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[Focus En avant] Pixar, un nouveau cinéma

Pixar. Il existe peu de studios de cinéma, de nos jours, dont le nom seul évoque chez le grand public un label de qualité. De Toy Story (1995) à En avant (2020) en passant par Le Monde de Némo, Les Indestructibles (2004) ou encore Ratatouille (2007), Pixar a créé plus de 20 films et n’a cessé d’émerveiller le grand public, des plus jeunes au plus âgés, avec des sujets ambitieux, des personnages originaux et des musiques extraordinaire. Mais alors, d‘où vient Pixar et comment est-il devenu le géant mondial du cinéma d’animation ? 

L’histoire de Pixar fait, elle aussi, fait figure de référence en la matière. La firme américaine voit le jour en 1979 : dirigée par John Lasseter, un ancien de Disney souhaitant explorer de nouvelles techniques, elle n’est en fait qu’un département informatique de  Lucas Films (la compagnie de George Lucas, le père de Star Wars). Mais c’est en 1986 que tout explose lorsque le fondateur et PDG de Apple, Steve Jobs, rachète l’entreprise et lui donne son indépendance ainsi qu’un souffle novateur. Pixar se met à créer des dizaines de courts métrages animés via ordinateur, et c’est en 1995 que sort sur les écrans Toy Story. Le film révolutionne le cinéma d’animation, et sa suite bénéficiera d’un plus gros succès encore. Trente ans plus tard, Pixar détient dix des dix-neuf Oscars du meilleur film d’animation décernés depuis la création de la catégorie en 2002…

Pionniers de l’animation

Chaque film de Pixar est une révolution technique : le studio aborde l’animation d’une différente manière à chaque fois et pousse ses ambitions au maximum. John Lasseter le dit mieux que nous : « L’art défie la technologie et la technologie inspire l’art. » Lorsque Toy Story sort en 1995, il est le premier film d’animation de l’histoire à être à entièrement réalisé par ordinateur. A l’époque, certains films comme Tron (1982) avaient déjà expérimenté l’image de synthèse sur de courtes scènes, mais c’est là la première fois que la technologie est poussée sur un film entier. D’années en années, la firme restera pionnière en la matière et participera d’ailleurs à l’évolution du parc cinématographique. C’est ainsi que Toy Story 2 permet à Paris de tester la première projection d’un film en numérique en Europe.

Le Monde de Némo marque également par la diversité et l’étendue du monde sous-marin que met en scène Pixar. Les profondeurs de l’océan n’avaient jamais fourni à ce point de détails ! Le numérique, toujours au service des films et de leur narration, permet aux cinéastes de signer de véritables mises en scènes, de penser la place de la caméra dans les décors et, surtout, d’inventer de nouvelles formes visuelles. Les caméras n’étant pas matérielles, elles peuvent par conséquent effectuer des mouvements/trajets qu’une véritable caméra ne pourrait pas. Des cinéastes formalistes comme Brad Bird (Les Indestructibles) ou John Lasseter (Cars) en tireront profit.

Là où l’évolution est la plus flagrante, c’est sur la qualité des textures. Si bien évidemment l’animation même des personnages et décors s’améliore au fur et à mesure que les progrès techniques avancent, la qualité de l’eau, de la terre, du métal, du bois, des feuilles ou de la peau est toujours de plus en plus époustouflante. La pluie dans Toy Story 4 est tout aussi vraisemblable que les flèches et les cheveux de Merida dans Rebelle.

Les personnages : donner vie aux objets

Mais les films Pixar n’émerveillent pas uniquement par la qualité de leur animation ! Lorsque les studios sortent leur tout premier long-métrage, Toy Story, en 1995, ils lancent un univers bien différent de celui de Disney. Chez ce dernier, les années 1990 sont l’époque d’Aladdin, du Roi Lion, de Hercules ou encore de Mulan. Les personnages des dessins animés de Disney sont alors majoritairement des êtres humains, et pas n’importe lesquels : souvent choisis dans l’univers collectif, ils sont héros mythologiques, princes et princesses de contes, personnages historiques. Bien sûr, Disney choisit parfois des animaux, mais il s’agit de chiens, de chats, de souris, de singes, de lions… En bref, si ce n’est des animaux domestiques, du moins des mammifères, faciles à humaniser, et résolument mignons.

Puis Pixar arrive, et les chatons deviennent insectes, les princes deviennent jouets, robots, voitures. Le studio choisit de donner vie à l’inanimé, à des objets à qui il confère un potentiel héroïque. Bien sûr, au début, représenter des jouets est une aubaine avant tout technique. Plus simple à animer que les humains et leur physique, leurs mouvements et leurs émotions complexes, les jouets présentent un avantage non négligeable : leur peau en plastique est lisse, leurs vêtements ne sont pas toujours réalistes, leurs visages n’affichent pas beaucoup d’émotions, mais le tout fait partie de l’univers choisi et fonctionne. Il en va de même quelques années plus tard pour 1001 Pattes et Monstres et Cie.

Mais très vite, le choix des personnages devient la marque de fabrique de la firme, ainsi qu’un défi créatif : comment humaniser une voiture ou un robot ? Et dans ce domaine, Pixar a toujours excellé en cherchant le détail physique qui fait mouche, accompagné d’un humour fin. On pense notamment à toutes les émotions que Wall-E arrive à nous transmettre par un simple mouvement des yeux…

Wall-E - GIFMANIA

L’imaginaire de l’enfant, le réalisme de l’adulte

Mais Pixar n’est pas non plus qu’une histoire de personnages ; c’est un univers narratif tout entier qui est créé. Là où Disney diffuse à cette époque un univers de rêve, plein de princesses et d’histoires d’amour, Pixar fait le choix de rendre hommage à l’imagination, et en particulier à celle des enfants. C’est de cette imagination que naissent les premières intrigues du studio, car qui d’autre que les enfants imaginent une vie à leurs jouets, se baissent pour observer les fourmis, ou pensent voir des monstres dans leur placard ?

Par ailleurs, que ce soit dans Toy Story ou dans Monstres et Cie, on ne trouve pas d’histoire d’amour mais l’histoire d’une amitié. Amitié entre les personnages principaux, avec les duos Woody/Buzz et Sully/Bob, mais aussi le lien très particulier qu’ils entretiennent avec les humains. Toy Story, et notamment ses volets 2 et 3, c’est toute la gratitude et la loyauté qu’un enfant peut avoir envers un jouet, et inversement : l’enfant est peut-être un personnage secondaire, mais il reste omniprésent et constitue le cœur de l’intrigue.

Enfin, Pixar a toujours semblé reconnaissant de son public, qui s’est fidélisé au fil des années. Tandis qu’il continue à faire des films pour les enfants, le groupe pense également aux tout premiers enfants ayant connu ses longs métrages, avec qui il a également grandi, et à qui il pense lors de réalisations telles que Toy Story 3 ou Monstres Academy. L’enfant qui avait 8 ans lors de la sortie de Toy Story 2 en avait 19 quand le troisième volet est sorti et qu’Andy s’apprêtait à aller à l’université, tout comme lui, puis en avait 22 lorsqu’il a vu Monstres Academy, et qu’il avait sans doute pris ses marques à la fac comme les deux personnages principaux.

Car la patte de Pixar, c’est également de faire des films adultes. Là-haut est une réalisation sur la perte et le deuil, Vice-Versa nous parle du temps qui passe et de la complexité des émotions des « grands ». Quant à Wall-E, c’est une dystopie on ne peut plus sérieuse qui se cache derrière un robot tendre et attachant. Que la fiction et le cinéma pour enfants véhiculent un message sur la réalité de la vie n’est pas une nouveauté de Pixar, mais celui-ci lui donne un aspect plus terre à terre, notamment en créant une séparation nette entre l’univers imaginaire et l’univers réaliste : dans Le monde de Némo, l’océan laisse pendant quelques instants place à un cabinet de dentiste très réaliste et « normal ». C’est d’ailleurs de ce clivage avec le monde humain que naît bien souvent le comique chez Pixar, nous renvoyant par là-même à notre propre condition. C’est une sorte d’auto-dérision qui attendrit plus qu’elle ne blesse, et en cela les histoires de Pixar sont profondément humanistes.

Sublimer l’image par la musique

Enfin, Pixar a réussi à s’octroyer les talents de nombreux compositeurs célèbres pour ses bandes originales. Il en ressort, souvent, des musiques très marquantes. On pense à Thomas Newman (Le Monde de Némo, Wall-E mais aussi Skyfall et, récemment, 1917), son cousin Randy Newman (Toy Story, Monstres et Cie, ou encore le film Netflix Marriage Story) ou bien sûr Michael Giacchino. (Là-haut, Ratatouille, mais aussi Rogue One et Jurassic World: Fallen Kingdom). Analyser les musiques de Pixar est un travail colossal : comme les images auxquelles elles sont liées, il existe autant d’interprétations que de spectateurs. Ce que l’on peut remarquer, cependant, c’est l’existence de certains mécanismes récurrents, comme cette proportion à nous rendre guillerets, nostalgiques ou de nous faire fondre en larmes en quelques notes, mais la musique chez Pixar sublime l’image et, souvent, remplace les mots.

De bien des manières, certains instruments semblent imiter la tonalité de la voix humaine : les cuivres seraient une voix grave, les vents plus charmeurs, sournois ou, bien sûr, les cordes plus innocentes et douces. C’est bien cette dernière catégorie d’instruments qui se fait la plus récurrente dans les bandes originales des films Pixar. Pas si étonnant quand on observe les héros de ces films : toujours des personnages attachants, souvent innocents, parfois enfantins dans leur comportement. En bien des cas, la musique vient renforcer le caractère et la personnalité des personnages. Mais parfois, elle vient même remplacer les dialogues. La scène d’ouverture de Là-Haut fait date, en ce sens. Le film d’animation comment par cinq minutes d’exposition sans paroles, composé uniquement de traces de la vie qui passe : on y suit un couple vieillissant et un homme perdant sa femme, la tristesse et la mélancolie remplacent alors le bonheur des jours heureux. La musique vient remplacer les mots et fait même office de fil rouge, nous guidant dans ce triste résumé de la vie de Carl, le protagoniste.

Ce n’est qu’un exemple parmi d’autres, mais de la même manière que la technologie et le numérique sont au service et de l’histoire et de ses personnages, la musique chez Pixar vient sublimer ce qui est déjà visible et compléter l’identité visuelle et narrative des studios par une identité sonore, musicale toute aussi forte.

Conclusion : Pixar c’est donc ça, une manière différente de faire du cinéma. Attachants, poétiques et intelligents, les films Pixar sont parmi ce qui ce qui se fait de mieux aujourd’hui, combinant l’originalité artistique et l’excellence technique. Un cinéma qui semble résister tant bien que mal à l’uniformisation du milieu par la Walt Disney Company, détentrice des droits des films Star Wars, Marvel et de l’ancien 20th Century Fox, et à qui les studios Pixar appartiennent pourtant également… 

Simon Robert et Laurène Bertelle
Article publié en 2017, mis à jour en mars 2020


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Comments (7)

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