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[Focus Vampires] Une mise en scène périlleuse…

En cette fin d’année, c’est avec de l’animation que la figure du vampire trouvera sa place dans les salles de cinéma. La réalisation de Joan Sfar, Petit Vampire, s’est installée sur grand écran le 21 octobre dernier. Plus tôt, en mars, nous découvrions la série originale Netflix d’origine française appelée tout bonnement Vampires. Et presque tous les ans, un nouveau lot d’œuvres audiovisuelles sur les célèbres buveurs de sang. De quoi se lasser ? Possible…

Et pourtant, la recette semble toujours séduire et fonctionner, sinon, la créature à dents pointues cesserait d’être la star de films et séries. Si les vampires ne vieillissent pas et sont des êtres souvent immortels, leur image au cinéma et à la télévision, elle, peut en prendre un coup avec le temps. Pour un réalisateur, le défi est là : retenir la substantifique moelle de cette figure ultra-utilisée pendant plus d’un siècle dans la culture populaire, pour la réinventer, la moderniser afin de l’offrir aux spectateurs affamés de cette créature fantastique…

De chic à kitsch

Très tôt dans l’histoire du cinéma, le vampire s’est invité sur les bobines de film. En 1922, Nosferatu (dont on vous parlait dans notre précédent article de ce focus), film muet allemand réalisé par Friedrich Wilhelm Murnau, ouvre le bal en se désignant comme la première adaptation libre du roman Dracula de Bram Stoker. A ce moment, le ton est donné : le vampire va vous effrayer. Le long-métrage propose ce que l’épouvante à son état le plus basique a de mieux à offrir. Le résultat est à la hauteur de toutes les espérances.

Aucun doute ne subsiste ; ce personnage de littérature, et plus largement toute son espèce, ont le profil parfait pour être mis en scène au cinéma. La brèche est ouverte. Les premières réalisations ont marqué les esprits, notamment parce qu’il fallait en imposer, visuellement. Elles devaient frapper le public par leur parti-pris quant à la représentation physique de cette créature d’abord accouchée sur papier. Vu à travers un regard moderne, évidemment, les effets spéciaux et autres arrangements pour entrer dans le monde du fantastique peuvent aujourd’hui paraître passés de date. Mais pour l’époque, beaucoup de vampires avaient en fait bien fière allure !

Mais l’histoire s’est vite répétée. Quand on tient un bon filon, on l’use jusqu’au bout. Les créations pouvaient commencer à se ressembler. Pour continuer à se nourrir du vampire, il fallait innover, changer de genre, tester de nouvelles choses. Plus question de stagner sur cette figure on ne peut plus morbide, figée et Ô combien sombre. Le temps de s’adapter peut-être, mais aussi parce qu’il y avait bien d’autres pains sur la planche à dans les années 40 et 50, la production de films de vampire se calme. Mais Roman Polanski marque en 1967 le grand renouveau populaire de ladite créature avec Le bal des vampires. Ne plaçant pas le buveur de sang en personnage principal, le réalisateur met en scène un professeur-scientifique-fou comme on peut se l’imaginer, et son compagnon de voyage, à la recherche de la preuve de l’existence des vampires. Et là, c’est la surprise : le film est une véritable comédie même si certains passages n’oublient pas d’être quelque peu stressants. Certains titres de presse parlent même de parodie du film de vampire. Dans tous les cas, le défi est réussi : le genre est réinventé et a séduit le public au point d’avoir fait du Bal des vampires, un classique (qui toutefois, a bien des défauts).

Aujourd’hui, on voit de tout ! Les vampires sont encore très fréquemment utilisés mais les styles varient et oscillent sans suivre de tendances particulières. Certains optent pour mettre en lumière le côté très sexuel du suceur de sang, pour exacerber son pouvoir de séduction, son aspect libidineux ou tentateur. Ajoutez cela à un décor baroque à l’ancienne, parsemez de Tom Cruise et de Brad Pitt et voilà Entretien avec un vampire ! Si cette adaptation du roman d’Anne Rice par Neil Jordan, sortie en 1994, marche malgré son côté extrêmement kitsch, c’est aussi parce que le budget derrière est conséquent et que l’équipe aux manettes du projet (on pense notamment au directeur de la photographie, au compositeur, au chef décorateur…) manient leurs savoir-faire à la perfection. Dans un autre style, mais encore plus grand public peut-être, Van Helsing de Stephen Sommers (2004) laissera une belle empreinte dans le milieu du film de vampire. Dialogues clichés, mises en scène outrancières et scènes d’action improbables, bref, ou ça passait ou ça cassait mais c’est le réalisateur père de La Momie qui s’en est occupé. Alors on déguste !

Mais parmi ces quelques films qui tirent leurs épingles du jeu, on trouve une vraie bardée de réalisations qui passent complètement à côté de leur sujet. Enormément de séries B se sont emparées de la figure du vampire, mais mettre un pied dans le monde du fantastique avec un tout petit budget, et avec tout le respect à avoir pour la série B, c’est risqué, casse-figure et ça n’a pas laissé que des bonnes choses au cinéma. Se comptent aussi par dizaines des nanars qu’on aimerait ne jamais avoir vus, comme Capitaine Kronos, tueur de vampires, un film britannique réalisé par Brian Clemens et sorti en 1974. Là, souvent, le vampire est risible. De fil en aiguille, un cap se passe et l’image du vampire perçue par le public s’allège, se transforme, devient moins oppressante et davantage kitsch. Certains réalisateurs ont récemment surfé sur cette vague en proposant une comédie, comme ce fut le cas avec Tim Burton et son Dark Shadows, loin d’être inefficace, mais loin, également, de ce qu’on attend du film de vampire. Heureusement, certains savent utiliser la créature dans des longs-métrages de qualité comme ce fut le cas de Jim Jarmusch avec Only Lovers Left Alive en 2014.

Comment a évolué son image

En fait, l’évolution de la représentation du vampire a surtout évolué grâce aux techniques et technologies cinématographiques qui permettent un rendu de plus en plus crédible et de plus en plus travaillé. Enfin ça, c’est valable pour les portefeuilles bien fournis. L’écart de qualité se creuse avec les plus petites productions qui parfois n’ont d’autres choix que de proposer une créature d’un ancien temps, perdant ainsi en vraisemblance. Pour la représentation physique, on trouve donc de tout, mais en plus de cela, les traits moraux et les caractéristiques qui font du vampire ce qu’il est varient d’œuvres en œuvres, là où par exemple le loup-garou, autre monstre très utilisé dans la culture populaire, a, au fil du temps, conservé les mêmes spécificités, du Loup Garou de Londres (1981) aux Bonnes Manières en passant par Lupin de Harry Potter. Les vampires, généralement, apprécient le sang humain, ne supportent pas le soleil et ne vieillissent pas. Mais même cela n’est pas toujours strictement respecté. Dans Blade (1998) par exemple, ils peuvent facilement se protéger du soleil, ne sont pas éternels et n’ont pas forcément les longues canines qu’on s’imagine. De film en film, leurs pouvoirs varient. “Le don obscur diffère en chacun de nous” dira Tom Cruise dans Entretien avec un vampire.

Cette liberté donne du choix aux équipes de cinéma, alors aujourd’hui, on peut aussi bien tomber dans de “l’ancienne” version du vampire, comme dans comme Abraham Lincoln : chasseur de vampires, ou du plus moderne, comme dans Twilight. Si une chose a bel et bien évolué, c’est le rapport des spectateurs aux vampires. D’abord, vue comme un monstre d’épouvante, puis comme une simple figure de la culture grand public, la créature peut désormais être votre voisin….

La célèbre série Buffy contre les vampires, diffusée à grande échelle, entre dans le quotidien des spectateurs et devient très vite ultra populaire. Là, les vampires n’ont rien du comte Dracula comme on se l’imagine. Pas question de dormir dans des cercueils ou de partir en courant devant de l’ail. Et il n’y a qu’au moment où ils s’apprêtent à mordre que les monstres sortent les dents et voient leur physique se métamorphoser. Avec cette série à grand succès, les vampires sortent de terre et voient leur image totalement modernisée auprès du (télé)spectateur.

L’autre exemple le plus parlant côté cinéma est évidemment la saga Twilight où les adolescents de la famille Cullen vont au lycée, où le charismatique papa a un travail de médecin… Et si votre mystérieux camarade du fond de la classe était en fait un des leurs ? Depuis 20 ans, et de plus en plus, les frontières entre le vampire et l’humain “normal”, l’humain “en vie” se rétrécissent. On peut aussi penser au réussi Morse, film de Tomas Alfredson sorti en 2009 dans lequel Oskar, harcelé à l’école, arrive à nouer des liens avec une seule fille de son quartier, Eli, une vampire qui ne lui veut aucun mal. Le film se concentre davantage sur le sort du jeune homme et de la pression qu’il subit auprès d’autres élèves.

Mais la recette de la potion magique pour faire un bon film de vampire n’a pas encore été trouvée et il est toujours possible de tomber sur des ratés comme c’est le cas de Transfiguration, présenté au festival de Cannes en 2016 et pourtant bien nul. Un scénario qui ne tient pas debout, une réalisation feignante… mais ! le film a le mérite d’avoir placé l’univers des vampires dans un milieu très urbain, presque de ghetto. Un coup de neuf qui vaut qu’on le remarque puisque cela amène à réduire d’autant plus la limite entre le monde réel et le monde fantastique.

La recette pour mettre en scène un vampire qui, de nos jours, puisse être crédible ? Un gros budget ou bien énormément de savoir-faire et de talent. La créature est délicate à manier, empêtrée dans des clichés et dans des années de représentations parfois parfaites (et il faut réussir à faire mieux), parfois risibles (et il faut arriver à recréer de l’authentique). Un défi périlleux mais toujours d’actualité et visé par les caméras du septième art.

Estelle Lautrou

 


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