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[Critique] The Vigil : les démons de minuit

Quand on voit des images de The Vigil, on se dit : “ah, encore un film de possession !” Poule aux œufs d’or du genre horrifique, notamment redynamisé dans le cinéma américain avec la franchise The Conjuring (plus ses multiples spin-offs AnnabelleLa Nonne…), ce type de film flirte pourtant avec le meilleur comme le pire. C’est du côté des réalisateurs indépendants ou nouveaux qu’il faut se tourner pour un peu d’originalité, comme Ari Aster avec Hérédité… ou Keith Thomas avec The Vigil.

Passé par la dernière édition du Festival du film fantastique de Gérardmer, The Vigil est la dernière trouvaille du producteur Jason Blum. À la simple différence que, pour une fois, le “pro de l’horreur” a acheté le film déjà fini après sa première projection à Toronto… Estampillé Blumhouse, The Vigil a donc un boulevard devant lui pour lui faire gagner en popularité. Enfin ça… C’était avant le COVID, bien sûr. Nous avions découvert le film en février, et le voici en salles en ce mois de juillet. À New York, nous suivons Yakov, un juif orthodoxe à court d’argent comme de foi chargé de garder, pour une nuit, le cadavre d’un défunt. Il est ainsi, selon la tradition juive, un shomer

Retrouvez prochainement notre rencontre avec le réalisateur Keith Thomas !

Enfin du renouveau dans le film de possession !

Dès les premières images de son film, Keith Thomas impose un nouveau prisme – ou du moins, un prisme rarissime – dans le genre horrifique : il est ici question d’aborder la possession démoniaque dans la religion juive, mais aussi du traumatisme de l’antisémitisme à travers les âges. Il suffit aussi d’un carton en début de film pour présenter au public non-juif ce qu’est un shomer, ce guide chargé de veiller sur l’âme d’un défunt la nuit précédant les rites funéraires. En quelques minutes, notre héros, Yakov, passe d’une bonne soirée avec des amis à… sa mission de shomer. Il rejoint la maison du couple Litvak, deux personnes âgées dont le mari est décédé. Et si Yakov était seulement censé veiller sur ce corps jusqu’à l’aube, évidemment, on finit vite par se rendre compte que tout ne va pas se passer comme prévu !

Dans la grande majorité des films de possession, le public est habitué à ce que des exorcismes soient pratiqués sur les personnes possédées par des prêtres (comme dans L’Exorcisme) ou des croyants catholiques (les Warren dans Conjuring). La perception des démons par la religion musulmane n’a été quant à elle que très peu représentée dans des œuvres cinématographiques : Netflix s’y est cassé les dents avec la série Jinn, tournée en langue arabe en Jordanie, dans laquelle un groupe d’adolescents lutte contre un démon décidé à détruire le monde… Une série jugée immorale dans un pays encore très conservateur, notamment à cause de scènes de baisers, de consommation d’alcool ou de drogue.

Un confinement du tonnerre

Mais alors, The Vigil, est-ce que c’est bien ? La réponse est simple : oui. En choisissant un cadre exigu (celui de la maison des Litvak), Keith Thomas joue avec un sentiment de claustrophobie permanente, enfermant son héros dans un cadre qu’il ne connaît pas. Le réalisateur utilise énormément le son et le hors-champ pour faire naître la peur : y a-t-il quelqu’un d’autre dans la maison ? Est-ce que ce ne sont que des bruits de craquements ? Peu à peu, on doute. Jusqu’à ce que l’horreur ne s’immisce réellement, de manière un peu plus connue : des hallucinations ou des jumpscares qui, pour une fois, sont bien maîtrisés et font sursauter le spectateur. Malgré un budget probablement hyper-minimaliste (ce qui est aussi le propre des productions Blumhouse, bien que The Vigil ait été acheté par Blum après avoir été tourné), Keith Thomas parvient à être cruellement efficace grâce à des effets visuels pratiques convaincants.

Mais c’est surtout la performance de l’acteur principal, Dave Davis, qui crève l’écran. L’écriture de son personnage, Yakov, est elle aussi particulièrement frappante : The Vigil joue aussi beaucoup sur l’état psychologique de son personnage, marqué par une forme sévère de stress post-traumatique, faisant douter le spectateur : fait-il véritablement ou non face à un démon ? Plus la nuit avance et plus la situation devient cauchemardesque pour Yakov, autant torturé psychologiquement que physiquement…

Conclusion : avec le report annoncé de The Conjuring 3, qui devait sortir en septembre, The Vigil pourrait bien s’imposer comme la surprise horrifique de cet été… voire même de l’année !

Gabin Fontaine

The Vigil
Un film de Keith Thomas
Durée : 1h30
Sortie le 29 juillet 2020


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