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[Critique] Vivarium : recherche bonne maman et maison

Vivarium a fait son petit bonhomme de chemin en festivals : récompensé à la Semaine de la Critique cannoise l’an dernier, projeté à l’Étrange Festival, le second long métrage de Lorcan Finnegan débarque désormais dans les salles françaises ! On y retrouve Jesse Eisenberg et Imogen Poots, qui – on doit l’avouer – nous ont plutôt manqué ces derniers temps. Si le premier s’est réuni avec la bande de Zombieland il y a peu, la seconde s’est retrouvée piégée dans le très oubliable remake de Black Christmas en fin d’année… Par chance, Vivarium est un projet 100% inédit… et 100% recommandable malgré quelques petits défauts !

Vu son pitch, on pourrait croire à un épisode de Black Mirror. Alors qu’ils sont à la recherche de leur première maison, Tom et Gemma finissent par visiter un étrange lotissement en compagnie d’un agent immobilier tout autant perturbant. Petit souci : le couple se retrouve piégé et avec un bébé sur les bras. Bref, il vaut mieux se méfier de Stéphane Plaza !

Ça a changé, Wisteria Lane…

Tom et Gemma pensaient vivre une journée comme les autres. Ils se retrouvent après leur travail et en sont super heureux (c’est beau, la vie de couple…). Et tiens, pendant qu’on y est, pourquoi ne pas visiter une maison ? Parce que bon, la vie de famille, tout ça, à un moment donné… il faut bien y penser. L’occasion de passer dans l’agence immobilière du coin et de croiser un employé des plus étranges : Martin (Jonathan Aris), dont le sourire Colgate vous filera plutôt la chair de poule. À partir de là, on sait déjà que Vivarium cache quelque chose de louche : l’agence immobilière sera à l’image du lotissement que le jeune couple découvrira par la suite. Tout y est aseptisé, symétrique, terne, livide… On continue ?

Ce lotissement, c’est Yonder, en anglais, que l’on traduirait par “là-bas” par chez nous. Là-bas, cet endroit au loin, duquel Tom et Gemma se retrouvent prisonniers et coupés de la civilisation. Dans les sous-titres français, le nom du lotissement a été traduit en Vauvert. “Au diable Vauvert !”, dit-on lorsque l’on va – justement – très loin. Mais Vauvert, c’est aussi le nom d’un château français rempli d’histoires… de fantômes. De siècle en siècle, les rumeurs allaient bon train sur la présence d’un diable vert dans les murs de cette demeure, et aujourd’hui, au XXIe siècle, Tom et Gemma deviennent les spectres d’un lotissement digne d’un catalogue, mais qui, une fois plongé dans la brume, rappelle plutôt les rues de Silent Hill… C’est comme si l’on retrouvait Wisteria Lane, le quartier chic de Desperate Housewives, et qu’on l’avait trempé dans de la javel pour l’aseptiser complètement et le rendre incroyablement perturbant…

Ça a changé aussi, les Sims…

Car rien ne va à Yonder. Excepté Tom et Gemma à la maison numéro 9, il n’y a rien, ni personne. À une lettre près, on était à Wonder, la merveille. Posséder sa petite maison, son jardin, avoir des enfants et vivre sa vie de famille, telles sont les règles de la société contemporaine. Le couple devrait être ravi, mais son séjour va vite tourner au cauchemar… Lorcan Finnegan fait tout pour faire ressentir au spectateur la petitesse de ses personnages, piégés on ne sait trop comment dans cette maison et peu à peu gagnés par le désespoir. Ajoutez à cela un bébé dont personne n’a voulu pour l’instant, et c’est l’Apocalypse : “élevez cet enfant et vous serez libre”, leur dit-on, comme si tout agissement de Tom et Gemma devait être fait pour assouvir les desseins d’une instance bien plus grande encore. Un Dieu ? A vous de voir… Malgré tout, dans certains choix de mise en scène, on a presque l’impression que Jesse Eisenberg et Imogen Poots sont des Sims à qui l’on fait vivre une vie des plus horribles, juste pour le plaisir. Peut-être est-ce en cela que le film de Lorcan Finnegan vous frustrera un peu : le réalisateur fera de vous des cobayes au même titre que ses personnages, esclaves d’un système qu’ils ne comprennent pas…

Mais c’est aussi là la grande réussite de Vivarium : son cynisme absolu. À défaut d’embrasser la paternité, Tom et Gemma se moquent complètement de cet enfant. Plus le temps passe, plus rien ne fait sens, et plus le couple est en proie à la folie. Un registre qui sied tout particulièrement aux deux acteurs, qui délivrent tous deux une très belle performance malgré les quelques longueurs du film. Ils nous donnent l’impression que tout acte n’a plus aucune conséquence, et que rien de plus stupide ne pourrait leur arriver. Et étrangement, devant ce film, on pense énormément aux dessins de Joan Cornellà. L’univers de l’illustrateur espagnol (dont on voit circuler les dessins sur les réseaux sociaux), teinté d’humour noir et de situations sinistres, ressemble en tout point à la situation sans espoir de Vivarium, autant pour leur esthétique que pour leur humour noir.

Conclusion : Vivarium est à n’en pas douter une expérience de cinéma certes un peu frustrante, mais très déstabilisante. Malgré son économie de moyens, Lorcan Finnegan parvient à nous rendre aussi fou que son duo d’acteurs, Jesse Eisenberg et Imogen Poots, coincé dans la spirale du consumérisme…

Gabin Fontaine

Vivarium
Un film de Lorcan Finnegan
Durée : 1h37
Sortie le 11 mars 2020

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