CritiquesSéances de rattrapage

[Critique] Tolkien : une oeuvre poétique qui se contente du minimum

John Ronald Reuel Tolkien, un personnage qui fascine depuis de nombreuses années, tant par son imaginaire que par son aspect mystérieux. Mais il n’est pas facile de s’attaquer à la vie de ce monument du récit fantastique, auteur du Hobbit, du Silmarillion ou encore du cultissime Seigneur des Anneaux. C’est pourtant le pari que s’est lancé Dome Karukoski : le réalisateur finlandais nous transporte à travers un récit qui manque de profondeur mais qui parvient à nous attirer par ses inspirations visuelles.

Le biopic revient sur la jeunesse de l’auteur : sensible, intelligent et promis à un brillant avenir, le jeune Tolkien devra pourtant affronter les tourments que la vie va lui imposer. L’amitié et l’amour seront pour lui une grande source d’inspiration, mais la première guerre mondiale éclate et vient bouleverser la vie et l’esprit du jeune auteur.

Un récit minimaliste

JRR Tolkien, né le 3 janvier 1892 à Bloemfontein en Afrique du Sud, est le premier enfant d’Arthur et Mabel Tolkien. Quelques années après sa naissance, la famille décide de retourner vivre en Angleterre, mais le père Arthur, meurt avant de pouvoir les rejoindre. C’est ici que le film commence, et nous plonge dans ce qui nourrira l’imaginaire du créateur de la Terre du milieu. La première scène commence par un récit, celui de sa mère, qui le berce de récits de légendes comme Sigurd & Gudrún ou encore Beowulf. Des histoires qui viendront plus tard inspirer le jeune homme et l’encourager à construire son propre univers.

C’est alors que commence le parcours de Tolkien, et sa vie semée d’embûches devient un récit presque trop romancé d’amour, d’amitié et de passion, de langues et d’histoires. Une grande majorité du film est consacrée à la rencontre et à l’amitié du jeune homme et de trois autres étudiants qui formeront le club du T.C.B.S., un groupe dont les membres se plaisent à parler culture, littérature, poésie et musique. Le parallèle avec la communauté dont font partie les héros du Seigneur des Anneaux (Frodon, Sam, Merry et Pippin) est rapidement fait à coup de grandes déclarations d’amitiés éternelles et serments de communauté indissociable. Cette communauté de pensées s’oppose à un monde industriel et chaotique qui s’apprête à sombrer dans les horreurs de la guerre. Le film mêle les discussions des quatre jeunes intellectuels à des scènes où Tolkien erre dans les tranchées, marchant entre les marres de sang et les corps de jeunes soldats, à la recherche d’un de ses amis.

C’est à travers ces scènes de guerre que le jeune Tolkien se met à halluciner et à voir des créatures étranges, cavalier noir, dragon, encore de gros clins d’œil peu subtils aux deux œuvres les plus connues de l’auteur adaptées à l’écran par Peter Jackson. Mais ces références tout au long de l’histoire viendraient presque desservir les propos du film, tant il est dommage de ne se limiter à seulement deux des chefs-d’œuvre quand Tolkien a créé un univers tout entier. C’est d’ailleurs la pièce manquante du film : le grand public ne connaît de l’auteur que Le Hobbit et Le Seigneur des Anneaux, mais le travail de Tolkien ne se résume pas à cela. Il a consacré sa vie à créer un univers, inventer des langues, une mythologie, des légendes. Le travail d’une vie que son fils, Christopher Tolkien, décide après la mort de son père de mettre en ordre, parmi toutes les bribes d’histoires, de manuscrits et d’ébauches pour continuer à enrichir l’Histoire de la Terre du Milieu. Le biopic d’un des auteurs les plus brillants du XXe siècle était pourtant l’occasion de faire découvrir au grand public toutes les histoires sorties de son imaginaire.

Le fantastique à l’écran

À l’image, le biopic de Dome Karukoski nous fait voyager de la campagne anglaise où a grandi Tolkien, paysage romanesque, aux rues bruyantes de Birmingham en s’arrêtant dans un salon de thé où se réunit le club de la communauté dont fait partie Tolkien. Si l’équipe du film a manqué de nous faire découvrir l’étendue de l’œuvre de l’auteur, c’est par l’image que le film nous amène réellement dans son univers. Sans oublier la musique, composée par Thomas Newman, qui nous transporte dans cet imaginaire fantastique, non sans rappeler certaines compositions de Howard Shore pour la trilogie de Peter Jackson.

Le travail des acteurs est aussi remarquable : on a plaisir à suivre la romance du jeune étudiant avec celle qui deviendra son épouse, Edith Bratt. Leur relation qui évolue au fil de l’histoire est conduite par des dialogues et des scènes d’une beauté remarquable qui n’est pas sans rappeler l’oeuvre de Tolkien Beren et Lùthien. John Ronald Ruel Tolkien, interprété par Nicholas Hoult (X-men : le commencement, Mad Max, La Favorite) nous délivre une performance en s’appliquant à restituer la diction du personnage passionné de philologie (études des langues à partir d’écrits anciens). Avec lui, le personnage joué par Lily Collins (Okja, Inheritance, Extremely Wicked) campe de superbe manière le rôle d’Edith Bratt, que Tolkien considère comme sa Lùthien, une histoire d’amour qui lui inspire un de ses tous premiers écris. Le conte de Beren et Lùthien, ou l’homme mortel, tombe amoureux d’une elfe immortelle, ce récit est tellement important pour l’auteur qu’à leur mort les deux amoureux feront inscrire sur leur tombe « Beren » et « Lùthien ».

Le biopic sort à une période riche en actualité pour les fans de l’univers de Tolkien, alors que La chute de Gondolin, le dernier ouvrage issu des manuscrits de l’auteur, est sorti et que le géant Amazon se lance dans la production d’une série La Seigneur des anneaux au budget record d’un milliard de dollars pour cinq saisons. Le film remet au goût du jour l’univers emblématique de JRR Tolkien, auteur de légende, qui continue d’inspirer de nombreuses créations encore aujourd’hui.

Conclusion : Tolkien n’est pas un mauvais film en soi, mais reste un biopic minimaliste, largement romancé et pas assez documenté. Néanmoins, il parvient tout de même à nous surprendre en exploitant l’imaginaire de son personnage principal à travers des scènes marquantes. Malgré ses défauts, le long métrage reste agréable à regarder.

Xavier Dupuys

Tolkien
Un film de Dome Karukoski
Sortie le 19 juin 2019
Durée : 1h52
Disponible en DVD et en SVOD sur MyCanal jusqu’au 13/06/2020

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