[Critique] Titane : un ovni horrifique

Cinq ans après Grave, Julia Ducournau est de retour ! La réalisatrice nous plonge une fois de plus dans un univers très particulier, où gore, huile de moteur et transformation physique se mêlent pour former un cocktail malaisant… Et on en redemande ! Mais passé l’aspect graphique, que vaut vraiment la palme d’or 2021 ?

Alexia, danseuse de charme renommée, se fait passer pour le fils disparu d’un pompier dans le but d’échapper à la police à la suite d’une série de meurtres. Mais elle cache en elle un secret plus tordu encore…

Un début beauf beauf…

Difficile de décrire avec précision l’expérience Titane. Julia Ducournau mélange les références et les genres, et jongle entre le slasher movie (genre de film qui met en scène un monstre assassin, comme Vendredi 13), le fantastique… Et le beauf ? Les vingt premières minutes de Titane sont péniblement avalées.

D’une part, parce que ce mélange des genres ne fonctionne pas forcément. On ne comprend pas vraiment ce que veut raconter l’auteure, et on a beaucoup de mal à avoir de l’empathie pour le personnage principal. Peu loquace, Alexia (Agathe Rousselle) est un personnage manifestement torturé, mais dont la névrose est difficilement identifiable. Certes, il y a l’accident de voiture au tout début du film. Mais avant même cet incident, Alexia semble déjà entretenir un rapport particulier avec les véhicules motorisés. Il n’est pas nécessaire de tout expliquer dans un film, et garder une part de mystère est important. Mais ici, on est rapidement largué dans le développement de ce personnage, et on n’arrivera jamais à raccrocher les wagons…

D’autre part, parce que filmées par une femme ou pas, des danseuses ultra sexy, qui agitent leurs fesses en gros plan avec des regards caméras lancinants, sur des grosse voitures tunnées, suivies de scènes sous la douche inutilement longues et de plans de nu intégral qui n’ajoute pas plus que ça au récit, et bien ça fait beauf ! On ne peut pas sortir un film de son contexte : réalisé par une femme, on ne peut que saluer le female gaze, le fait que ce soit une femme qui s’approprie l’image de son propre corps, et qui décide de le filmer comme elle l’entend. Il n’empêche que ces vingt premières minutes sont lourdes, inutilement racoleuses, comme s’il fallait appâter un certain public avant de réellement démarrer le film…

Sans transition, Vincent Lindon !

Lorsque arrive le personnage de Vincent (Vincent Lindon), le film prend une autre tournure, et semble réellement commencer. Vincent est un commandant de caserne bodybuildé, dont le fils Adrien a disparu il y a dix ans. Alexia, en fuite, se travestit pour ressembler au fils disparu qui aurait vieilli. Confronté à Alexia, Vincent ne voit pas, ou ne veut pas voir, l’évidence : il ne s’agit pas de son fils, il ne s’agit même pas d’un homme… Va alors commencer un jeu malaisant, mais diablement bien mis en scène, entre la névrose de Vincent, qui va tout faire pour se convaincre du retour de son fils, et Alexia, qui va tout faire pour le garder dans l’illusion.

Vincent Lindon est absolument magistral. Dès le plan où il fait son apparition, il magnétise le regard du spectateur, qui ne le lâchera plus du reste du film. Incroyablement inquiétant, et en même temps touchant, l’acteur se donne à fond dans Titane ! Des scènes où il se dope pour rester en forme, ses tentatives d’exercice physique, les séquences en intervention avec les pompiers… Une performance d’acteur formidable, on en redemande !

C’est véritablement lui le personnage principal du film. Si on est du point de vue d’Alexia, reste qu’au final, c’est l’histoire de sa famille à lui qui est importante, sa relation aux autres pompiers, à son ex femme, à son fils disparu… Agathe Rousselle est également formidable dans la transformation physique et l’interprétation de ce qui arrive à son personnage. Mais le manque d’attache du spectateur pour elle joue en sa défaveur, malheureusement.

Conclusion : Titane est bien l’ovni horrifique annoncé. Malgré un début de film poussif et racoleur au possible, le virage à 180° pris lorsque Vincent Lindon entre en scène est formidablement réussi. Le malaise est constant, les performances d’acteur jouissives… Difficile de ranger Julia Ducournau dans une seule case, et c’est tant mieux ! On a hâte de voir ce que la réalisatrice nous proposera dans le futur !

Bastien Rouland

Titane

Un film de Julia Ducournau

Sorti le 14 juillet 2021

Durée : 1h48

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