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[Focus Vampires] Dracula, superstar du grand écran

Dracula, Le cauchemar de Dracula, Dracula Untold, Dracula 2001… Les titres se suivent et se ressemblent au fil des années, mais témoignent bien d’un fait : Dracula est le vampire le plus connu de notre imaginaire collectif, et il ne faut guère que son nom sur une affiche pour parler au public qui se rend au cinéma. Et pourtant, si le personnage et l’histoire de ces nombreux remakes restent fondamentalement semblables, aucune version n’est identique à une autre. Plus étonnant même : aucune n’est tout à fait fidèle au personnage original de Bram Stocker…

Mais alors, le comte Dracula, c’est qui exactement ? Le fameux vampire est personnage créé par l’écrivain irlandais Bram Stocker dans son roman Dracula, paru en 1897. On le découvre à travers les lettres du protagoniste, Jonathan Harker, qui se rend dans la demeure du comte en Transylvanie dans le but de conclure avec lui un contrat immobilier. D’abord étrange mais accueillant, le comte Dracula se révèle au fil des correspondances être un véritable monstre qui retient Jonathan prisonnier. Dracula n’est pas un être vivant mais une créature qui se nourrit du sang humain pour vivre, qui vit la nuit et dort dans son cercueil le jour. Il exerce une emprise psychologique sur ses victimes, qui finissent à leur tour transformées en vampire…

La célèbre histoire de Dracula a été adaptée de nombreuses fois au cinéma et à la télévision, mais pour cet article, nous avons choisi de comparer quatre des adaptations les plus connues et marquantes : Nosferatu le vampire, de Friedrich Wilhelm Murnau, film muet de 1922 et adaptation officieuse du roman de Bram Stocker, Dracula de Tod Browning (1931), film en noir et blanc avec Béla Lugosi dans le rôle titre ; Le cauchemar de Dracula, réalisé par Terence Fisher (1956) avec Christopher Lee et Peter Cushing, et Nosferatu, fantôme de la nuit, film allemand de Werner Herzog (1979).

Monstre chauve ou gentleman gothique ?

Le personnage même de Dracula diffère énormément suivant les adaptations. Son apparence, son comportement, ses pouvoirs varient suivant les réalisateurs et les époques, mais on distingue grossièrement deux « écoles » : le Dracula monstrueux et le Dracula charmant. Dans le film muet Nosferatu le vampire de 1922, le vampire apparaît d’emblée comme inhumain et particulièrement effrayant : avec son crâne chauve, ses oreilles d’elfes, ses incisives pointues, ses sourcils denses et ses cernes autour des yeux, l’acteur allemand Max Schreck est difficilement reconnaissable ! Le comte se déplace avec une raideur cadavérique et ses moindres faits et gestes sont emplis d’étrangeté. Dans le remake de 1979, le réalisateur Werner Herzog conserve les choix de son prédécesseur et présente un Dracula très ressemblant.

Mais ce sont deux Dracula bien différents que l’on découvre dans les versions de Tod Browning (1931) et Terence Fisher (1956), joués respectivement par les acteurs Béla Lugosi et Christopher Lee. C’est le premier qui va véritablement créer le mythe du vampire séduisant mais sournois, cachant sa monstruosité derrière le charme, la richesse et les bonnes manières d’un gentleman. Le Dracula de Lugosi est grand et fin, à la peau pâle et aux cheveux foncés, aux dents éclatantes qui contrastent avec la noirceur de sa cape. Il parle avec beaucoup de calme et un léger accent qui lui confèrent une certaine sérénité. Toutefois, au fil des minutes, on découvre un personnage de plus en plus sombre, qui a des accès de colère et s’avère capable des pires crimes… L’interprétation de Christopher Lee suit le même schéma mais Dracula y est un cran plus violent, plus démoniaque.

On regrette en revanche qu’aucun de ces films ne fasse apparaître un des traits les plus intéressants du personnage de Bram Stocker : sa capacité à rajeunir à mesure qu’il se nourrit de sang humain. En effet, au le début du roman, le comte est un vieillard, aux cheveux blancs, aux mains gelées. Plus tard, quand Jonathan le découvre dans son cercueil, il a gagné en chair, a les cheveux d’un noir de plomb et une bouche rouge vive. Une métamorphose qui révèle les deux facettes du vampire, à la fois repoussant et au charme hypnotisant…

Du prédateur invisible…

Chacune de ces quatre adaptations de Dracula proposent aussi de nombreux changements par rapport à l’histoire originale. Si certains sont plus pertinents que d’autres, il ne s’agira pas ici de les remettre en question mais de voir en quoi ces partis pris permettent d’identifier la patte d’un réalisateur et de comprendre ses intentions : la façon de présenter Dracula donne à chaque film un style bien particulier.

Par exemple, dans les deux premiers films (ceux de 1922 et 1931), la violence et les crimes de Dracula sont le plus souvent suggérés : on voit le vampire s’approcher de ses victimes, mais la morsure n’est pas filmée. La mort de Dracula, qui dans le roman trépasse égorgé et avec un pieu dans le cœur (autant ne rien laisser au hasard !), n’est pas montrée telle quelle dans les deux films : dans le premier, le comte se volatilise, tué par les premiers rayons du soleil. Dans le second, la technique utilisée est bien celle du pieu dans le cœur, mais le spectateur ne verra pas l’acte lui-même : à la place, la caméra filme la chère Mina, qui, hypnotisée par le vampire, revient à elle lorsque celui-ci succombe. Bien sûr, cette pudeur est conforme à l’époque : aux Etats-Unis, le code Hays interdira quelques années plus tard et pendant plusieurs décennies toute scène considérée trop choquante ou osée…

Mais cela n’en retire en rien la noirceur de l’atmosphère. Dans le film de 1922, le plan où l’on aperçoit l’ombre du vampire, ses doigts et toute sa silhouette monstrueusement allongée, est devenue iconique (voir affiche en haut de l’article). Dans le film de Tod Browning, l’absence notable de musique durant des scènes cruciales, au lieu de créer du suspense, laisse le spectateur dans un silence morbide et pesant, tandis que les magnifiques décors du château aux voûtes couvertes de toiles d’araignée le plonge dans une ambiance gothique à souhait. C’est également dans cette version que le traitement de la folie et de l’emprise psychologique y est la plus intéressante. En effet, chacune de ces quatre adaptations montre la façon dont le vampire se glisse dans l’esprit de ses proies pour les attirer à elle ou les utiliser comme serviteurs. Mais la performance de l’acteur Dwight Frye (spécialiste du genre) dans le film de Browning se détache nettement du lot : son visage se métamorphose lorsque que son personnage, Renfield, passe d’un gentleman posé et aimable à un homme fou manipulé par son “maître”… C’est à travers ses yeux, davantage qu’à travers Dracula, que l’on comprend tout le mal insidieux dont est capable le vampire.

… au meurtrier sanguinaire

Le cauchemar de Dracula et Nosferatu : fantôme de la nuit montrent quant à eux plus volontiers les agressions de et la mort de Dracula. L’arrivée de la couleur dans le premier film n’est pas non plus anodine : le spectateur peut admirer le rouge vif du sang sur le cou des victimes innocentes, et sur la poitrine des vampires tués… Le cauchemar de Dracula est aussi un film avec davantage d’action, qui compile plusieurs scènes de combat sur fond de musique rythmée. La performance de Christopher Lee y est très intéressante : son Dracula a un comportement presque animal, son visage se transforme tel un loup enragé lorsqu’il est prêt à attaquer, et c’est en se battant qu’il meurt, réduit à l’état de squelette, puis de poussière.

A l’opposé, le Nosferatu de 1979 est bien plus terne et sombre. La scène d’introduction, avec son traveling qui montre au spectateur une série de squelettes, sa musique lente et macabre qui se termine avec l’image d’Isabelle Adjani, ses cheveux noirs et sa robe blanche lui donnant des airs de fantôme romantique… Romantique, c’est ainsi que l’on pourrait qualifier le vampire de ce film : à la façon d’un Quasimodo, à la fois source de dégoût et de pitié, l’acteur apporte une certaine nuance à son personnage, qui souffre de sa condition et semble s’être épris de la jeune Lucy (Isabelle Adjani). La scène durant laquelle il attaque la jeune femme, qui se sacrifie en espérant que son acte retiendra le vampire jusqu’à l’aube, est un mélange d’horreur et de sensualité.

Comme dans le film de 1922, le Dracula de 1979, qui traverse les mers pour venir jusqu’à sa proie, amène avec lui la peste, qui tue la population en nombre et remplit les rues de cercueils. La mort, dans Nosferatu : fantôme de la nuit, est omniprésente, lourde, malaisante, et beaucoup y ont vu un écho aux traumatismes du nazisme et de l’Holocauste. La fin du film nous révèle d’ailleurs un Jonathan Harker qui a finalement été transformé en vampire par Dracula et qui réussit à s’enfuir, créant une boucle et une sorte de « retour à la case départ » : c’est la seule fin pessimiste parmi ces cinq longs métrages…

Dracula est donc une star du cinéma, chouchou des réalisateurs qui remanient à leur façon le mythe pour l’adapter à leur époque à et leur style. Si aucun ne respecte totalement le roman original, c’est ensemble, en formant une sorte d’héritage commun, qu’ils rendent le mieux honneur au personnage complexe de Bram Stoker, à la fois charmeur et monstrueux, maniéré et animal, manipulateur et démoniaque.


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