[Critique] Venom : Let there be carnage : monstrueux film de monstre

Venom, l’un des ennemis emblématiques de Spider-man est de retour, cette fois-ci devant la caméra de Andy Serkis. Le premier film plaçait la barre très basse, en ne respectant pas les comics dont il s’inspirait et en proposant un spectacle affligeant de nullité, moche et illisible. Mais qui avait cartonné auprès du public, récoltant pas loin de 900 millions de dollars de recettes… En dehors de l’attrait pécuniaire, quel intérêt derrière cette suite ?

Cletus Kasady est un tueur en série derrière les barreaux. Pour une raison inconnue, il n’accepte de parler qu’au journaliste Eddie Brock, alors en symbiose avec l’alien Venom. Leur relation se dégrade quand Venom s’emporte face au tueur en série, créant malgré lui un nouveau monstre : Carnage…

Une meilleure adaptation ?

Venom : let there be carnage a de ça surprenant qu’il présente de nombreuses qualités, surpassant de très loin le premier Venom, mais sans jamais réussir à être un film convaincant. Pourtant, l’histoire s’approche plus de l’idée qu’on se fait d’un film Venom que la première adaptation. D’une part, le film introduit enfin des personnages emblématiques de l’univers du symbiote. Le tueur en série Cletus Kasady (Woody Harrelson), alias Carnage, le symbiote rouge. Mais aussi Shriek (Naomie Harris), une mutante qui dégage des ondes sonores destructrices. On est agréablement surpris par la présence du policier Patrick Mulligan (Stephen Graham), qui dans les comics devient également l’hôte d’un symbiote, Toxine, et dont le rôle dans le film prend une place non négligeable.

D’autre part, la présence de ces personnages permet de mettre en place une histoire plus classique de combat de monstre, mais qui fonctionne (sur le papier) de part la simplicité de sa promesse : gros alien noir gentil contre gros alien rouge très méchant. Une idée qui colle à la plupart des comics Venom, en somme. Presque un film de Kaiju, ces gros monstres Japonais qui s’envoient des mandales dans la tronche en détruisant tout sur leur passage, style Godzilla. La présence derrière la caméra d’Andy Serkis, connu pour ses interprétations de créatures en motion capture comme Gollum (Le Hobbit), César (La planète des singes), est rassurante : lui sait comment s’y prendre avec les monstres ! La photographie du film est soignée : et pour cause, c’est Robert Richardson qui est aux commandes ! Il est ni plus ni moins que le directeur photo attitré de Quentin Tarantino, mais qui a aussi officié aux côtés de Martin Scorsese (Casino, Hugo Cabret, Shutter Island), Oliver Stone, Robert Redford… Derrière la partition du film, qui n’est pas spécialement mémorable mais qui fonctionne tout de même, on trouve Marco Beltrami, compositeur habitué aux films d’horreurs (la série des Scream, Sans un bruit, La dame en noir…). En somme, salade, tomate, oignon, toute la recette est là pour nous livrer un film délectable. D’où la question :

Pourquoi ça ne fonctionne pas ?

Car au final, à la fin du film, encéphalogramme plat. Jamais Venom : let there be carnage ne fait peur, jamais il ne nous décroche un sourire, jamais on ne se sent emporté dans l’histoire, ou inquiet pour les protagonistes. Le film n’est pas long, donc on n’a pas le temps de s’ennuyer non plus. Mais du coup les raccourcis scénaristiques et incohérences sont légions. Par exemple, jamais il ne nous est vraiment expliqué pourquoi Cletus Kasady n’accepte de parler qu’à Eddie Brock. À part pour le prétexte de faire un film, il n’y a aucune raison valable de les faire se rencontrer. Pareil, la question de la relation entre Eddie et Venom est abordée au début du film. L’alien veut se nourrir d’humain, mais le journaliste ne le laisse pas faire, ce qui entraîne des disputes entre eux. Mais passée la moitié du film, envolé cet arc scénaristique. Il ne sera jamais plus question de trouver comment nourrir l’alien sans créer de discorde avec son hôte…

Le réel problème, et c’est symptomatique des mauvais films Marvel (encore plus du côté de Sony, qui détiennent les droit de l’univers Spider-Man, visiblement) est le suivant : faire un film de remplissage pour patienter jusqu’au véritable gros film. En l’occurrence, Spider-Man : No way home. Car ça y est, par un tour de passe passe scénaristique à vous tordre le cerveau, Venom se retrouve dans le même univers que le célèbre monte-en-l’air. Et donc, comme pour le premier film, la scène la plus intéressante est la scène post-générique.

Dans le précédent, il s’agissait d’une séquence extraite de l’excellent film d’animation Spider-Man : Into the Spider-Verse. Ici, le film se lie directement au Spider-Man de l’univers cinématographique étendu Marvel (MCU). Ce qui est très bizarre. Car forcé. Car ils ont commencé un univers Venom en faisant fi des comics et de toute logique, et qu’ils cherchent à raccrocher les wagons avec précipitation. Car Venom : let there be carnage ne cesse de faire référence à l’homme araignée sans jamais le dire. Du café “L’araignée” à Venom qui se moque des responsabilités, en passant par l’araignée écrasée par Cletus Kasady…

Mais du coup, quid de nous spectateurs, dans l’histoire ? Avons-nous l’impression d’être perdu dans un cadavre exquis cinématographique dont les règles évoluent selon les bons vouloir des ayant droits des comics ? Ou nous sentons-nous flattés qu’on nous promette enfin un film pop corn et fan-service au possible avec le Spider-Man : no way home à venir ? À vous de voir.

De notre côté, on est perdu. Car depuis déjà deux ans, on nous promet un film Morbius, produit par Sony, basé sur un autre ennemi emblématique du tisseur. Avec dans la bande annonce, du Spider-Man, du Vautour, bref, du MCU. Le film était censé arriver à l’été 2020… Soit il y a une éternité ! Ne s’agissait il donc que d’un autre film de remplissage ? Dont on se fiche de le placer avant ou après la pièce maîtresse ? Ou bien est-ce un élément essentiel à la toile (sic) tissée par Sony ? Quelle est l’implication de Marvel studios dans tout ça ? On est perdu, et on ne pense plus du tout au film qu’on vient de voir. Et c’est dommage.

Conclusion : Venom : let there be carnage se démarque de l’échec absolu qu’était Venom premier du nom, mais reste un film oubliable. Vivement la suite, qu’on puisse à nouveau patienter tranquillement entre deux Spider-Man

Bastien Rouland

Venom : let there be carnage
Un film d’Andy Serkis
Sorti le 20 octobre 2021
Durée : 1h38

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