FocusPolice

[Focus Police] Les buddy cops : meilleurs amis unis contre le crime !

Le film policier englobe une multitude de sous-genres : thriller, action, polar… Mais il y a une catégorie massivement représentée dans le film policier, particulièrement aux Etats Unis, qui n’est pas à sous-estimer : les buddy movies, littéralement les “films de potes”.

Will Smith et Martin Lawrence dans Bad Boys (Michael Bay, 1995). Ben Stiller et Owen Wilson dans Starsky et Hutch (Todd Philips, 2004). Terence Hill et Bud Spencer dans Les Super Flics de Miami (Bruno Corbucci, 1985). Tous incarnent des policiers unis dans la lutte contre le crime. Mais plus que de simples agents de la loi, ces duos sont des “buddy cops”:  des amis policiers qu’aucune adversité ne parviendra à séparer, unis jusqu’au bout contre le crime ! Mais qu’ils soient vieux, jeunes, vétérans, violents, pacifiques, d’origine différentes, la représentation et l’opposition d’un duo de buddy cops va être vecteur d’un message, et moteur de l’intrigue.

Le genre phare : la comédie

Impossible de parler de buddy cops sans parler de comédie. Depuis l’explosion du genre policier-action à la fin des années 80, initiée par les énormes succès publiques et critiques de films comme L’Arme Fatale (1987, Richard Donner) ou Die Hard (1988, John McTiernan) (120 millions de dollars de recettes pour le premier et 140 millions pour le second), de nombreux films ont cherché à reproduire ce qui avait fonctionné : de l’action et des vannes bien senties, parce que c’est bien connu, c’est ce que le public vient voir et c’est ce qui fait que les films fonctionnent !

 Qu’il s’agisse d’ersatz avec Steven Seagal comme Piège en haute mer (1992, Andrew Davis) et Piège à grande vitesse (1995, Geoff Murphy), ou de suites de chef d’œuvres qui viennent quelque peu annihiler les propos des films originaux, comme la plupart des suites de Die Hard ou de L’Arme fatale, on a gavé les spectateurs de films dont ils n’avaient pas vraiment besoin. A force, les gimmicks sont devenus clichés, les personnages caricaturaux au possible… En dehors de quelques rares exceptions qui redoublent d’inventivités pour proposer une histoire originale servie par une mise en scène ingénieuse, comme Die Hard With a Vengeance (John McTiernan, 1995), on en vient à facilement deviner le déroulé d’une intrigue d’un buddy cop movie: deux policiers que tout oppose doivent unir leurs talents dans la lutte contre le crime, malgré leurs méthodes différentes et l’adversité qui leur est opposée. Ils seront confrontés au doute, leur amitié sera mise en péril, mais ils ne sortiront que plus forts de cette épreuve. Et finalement, dans un déluge d’explosions et d’échange de coups de feu, ils triompheront et feront appliquer la loi ! Vous avez là le squelette d’un buddy cop movie. Une formule efficace, mais souvent utilisée. Au risque de lasser le spectateur…

La meilleur réponse à tout cela ? Prendre le parti de le faire au second degré ! Le réalisateur de Die Hard John McTiernan lui-même s’est essayé à l’exercice, avec Last Action Hero, en 1993. Un chef d’œuvre de parodie méta avant que ce soit à la mode. Mais si le film parodiait de nombreux aspects des buddy movies, les héros du films Danny (Austin O’brien) et Jack Slater (Arnold Schwarzenegger) ne sont pas des buddy cops à proprement parler : seul Jack Slater est un policier. Les meilleures parodies mettant en scène des buddy cops sont un peu plus récentes : évidemment, le très british Hot Fuzz, sorti en 2008, le deuxième film de la trilogie du cornetto d’Edgar Wright, qui met en scène une caricature de policier surdoué et qui fait preuve de beaucoup de zèle (Simon Pegg) aux côtés de Danny, une caricature de policier joufflu et novice, qui ne fait ce métier que parce que son papa est commissaire (Nick Frost). Impossible de passer à côté des 21 et 22 Jump Street, de Phil Lord et Chris Miller, sortis en 2012 et 2014, parodies à la fois de buddy cops, mais également de teen movies : deux policiers que tout oppose (Schmidt et Jenko, incarnés par Jonah Hill et Channing Tatum) vont devoir infiltrer successivement un lycée et une université afin de démanteler un trafic de drogue, et résister aux épreuves imposées par la vie étudiante…

Ces parodies ont quelque chose en commun : elles prennent leur matériau de base très au sérieux. Elles respectent les genres d’origine parodiés. Ils citent directement les films dont ils s’inspirent : dans Hot Fuzz, Nicholas et Danny se font une séance ciné « buddy cops » avec Bad Boys 2 (Michael Bay, 2003) et Point Break (Kathryn Birgelow, 1991), dont le film singe complètement une séquence. 21 Jump Street va jusqu’à faire intervenir dans l’histoire en guest-stars bien cachées les personnage d’origine de la série, incarnés par Johnny Depp et Peter DeLuise, qui vont critiquer le manque de sérieux des protagonistes des films. La comédie, c’est sérieux !

Un moteur politique et social

Les buddy movies policiers ne sont pas que des prétextes à rire. La mise en opposition des membres du duo peut être moteur au déroulé de l’intrigue, tout comme elle peut être l’occasion de mettre en avant un contexte politique et social. L’arme fatale, pionnier du genre, va lier le policier suicidaire et hargneux Martin Riggs (Mel Gibson) avec le policier posé et tranquille Roger Murtaugh (Danny Glover). Si le film pose les bases de ce qui sera plus tard repris à tort et à travers (deux flics que tout oppose : l’extraction sociale, l’âge, la couleur de peau, le tempérament, le physique…), il n’oublie pas d’insinuer un propos puissant au film : qu’est-ce qui va lier les deux policiers ? Ils sont tout deux des vétérans du Vietnam. Le film aborde en sous texte la question du vétéran à travers différents prismes : celui qui s’en sort au sein du système, Murtaugh, et celui qui peine à sortir la guerre de son esprit, Riggs.

Plus tard dans le film, retournement de situation, on apprend que les méchants, qui dirigent un trafic d’héroïne, sont des vétérans du Vietnam tout comme eux : la « Shadow Company ». Le film présente en définitive une bande de traumatisés du Vietnam qui s’en sortent comme ils peuvent, plus ou moins bien, la différence étant de quel côté de la loi on se situe, et si on arrive à faire la paix avec soi-même. Le film n’est peut-être pas aussi cynique et désespéré qu’un First Blood (1982, Ted Kotcheff), mais fait preuve d’un propos politique engagé indéniable et indissociable de l’intrigue du film.

Dans un autre style, et plus récent, on retrouve Training Day (Antoine Fuqua, 2001). Le film met en opposition un policier débutant, Hoyt (Ethan Hawk), mis à l’essai pendant 24 heures avec le sergent chef Harris (Denzel Washington). Hoyt est intègre et croit en la justice ; Harris est un flic endurci qui croit en sa propre justice. Usant de méthodes violentes et de manipulations, il affirme avoir mené suffisamment d’enquêtes pour arriver à un total de 15 000 années d’incarcération. Le film pose ainsi la question : jusqu’où peut-on aller pour faire régner la loi ? La question n’est pas jetée en l’air avec une fin ouverte. Hoyt et Harris vont finir en opposition. Si le film démarre comme un buddy movie relativement classique, il emmène le spectateur suffisamment loin pour voir Harris devenir un antagoniste puissant que le jeune et inexpérimenté Hoyt va essayer d’arrêter. Quand la police est criminelle, qui arrête la police ?

Mélange des genres

Le mélange des genre a du bon. On retrouve les buddy cops mélangés à la science-fiction avec les Men In Black (Barry Sonnenfeld, 1997) : l’agent K (Tommy Lee Jones) se retrouve seul après le retrait de son mentor, et décide d’intégrer le jeune officier James Darelle Edwards (Will Smith) à l’organisation des Men In Black. Ils sont chargés de contrôler la présence et le trafic extraterrestre sur Terre. La dualité des personnalités va être source de gags et moteur de l’intrigue : l’agent K connaît tout, l’agent J a tout à apprendre. On suit agréablement la progression de l’agent J, on comprend comment fonctionne cet univers à travers ses yeux jeunes et inexpérimentés. Se noue avec l’agent K une amitié qui va se filer à travers les trois premiers épisodes de la saga, avec en point d’orgue le troisième opus (Men In Black III, Barry Sonnenfeld, 2012), à base de voyage dans le temps pour l’agent J qui va tenter de sauver son père de substitution K tout en assistant à la mort de son propre père.

Et comment passer à côté de Zootopie (Bryon Howard, Rich Moore, Jared Bush, 2016), film d’animation des studios Disney qui aborde de nombreux sujets importants et adultes, tout en s’adressant avec soin à un très large public ? On suit la prise de fonction de Judy Hopps, une jeune lapine au sein de la police de Zootopie. Elle va se retrouver mêlée à une histoire de disparitions d’animaux prédateurs dont les ramifications vont plus loin qu’elle n’oserait l’imaginer, au côté du renard Nick Wilde, arnaqueur de profession. Si le duo n’est pas à proprement parler un « duo de policiers » (Nick ne devient policier qu’à la fin du film), tous les codes sont là : deux personnages que tout oppose qui se retrouvent forcés à collaborer, afin de résoudre une enquête pour finir avec une belle histoire d’amitié où l’un peu compter sur l’autre pour le soutenir.

Le film aborde des sujets très fort : profitant d’être un film d’animation, Zootopie anthropomorphise des animaux et inclut des problèmes de discrimination raciale de manière assez habile : les « prédateurs » dominent clairement les autres, occupent les postes plus avancés, sont plus avantagés par la vie. Il en va de la responsabilité de Judy de s’imposer dans ce monde qui ne semble pas fait pour elle. Mais elle va finir par inverser la situation, au point de créer un nouveau souci qui la dépasse : par sa faute, tous les prédateurs se retrouvent accusés d’être des gens violents, incapables de retenir leur pulsions sauvages, l’appel de leur nature profonde… Sous couvert d’un film tout public, le film (comme souvent chez Disney/Pixar) possède plusieurs niveaux de lecture. On s’y retrouve peu importe l’âge auquel on le regarde, et le propos est intemporel. Un des buddy cops movie les plus efficaces de ces dernières années, assurément.

Faire un buddy movie, c’est prendre le parti de raconter une histoire à travers le prisme de deux protagonistes aux personnalités et origines variées. Dans un film policier, un duo de buddy cops est forcément confronté à la criminalité. Cet élément va la plupart du temps lier les protagonistes : arrêter les criminels, l’amour de la justice… Mais cela peut également être le point de rupture entre les buddy cops : comment appliquer la loi, dans quel but et avec quelles limites ? Un buddy movie policier est également un moyen efficace de transmettre un message sur l’état de la justice, les discriminations. Qu’on cherche de l’humour, de l’action, du drame, de la tension, de l’enquête policière, un bon buddy cops movie peut vous fournir tout cela !


Découvrez les autres articles de notre Focus Police :


Vous avez aimé cet article? Abonnez-vous à notre newsletter et découvrez chaque mois le meilleur de Silence Moteur Action!

Vous pouvez aussi nous soutenir gratuitement en regardant une publicité : cliquez ici ! 

Comment here