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[Focus Vampires] A la chasse aux vampires animés !

A l’occasion de la sortie ce mois-ci de Petit Vampire de Joann Sfar et parce que Halloween approche, nous consacrons notre focus d’octobre aux vampires ! D’abord, dans ce premier article, revenons ensemble sur les différentes déclinaisons animées qu’a pu connaître la figure du monstre suceur de sang…

Si le vampire est très largement représenté dans des films et séries live, force est de constater qu’il n’est que peu présent dans le domaine de l’animation. Après tout, le vampire est avant tout une figure horrifique et sexualisée ; il est normal de ne pas le voir proliférer dans un genre globalement tout publique. Du court au long métrage en passant par la série animée, traquons ces créatures de la nuit, tel le chasseur de vampire Abraham Van Helsing !

Introduction au vampire

Aujourd’hui, personne n’ignore ce qu’est un vampire. Pourtant, il semble approprié de présenter la créature dans ces caractéristiques les plus basiques. Pour cela, le court métrage Kali le petit vampire (Regina Pessoa, 2013) est une bonne introduction. On y suit le récit de Kali, un vieil homme qui se présente comme un vampire. Il y raconte son enfance : Kali évite de sortir le jour, la lumière du soleil le brûle ; il préfère la lumière de la lune. Kali reste à l’écart des autres enfants, ne vivant leurs jeux que par procuration en les observant caché depuis une voie de chemin de fer, et effraie ceux qui ne voient que sa silhouette à travers la fenêtre, lorsqu’il crée des formes animales en ombres chinoises. Et bien évidemment, Kali est un suceur de sang, même s’il ne boit que le sien après s’être blessé. Ainsi sont traités en un laps de temps très court de nombreux traits associés au vampire : le rejet, la peur de l’autre, la vie nocturne, le goût du sang, et même la métamorphose animale.

Castlevania (Adi Shankar, 2017), série adaptée du jeu vidéo éponyme, présente un autre aspect de la créature de la nuit. La série s’ouvre sur une évocation visuelle d’une scène de Dracula de Tod Browning (1931, avec Bela Lugosi), celle de l’entrée de Renfield dans le château du Compte. Sauf qu’ici, c’est Lisa Tepes (Emily Swallow, Melissa Windal en V.F.) qui se présente à Dracula (Graham Mc Tavish, Philippe Résimont en V.F.) : en dépit des bruits qui courent sur lui, elle pense qu’il détient un savoir scientifique inestimable, qu’elle cherche à apprendre pour devenir un brillant médecin et aider les paysans. Elle devient la femme de Dracula mais, accusée de sorcellerie par l’inquisition de Valanchie, elle meurt sur le bûcher. Fou de rage face à la bêtise humaine, le vampire entreprend de lever une armée des ténèbres pour se venger.

Si la série raconte comment un groupe mené par un chasseur de vampire, Simon Belmont (Richard Armitage, Pierre Lognay en V.F.), va chercher à éviter le génocide mené par Dracula, on touche du doigt une des caractéristiques principales de la figure du vampire : le romantisme. Dracula nous est d’abord présenté comme un gentleman, charmeur, prêt à vivre comme un humain par amour pour Lisa. C’est son amour sans fin pour elle qui va le rendre fou de rage à sa disparition, ce qui l’entraînera fatalement à devenir le monstre qu’il est censé être.

La figure du monstre

Le vampire est avant tout un monstre, une créature surnaturelle. En plus de s’abreuver de sang, le vampire possède également la capacité de se métamorphoser en animal ; en chauve-souris, en loup. Dans certaines œuvres, on assiste à un prolongement de cet aspect du vampire. Les transformations dépassent l’aspect bestial pour prendre un aspect monstrueux. Dans Blood : the last vampire (Hiroyuki Kitakubo, 2000), un moyen métrage Japonais, Saya (Yuki Kudo) est la dernière « vampire originelle » qui chasse d’autres créatures vampiriques, qui présentent néanmoins une différence notable avec la race de Saya. En effet, ils possèdent la capacité de se métamorphoser en créature démoniaques, ressemblant vaguement à des chauve-souris géantes monstrueuses : ce sont des chiroptans.

L’histoire prend place dans un contexte politique particulier : l’histoire se déroule à la veille de la guerre du Vietnam. Saya travaille pour le compte d’une agence gouvernementale américaine secrète, dont le but final est inconnu, en dehors de celui de chasser les chiroptans. Elle doit infiltrer le lycée d’une base américaine implantée au Japon pour retrouver deux de ces créatures. Si la courte durée du film ne permet pas de développer un propos politique très clair, on peut néanmoins deviner qu’un lien très net lie cette chasse aux vampires et la guerre du Vietnam. Rien ne permet de savoir si Saya est dans ce film une héroïne, si les créatures qu’elle chasse pour les américains sont réellement démoniaques, ou juste différentes. Au final, Saya nourrira, peut-être par pitié, une des créatures avec son propre sang. Le film se termine sur l’annonce du début de la guerre du Vietnam, et du départ d’un avion de la base militaire où se déroule le film, pour la guerre. Si le message est volontairement flou, il n’en reste pas moins que l’utilisation de l’image du vampire est loin d’être gratuite : si des vampires sont présents dans les deux camps, qui vampirise qui ?

Il y a le bon vampire et le mauvais vampire.

Un autre personnage célèbre, qui transcende les arts et les générations, utilise la figure du monstre vampirique : le bien nommé Batman, l’homme chauve-souris. Maîtrisant sa peur phobique de ces créatures de la nuit, il utilise lui-même leur image afin de terrifier les criminels de part son symbole seul. Mais que se passe-t-il quand Batman est confronté à son exact négatif ?

Dans le film Batman contre Dracula (Michael Goguen, 2005), Gotham City est en proie au retour du roi des Vampires, Dracula lui-même. L’évasion de l’asile d’Arkham du Joker et du Pingouin va conduire à la découverte du cercueil de Dracula. Celui-ci est libéré, et cherche à faire revenir l’âme de sa bien-aimée à travers le corps de la journaliste Vicky Vale, amie de Bruce Wayne, alter ego de l’homme chauve-souris. Des similitudes lient le compte Dracula (Peter Stormare, Jean-Claude Donda en V.F.) à Batman (Rino Romano, Adrien Antoine en V.F.). D’une part, leur apparence. Lorsque le vampire apprend l’existence d’un homme chauve-souris, sa curiosité est piquée. Il ne peut s’empêcher de penser avoir une certaine influence sur Batman, et se présente à Bruce Wayne lors d’une réception organisée par se dernier sous le nom du Compte Alucard. Il cherche à proposer à Batman de se joindre à lui. Et lorsque des gens se mettent à disparaître à la suite des attaques du vampire dans la nuit, c’est évidemment Batman qu’on accuse ! Il ne tient qu’à lui de laver son nom et de ramener Dracula dans le royaume des morts.

Outre ce film, la série animée Batman (Paul Dini et Bruce Timm, 1992) fera la part belle au double négatif de Batman. Et ce, dès le tout premier épisode ! En effet, Le Duel (On leather wings, en version originale) voit s’affronter Batman (Kevin Conroy, Richard Darbois en V.F.) contre Man-bat ! Les débuts du justicier masqué sont compliqués : alors qu’il cherche à combattre le crime sous les traits d’un homme chauve-souris (en même temps, quelle idée !), voici qu’une véritable chauve-souris géante sème le trouble en ville, en cambriolant des produits pharmaceutiques. La police créée une unité spéciale pour traquer Batman, tandis que celui-ci cherche à percer le mystère de Man-bat. S’il n’y a pas de vampire à proprement parler dans cet épisode, force est de constater que la manipulation de l’image de la chauve-souris est délicate. Si Bruce Wayne cherche à terroriser les criminels, il est bien obligé d’admettre qu’a priori, tout le monde est terrorisé par l’image d’une chauve-souris géante volant dans la nuit ! Merci Dracula !

Et au cinéma ?

Jusqu’ici, les quelques films abordés concernaient le direct-to-video, comprendre que les films ont été édités directement en DVD ou pour la télévision. A cette liste, on peut notamment ajouter deux long métrages issus de l’univers Scooby-doo : Scoubidou et les Vampires (Scott Jeralds, 2003, et oui c’était bien « Scoubidou » en français), ainsi que Scooby-doo : le Chant du Vampire (David Block, 2012). Mais au cinéma, peu de films d’animation se sont emparés du mythe du Vampire.

C’était sans compter sur le maître de l’animation Genndy Tartakovsky, et sa trilogie animée de film de monstres Hôtel Transylvanie ! Sortis en 2012, 2015 et 2018, les films parodient avec tendresse les monstres historiques de la société de production Hammer. Cette société a produit de nombreux films de genre, et notamment des films de monstres dans les années 1950-1960, mettant en scène entre autres Frankenstein et bien évidemment Dracula. Dans Hôtel Transylvanie, on retrouve ainsi Dracula (Adam Sandler, Serge Faliu puis Kad Merad en V.F.) en tant que père surprotecteur envers sa fille Mavis (Selena Gomez, Virginie Effira en V.F.) et propriétaire de l’hôtel Transylvanie. Cet endroit est un refuge de luxe pour les monstres de passage, et lieu de rassemblement annuel à l’occasion d’une fête en l’honneur de l’anniversaire de sa fille.

Le film joue avec humour avec les spécificités de chaque monstre représenté, avec le Loup Garou, la Momie, l’homme invisible… Mais force est de constater que les films vont un peu plus loin : à l’image d’un Shrek 4 : il était une fin (Mike Mitchell, 2010), les longs métrages remettent en question la place du monstre dans la nature des individus. Se doit-on, parce qu’on naît vampire, d’être une créature ténébreuse et terrifiante, obligée de vivre à l’écart des hommes ? Finalement, Dracula a plus peur des humains que eux n’ont peur de lui. Au côté de son gendre Johnny (Andy Samberg, Alex Goude en V.F.), et de son petit-fils Dennys, il va apprendre à vivre parmi eux et à aller au delà de sa nature monstrueuse. Dans le troisième opus, il partira même en croisière et tombera amoureux de la capitaine du navire, pourtant une humaine ! Les films sont des vrais beaux moments d’animation, sincères et drôles. La parodie de Dracula est délicieuse, les gags font mouche. Un immanquable pour les amoureux de vampires et de films d’animations ! A noter d’ailleurs qu’un quatrième opus est prévu pour 2021. Vivement !

Malgré la faible présence dans l’animation de la figure du vampire, on peut quand même en retrouver la trace dans de nombreux formats et autant de genres. Qu’ils soient monstrueux, gentlemen, héroïques, drôles, les vampires sont là pour nous procurer des heures de plaisirs animés. Bonne chasse !

Bastien Rouland


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