemaine Clement.

Avec un budget minuscule (1.6 million de dollars), les deux amis ont proposé de suivre le quotidien d’une colocation de vampires (oui) à notre époque, alors qu’approche l’une de leurs fêtes favorites, le bal de la mort… La particularité du film ? Son format, puisqu’il est tourné sous la forme d’un faux documentaire, caméra à l’épaule, comme si une équipe de journalistes s’occupait de réaliser un reportage pour le prochain numéro de Sept à huit sur TF1. C’est le film qui a dévoilé Waititi au grand public, et qui lui a permis de réaliser Thor : RagnarokJojo Rabbit et si tout va bien, le prochain Star Wars… Aujourd’hui décliné en série sous son titre original What We Do In The Shadows, et dont la deuxième saison a été diffusée cette année, Silence Moteur Action vous propose de revenir sur les raisons pour lesquelles l’univers de Jemaine Clement et Taika Waititi a su nous séduire !

Vampires en toute intimité : des suceurs de sang à Limoges…

C’est en quelque sorte avec les années que Vampires en toute intimité a gagné en notoriété : en France, le film n’a pas eu droit à une sortie en salles. C’est le distributeur Wild Side qui a alors décidé de le sortir directement en e-Cinéma, en version originale sous-titrée bien évidemment, mais également en VF. Cependant, pour offrir une plus-value à ce qui aurait pu être un doublage complètement ordinaire, il a été décidé de faire appel au duo d’humoriste Nicolas et Bruno afin d’en réécrire totalement les dialogues. Pourquoi ? Tout simplement parce que l’humour du film était très localisé : le film se déroule dans la ville de Wellington, en Nouvelle Zélande, dans sa version originale. Fan du travail de Nicolas et Bruno depuis Message à caractère informatifÀ la recherche de l’ultra-sexe ou encore la version française de The Office diffusée sur Canal+, Le Bureau, l’équipe de Wild Side leur a laissé carte blanche – avec l’accord de Taika Waititi et Jemaine Clement, bien entendu ! La plus-value apportée à ce doublage tient aussi à son casting, qui a mobilisé des acteurs tels qu’Alexandre AstierZabou BreitmanJulie Ferrier ou encore Fred Testot

Dans une interview donnée à Allociné, le duo indique que leur travail était une appropriation complète de l’œuvre, “à la fois fidèle au propos et à la narration, et en même temps quelque chose de personnel”. Ce pourquoi ils caractérisent leur mouture comme une “VFO”, pour “version française originale” ! Par conséquent, l’action du film a été transposée dans la ville de Limoges et les personnages renommés pour l’occasion : adieu Viago, Vladislav, Deacon ou Nick dans la version originale, et bonjour à Aymeric, Geoffroy, Miguel et JC. Pour des noms de vampires, on aura connu plus clinquant, mais là demeure évidemment tout l’intérêt du film : comment être un vampire en 2015 ? Comment parvenir à conserver ses traditions tout en essayant de s’adapter au monde moderne ? Tel est l’enjeu même des premières minutes du film, qui nous présente tour à tour chacun des vampires de la coloc, qui se retrouve à vivre exactement les mêmes rendez-vous qu’une colocation humaine : une réunion pour déterminer les tâches, de qui se colle à la vaisselle, les petites chamailleries… La réussite du film tient à ce décalage entre la sacralisation des vampires, connus pour leurs nombreux massacres, mais dont la stature se retrouve complètement anéantie face à un monde tout à fait ordinaire dans lequel ils sont contraints de se fondre.

What We Do In The Shadows : les vampires à New York

Quatre ans plus tard, l’univers de Vampires en toute intimité s’étend à la télévision américaine avec une série au format court (dix épisodes de vingt minutes par saison). Il s’agit pourtant de la seconde série dérivée de cet univers, puisque Wellington Paranormal est diffusée depuis maintenant trois ans en Nouvelle Zélande, mais n’a malheureusement aucun diffuseur français à ce jour. Arborant le titre original du film, la série What We Do In The Shadows, proposée aux États-Unis sur FX, est quant à elle disponible en France via Canal+. Toujours supervisée par Jemaine Clement, elle aurait également dû voir Taika Waititi à sa tête avant qu’on ne lui propose de réaliser Thor Ragnarok pour Marvel Studios. Mais comme on n’est jamais loin de son bébé, Waititi en a tout de même réalisé le tout premier épisode avant de laisser totalement les rênes à son comparse…

L’une des craintes de l’équipe était de ne pas savoir s’ils seraient capables de transposer le concept et l’humour de leur univers aux États-Unis, où se déroule l’action de la série (plus précisément à Long Island, tout près de New York). Ce pourquoi Clement et Waititi ont tout simplement décidé de faire appel à des personnages inédits, pour prendre un nouveau départ. Le concept reste cependant le même : une équipe de caméras suit le quotidien de Nandor, Laszlo, Nadja, Colin et Guillermo, quatre vampires et un humain… en colocation (vous l’aurez deviné !). Non seulement les prémisses de l’histoire sont les mêmes, mais la façon de travailler la série aussi : pour le film, Clement et Waititi ont tourné plus de cent cinquante heures d’images, car ils ont tout simplement improvisé la majeure partie des scènes : “lorsque nous finissions une scène, on en arrivait déjà à une heure d’image juste pour cette séquence-ci”, disait Taika Waititi dans une interview donnée au média américain Thrillist.

Dans une autre interview pour Collider, Matt Berry et Natasia Demetriou, les interprètes de Laszlo et Nadja, ont confirmé que l’improvisation était aussi une part énorme de leur travail, soulignant la grande liberté de ton qui leur était accordée : “les scénarios sont des points de départs, puis on fait ce que l’on veut à partir de là”, indique Berry. C’est la méthode la plus adaptée afin de correspondre à l’idée de la série : comme celle-ci s’étend sur le long terme, chaque épisode nous présente un jour dans la vie de la colocation, et permet de se rendre encore plus compte de l’absurdité de la vie éternelle des vampires, qui ne savent tout simplement plus quoi faire pour s’occuper.

Certains épisodes de la saison 2 sont de véritables pépites, puisque l’on peut y voir les vampires qui découvrent l’existence d’internet, chacun à son rythme : dans l’épisode 4, Nandor ouvre pour la première fois sa boite mail depuis des années et découvre avec effarement les chaînes de mail que l’on s’envoyait toutes et tous pour se faire peur… Vous savez ? Celles où l’on vous disait que si nous ne transfériez pas ce message à plus de vingt adresses mail, Bloody Mary vous retrouverait et vous tuerait ? Et bien là, nos vampires prennent bien évidemment cette information au sens littéral, comme si Bloody Mary était bel et bien un démon prêt à les achever.

Quant à Colin Robinson, le vampire solitaire de la coloc (que personne n’aime), ce dernier est littéralement capable de drainer l’énergie de toutes les personnes autour de lui. Et quelle meilleure manière de le faire aujourd’hui que sur les réseaux sociaux, en devenant le pire des trolls ? Là aussi, ce qui est une véritable créature surnaturelle et mythique pour les vampires fait désormais partie de leur quotidien !

On savoure aussi tout particulièrement la série What We Do In The Shadows pour le grand nombre de stars qu’elle a su réunir en tant qu’invités : Tilda SwintonEvan Rachel WoodDanny TrejoHaley Joel OsmentMark Hamill… Quand on pense qu’un petit film réalisé pour trois fois rien a permis à ses auteurs de devenir réalisateur pour l’une des plus grandes majors américaines, sur certaines des licences phares de la pop culture, et pour l’autre de travailler avec de grands noms d’Hollywood, on se dit que oui, le mythe du vampire a encore de belles choses à offrir !

Gabin Fontaine


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