[Dossier] Rocky : retour sur le ring !

Rocky est de retour ! 45 ans après la sortie originale, le film de John G. Avildsen scénarisé par Sylvester Stallone ressort ce 17 novembre 2021 dans une version restaurée en 4k. Mais ce n’est pas tout ! Aux États-unis ressort également dans une version director’s cut le quatrième volet de la saga Rocky, intitulé Rocky IV : Rocky vs Drago. Charmant programme ! Pour l’occasion, effectuons une petite rétrospective sélective de la saga Rocky.

Rocky 4K

Rocky se refait une jeunesse

La version restaurée en très haute définition avec le son en 5.1 (pour cinq voies audio réparties autour des spectateurs) est le meilleur moyen de découvrir ou redécouvrir le chef d’œuvre de 1976. Dès l’apparition du titre, les premières notes cuivrées de la musique de Bill Conti nous emportent. Il n’en faut pas beaucoup plus pour nous convaincre, mais la scène d’ouverture sportive nous en met à nouveau plein les yeux. Revivre de cette manière le premier combat de Rocky Balboa au cinéma est un réel plaisir !

Mais la restauration ne profite pas qu’aux scènes sportives ; rappelons-le, Rocky est avant tout un film dramatique, les scènes poignantes sont nombreuses et leur mise en scène est tout aussi réussie que lors des combats de boxe. Rappelons également que, si ce n’est pas pour Rocky que le steadicam (invention permettant la stabilisation d’images filmées en caméra portées) a été inventé, c’est certainement son utilisation lors des scènes de montée des marches à Philadelphie et des combats qui l’a popularisé ! Le steadicam est même visible à l’écran lors du combat final… Ce n’est pas pour rien que Rocky est lauréat de trois Oscars, dont celui du meilleur film en 1977 !

Un grand cœur derrière les grands pectoraux

Le grand public l’oublie peut-être, mais Sylvester Stallone est l’une des seules personnes au monde à avoir été nommé la même année dans les catégories “meilleur acteur” et “meilleur scénario original” aux Oscars. Rien que ça ! Derrière cette armoire à glace se cache un cœur tendre, qui a su livrer en 1976 l’histoire touchante d’un boxeur amateur que la vie a laissé sur le côté,. Il se sait moins intelligent que la moyenne, mais une deuxième chance lui est donnée. Et il va tout faire non pas pour gagner (Rocky sait qu’il n’a aucune chance de gagner face à Appolo Creed, campé par Carl Weathers), mais pour prouver au monde entier qu’un laissé pour compte comme lui peut tenir la distance face à ceux à qui la vie a sourit.

Inspiré par le combat entre Mohamed Ali et Chuck Wepner, Stallone ne nous propose pourtant pas qu’une histoire de boxe. Si Rocky est un film de sport, il est aussi un film d’amour et à bien des égards un film social. Rocky est amoureux d’Adrian (Talia Shire), et va maladroitement la draguer tous les jours dans l’animalerie dans laquelle elle travaille. Il se donne pour mission de trouver deux blagues par jour, une pour le matin et une pour le soir. Timide, il se rabat régulièrement sur le chien Butkus, résident permanent de l’animalerie, et qui semble plus réactif aux blagues de Rocky qu’Adrian. Le boxeur possède également deux petites tortues auxquelles la mise en scène l’identifie. Elles apparaissent dans leur bocal sous un lustre dont la forme évoque celle d’un ring de boxe, notamment celui du combat final. Manière subtile de rapporter les boxeurs à des tortues !

Amour du sport, amour à travers le sport ?

Rocky s’identifie donc à ses petits reptiles : lents et dans un bocal ! Ce n’est pas anodin. Aujourd’hui cela paraît absurde, compte tenu des nombreuses suites et films dérivés de Rocky, mais dans l’histoire de 1976, la boxe n’est pas spécialement mise en valeur. Rocky aime boxer, mais il répète à qui veut bien l’écouter qu’il ne se bat que parce qu’il ne sait ni danser ni chanter. Manifestement désabusé et sans emploi stable, il travaille pour le compte d’un usurier local, Tony Gazzo (Joe Spinnel). Son physique impressionnant lui permet de rappeler à l’ordre les malheureux qui se sont endettés auprès de Gazzo.  Ses rêves de gloire, il ne peut les placer que dans le sport. Et sa spécialité, c’est qu’il sait encaisser les coups longtemps sans tomber.

Flanqué à la porte du gymnase par l’entraineur Mickey (Burgess Meredith), Rocky ne sait plus vraiment vers qui se tourner. Ce n’est que quand l’opportunité de faire un vrai combat de boxe contre un grand champion que Mickey revient vers lui. Usé, en colère, Rocky saisit l’occasion pour décharger toute sa haine contre le vieil entraineur. Dans une scène poignante, les deux sportifs s’envoient leurs vérités d’abord en face à face, puis séparés par des portes de plus en plus épaisses : celles des toilettes, de l’appartement, puis de l’immeuble. Tout sépare les deux hommes, et leur discussion ne fait que les éloigner encore plus. Rocky est obligé de hurler pour se faire entendre… Pourtant, c’est sans dialogue audible qu’ils se réconcilient, à la fin de cette scène. Rocky court chercher Mickey, ils s’enlacent ; on ignore ce qu’ils se disent, mais c’est réglé. Peu de temps après, l’entrainement peut commencer. Ce n’est pas par les mots que Rocky exprime son amour, c’est par le sport !

Et à la fin du film, à l’issue du combat, on en a bizarrement plus grand chose à faire du résultat. Et Rocky non plus : il n’écoute pas le score donné par l’arbitre, il ne fait que hurler à Adrian, l’appelle pour la retrouver, sur le ring, et l’enlacer. Tout est exprimé dans ce grand final : Rocky prouve au monde que même derrière un laissé pour compte peut se cacher un grand Homme, il exprime son amour pour Adrian, le tout sur le ring ! Si jamais vous doutiez encore de la magnificence de Rocky, la ressortie du film est l’occasion parfaite  pour vous convaincre !

 

Rocky IV : Rocky vs Drago

Back to the USSR !

Hasard du calendrier, aux États Unis sort également une nouvelle version de Rocky IV ! Initialement prévu pour fêter les 35 ans du film, sa sortie a été décalée à cause de la pandémie mondiale. Les américains peuvent donc poser les yeux sur le director’s cut de Rocky IV, titré Rocky vs Drago. Allongé d’une demie heure de film supplémentaire (l’original durant 1h31), c’est donc le réalisateur du film Sylvester Stallone qui s’est chargé de ce nouveau montage. Cette nouvelle version est l’occasion de revisiter non pas un chef d’œuvre du cinéma, mais un monument de la guerre froide.

Au milieu des années 1980, après une période de détente, les tensions entre les États-Unis et L’U.R.S.S reprennent de plus belle. À Hollywood, ces tensions vont se traduire à travers différents films, notamment du côté de la Metro-Goldwyn-Mayer (MGM). Le président de la société, Frank Yablans, entreprend dans les années 1980 un remaniement du studio, et le fusionne avec la société United Artists (UA) dans le but de réduire les coûts, entraînent une perte de valeur artistique et financière de la société MGM/UA. Surfant sur la peur de L’URSS qui envahit de nouveau les États-Unis, deux films vont ainsi se retrouver insufflé d’un vent anti-soviétique. Du côté de James Bond, on se retrouve face à Octopussy, étonnant film dans lequel les Russes sont à nouveau des grands méchants caricaturaux, et où Roger Moore se déguise en Clown pour désamorcer des bombes. Du côté de Rocky, un véritable super-vilain (à la James Bond, d’ailleurs) est introduit : Drago (Dolph Lungren).

Living in america !

Il est grand, il est blond, il est méchant, il est puissant. Il se dope, et s’entraîne face à une batterie de machines, dans un laboratoire qu’on pourrait croire issu d’une série B de science fiction. Avec son regard d’acier et sa tête naturelle de méchant, Drago va mettre à mort Appolo Creed alors déguisé en oncle Sam lors d’un match de gala. Il n’en faut pas plus à Rocky pour reprendre les gants afin de venger son ami et l’Amérique !

Sur des musiques fantastiques typiquement eighties (On vous invite à écouter Hearts on fire et à résister à la tentation d’enfiler votre plus beau mini-short fluo pour aller faire de l’exercice), Rocky va partir s’entraîner plus loin, plus haut, plus dur, et surtout plus naturellement que Drago. L’étalon Italien part dans la montagne, pour s’entraîner dans la neige, dans un chalet, sans se dopage, chimique ou mécanique. Bref, l’opposé a tous les niveaux de Drago… Et à la fin, évidemment, c’est Rocky qui gagne ! Même si le discours de fin du boxeur est nuancé par rapport au reste du film, dans lequel il appelle à une réconciliation.

Moskau ! Moskau !

Vous l’aurez remarqué, entre Rocky et Rocky IV, c’est deux salles, deux ambiances. Exit toute forme de discours social, ici c’est l’Amérique fuck yeah contre les soviets Vodka ! Quel intérêt derrière ce nanar ? Le même que derrière n’importe quelle œuvre de propagande, finalement. Analyser les méthodes employées pour caricaturer un peuple, et celles utilisées pour glorifier un autre. Ici Drago est la caricature même du super soldat/ouvrier soviet stakhanoviste. Rocky incarne une Amérique bodybuildée, qui ne se laisse pas démonter face à la peur inspirée par l’autre camp. Les méthodes des soviets (dopage, robots) montrent toute absence de naturel, toute une déshumanisation de l’individu, à l’opposé des méthodes employées par Rocky. On est très loin de l’intérêt sportif, on est plus dans une guerre d’idéologies qui se déroule sur un autre champ de bataille : le ring de boxe !

Au final, Rocky IV est un peu à l’image des duels sportifs réels qui ont marqué la guerre froide. Comme en 1972 et la finale de basket USA-URSS aux J.O. de Munich. Ou encore au Hokey, aux J.O. d’hiver 1980 de Lake Placid, où la rencontre entre les deux nations a donné lieu au “match du siècle”. Et du coup, quel intérêt de remanier ce monument de la guerre froide ? Nous n’avons pas pu poser les yeux dessus, alors nous ne pouvons que spéculer. La promesse est d’insuffler un peu plus d’humain dans le film, de se rapprocher du ton de Rocky, premier du nom. C’est peut-être l’occasion de le rendre moins absurde, caricatural (le robot utilisé par Paulie (Burt Young), le frère d’Adrian, devrait par exemple disparaître du film). À l’heure actuelle nous ignorons quand et où nous pourrons visualiser cette version. Mais nous avons hâte de constater à quel point cette nouvelle œuvre diffère de la précédente !

Conclusion : Rocky, c’est tout un pan de l’histoire américaine, et de l’histoire du cinéma ! La saga est passée par les suites inutiles (Rocky II, III, V), au monument historique (Rocky IV), les suites moins inutiles (Rocky Balboa), pour arriver finalement à une nouvelle saga très (trop?) inspirée par celle de l’étalon italien : Creed. Aujourd’hui, il serait peut-être temps de laisser le célèbre boxeur tranquille. Le meilleur moyen de lui rendre hommage, c’est peut-être plus en revisitant dans les meilleures conditions possibles les œuvres qui ont fait sa vie !

Bastien Rouland

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