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[Focus Nature] Al Gore : comment mettre en scène son engagement envers le climat ?

À l’occasion de la cinquantième Journée de la Terre, ce mercredi 22 avril 2020, l’équipe de Silence Moteur Action place l’environnement dans lequel nous vivons au cœur de son focus mensuel. Ou plutôt : comment cet environnement est filmé. Après avoir mis en lumière la manière dont Mère nature pouvait se venger – de manière cataclysmique – des actions humaines dans les films à gros budget, il est grand temps de revenir à la réalité. C’est aujourd’hui à travers le prisme du film documentaire que nous nous intéresserons aux conséquences des actions humaines sur notre monde.

Parmi eux figure un incontournable : Une vérité qui dérange qui, en 2008, illustrait le combat de l’homme politique et activiste américain Al Gore afin de faire comprendre à ses concitoyens que le réchauffement climatique est bel et bien réel, malgré un scepticisme profond. Il invitait à faire naître des vocations, ou du moins éveiller une conscience citoyenne pour vivre dans un monde meilleur : ce pourquoi nous avons suivi la manière dont l’ancien homme politique était mis en scène à travers ce premier film… mais aussi dans Une suite qui dérange, sorti en 2017.

De la théorie…

On vous le disait en introduction : le message d’Une vérité qui dérange, porté par Al Gore, était annonciateur de bien des catastrophes à venir. Quand on découvre ce documentaire aujourd’hui, on pourrait incontestablement le trouver dépassé. Pourquoi ? Parce que tous les arguments avancés (l’augmentation des températures en corrélation avec celle, radicale, des émissions de CO2 depuis l’industrialisation, la montée des eaux provoquée par la fonte des glaces et les exodes qu’elle provoquerait…) sont désormais ressassés par les scientifiques.

Ancien vice-président de Bill Clinton et candidat du parti démocrate aux élections présidentielles de 2000 face au républicain George W. Bush, Al Gore a échoué avec un résultat qui s’est joué dans un mouchoir de poche. À l’époque, la démarche d’Al Gore était avant tout pédagogique. Suite à cette défaite, il a abandonné son rôle d’homme politique pour se consacrer pleinement à son engagement en faveur de l’environnement par le biais de nombreuses conférences vouées à la sensibilisation collective. Le film s’inscrit également dans un contexte particulier pour les États-Unis, à peine un an après la catastrophe provoquée par l’ouragan Katrina.

En dehors de quelques images d’archive, Une vérité qui dérange est avant tout une conférence filmée. Al Gore apparaît seul sur scène, en costume cravate, face à son auditoire. Et s’il est question d’aborder les conséquences dramatiques du réchauffement climatique, il n’en oublie pas pour autant d’instaurer une certaine connivence avec son spectateur : un ton légèrement familier, quelques petites blagues, et avant tout une présentation habile. Quand il s’introduit sur scène, Gore se définit comme “l’ex-futur président des États-Unis” : non, Gore n’est pas face à vous en tant qu’homme politique. Il se met sur un pied d’égalité face à ses spectateurs, tous concernés par un sujet commun : l’avenir de l’humanité et de la planète.

Une vérité qui dérange
Un film de Davis Guggenheim
Durée : 1h38
Sortie le 11 octobre 2006
Disponible sur Amazon Prime Video

… à la pratique !

Après un peu plus de dix ans, Al Gore revient devant la caméra avec Une suite qui dérange : le temps de l’action. Son premier documentaire devait être un cataclysme… Et pourtant : pas grand chose n’a bougé entre temps aux États-Unis ou dans le monde. Le titre du film annonce donc la nouvelle démarche de l’activiste : au lieu d’une seule grande conférence filmée, il est cette fois-ci temps de voir Al Gore sur le terrain, à travers le monde, non seulement pour continuer à sensibiliser le public mais aussi pour constater les dégâts déjà produits par le réchauffement climatique.

“Je vous avais prévenu, et maintenant, voici où l’on en est.” Voici comment aurait pu commencer le film, qui juxtapose les nombreuses protestations à l’encontre des arguments énoncés dans le premier documentaire. Parmi eux, la probable inondation complète du sud de l’île de Manhattan en raison de la fonte des glaciers et de la montée des eaux, contestée par de nombreuses personnes… Jusqu’à ce que la ville de New York soit frappée par des inondations jamais vues en 2012.

Après la déclinaison des bandes-dessinées Martine, on pourra ici retrouver Al Gore au milieu d’un glacier en pleine fonte, Al Gore et ses bottes en caoutchouc dans les rues inondées de Miami, Al Gore dans sa ferme en train de former des gens de manière à ce qu’ils relaient son discours, Al Gore en interview avec des médias internationaux, Al Gore au milieu des grands dirigeants mondiaux à la COP 21… Bref, de nombreuses déclinaisons pour nous montrer l’homme sur le terrain, certes, mais au détriment du message écologique qui se voit amoindri par rapport au premier film. Aussi, contrairement à d’autres documentaires comme 2040 de Damon Gameau, il n’est pas fait mention d’une quelconque compensation de l’empreinte carbone générée par les nombreux déplacements nécessités dans le cadre de la production du film.

En sortant son film deux ans après la COP 21 (la Conférence de Paris sur les changements climatiques), Al Gore met du moins en perspective la signature exceptionnelle de l’Accord de Paris sur le climat, ratifié par 196 pays qui s’engagent à contenir le réchauffement climatique d’ici 2020, après vingt années de combat pendant lesquelles les grandes puissances mondiales ont négligé le problème. Bien qu’historique, ce rapport n’est qu’un accord de principe : les pays s’engagent sans pour autant présenter leurs mesures à venir… Et peut-être un peu trop brièvement, puisque c’est ce sur quoi le film se termine, il est question de l’abandon de cet accord par les États-Unis suite à l’élection de Donald Trump, pour qui l’écologie est loin d’être une priorité.

Une suite qui dérange : le temps de l’action
Un film de Bonni Cohen et Jon Shenk
Durée : 1h38
Sortie le 27 septembre 2017

L’avenir dépendra de vous 

Le message à retenir de la part d’Al Gore, autant dans un film comme dans l’autre, c’est que cet avenir dépendra de l’engagement de chacun afin de mener, localement, des actions qui pourraient avoir une incidence à plus grande échelle. C’est un mouvement qui a animé de nombreux autres cinéastes partis à la recherche d’alternative pour un futur plus vert, à l’instar de Damon Gameau cité précédemment, qui imagine le monde de demain à travers de nombreuses rencontres, tout en se plaçant à hauteur d’homme… et d’enfant. Ce documentaire, il le réalise pour sa fille qui, en 2040, sera une jeune adulte. Ses découvertes, il les remet en perspective à partir de paroles d’enfants, à qui il a demandé ce qu’ils penseraient voir d’ici vingt ans.

C’est aussi le cas de John Chester dans Tout est possible (The Biggest Little Farm), qui filme l’installation de sa famille dans une ferme en Californie et prône un retour à l’agriculture la plus naturelle possible afin de raviver l’environnement (à condition d’avoir les ressources nécessaires…), tandis que le réalisateur autrichien Werner Boote dénonce, au côté de l’activiste Kathrin Hartmann, les mensonges des grandes industries qui se prétendent contribuer à un avenir durable dans L’illusion verte, à travers les exploitations d’huile de palme, les voitures électriques… Que faut-il en retenir ? Que c’est toujours au consommateur d’être vigilant et de ne pas se laisser bercer par de simples éléments de communication…

Gabin Fontaine


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