[Critique] The Suicide Squad : les Freaks, c’est chic !

Rappelez-vous : il y a cinq ans, la Warner sort un film centré sur les aventures d’une équipe de super-vilains. Suicide Squad, premier du nom, est un naufrage critique, une sombre tâche dans l’histoire déjà peu brillante du DCEU (DC Extended Universe). Le film devient l’exemple à ne pas suivre d’un contrôle nauséabond d’une mauvaise production. Entre les reshoots pour donner un côté plus léger, les égos envahissants de Will Smith et Jared Leto, les remontages qui viennent drastiquement changer le ton et l’histoire du film… Bref, on ne pensait pas cinq ans plus tard qu’une suite, simplement intitulée The Suicide Squad, pourrait voir le jour ! Dirigée par James Gunn, transfuge opportun de Marvel Studios, cette Suicide Squad arrive-t-elle à faire oublier la première ?

Un coup d’État sur l’île de Corto Maltese est embarrassante pour les États-Unis ! Le gouvernement insulaire disposerait d’une arme de destruction massive extraterrestre, qu’il pourrait rapidement mettre à profit pour dominer le monde… Face à cette menace, Amanda Waller monte sur pied une nouvelle équipe de super-vilains, prêt à sauver le monde contre une remise de peine…

Le meilleur blockbuster du DCEU !

Enfonçons tout de suite les portes ouvertes : The Suicide Squad réussit tout là où son prédécesseur a échoué. Le film est réellement gore, trash, drôle, on s’attache sincèrement aux personnages… L’histoire est riche en rebondissements, fichtrement bien mise en scène par un James Gunn survolté. Là où le précédent film justifiait mollement la mise en place d’un escadron suicide, The Suicide Squad propose une histoire cohérente, plaisante à suivre et dont on ne remet jamais en question les fondements. L’implication politique du gouvernement américain justifie la discrétion nécessaire et le recours à l’équipe de super-vilains, et entraîne son lot de manipulation, trahison, double jeu…

Les scènes d’action, très nombreuses, sont toutes lisibles, et apportent leur lot d’hémoglobine. Le gore, s’il est jouissif, n’est pas non plus gratuit : évidemment que des super-vilains agissent en tant que super-vilains, et tirent (ou bouffent) tout ce qui bouge ! On oublie l’équipe du premier film, qui agit comme n’importe quel héros l’aurait fait, et qui se sert les coudes comme “une famille” alors qu’ils ne se connaissent pas. Ici, au pire on se déteste, au mieux on se supporte. Quoiqu’il arrive, on se méfie…

Version 2.0

Le plus intéressant avec The Suicide Squad, c’est de constater à quel point il agit plus en tant que soft-reboot qu’en tant que véritable suite. Un soft-reboot, c’est une suite qui fait globalement abstraction de l’histoire passée, et qui a pour but de réintroduire l’univers. En dehors de quelques personnages (dont certains sont vraiment anecdotiques), The Suicide Squad possède un casting complètement nouveau, et ne fait absolument pas suite à ce qui est introduit dans la précédente adaptation. Par contre, il n’hésite pas à reprendre des éléments du premier, mais en les concrétisant avec réussite ! On à l’impression qu’il s’agit d’une mise à jour du premier.

On passe de Deadshot (Will Smith) dans le premier film à Bloodsport (Idris Elba), deux vilains très similaires, qui sont introduits à travers leur relation avec leur fille. Pourtant, Bloodsport  est beaucoup mieux écrit, interprété, crédible. Et même dans le surnaturel, le film réussit avec brio là où le premier échouait. Dans l’original, Killer Croc était le gros monstre de service, censé être effrayant et sanguinaire. Raté, il était laid et ne mangeait personne (la première Suicide Squad n’affrontant pas une menace humaine). Ici, on nous sert King Shark (Sylvester Stallone), un requin humanoïde effrayant au possible, qui arrive malgré tout à être attachant avec son apparent détachement à tout ce qu’il se passe. Ce qu’il veut, c’est manger…

Les monstres, on les aime

On pourrait continuer à lister tous les points sur lesquels The Suicide Squad dépasse son prédécesseur. Mais vu qu’il le surpasse à tous les niveaux, il ne s’agirait que d’un pur acharnement. Inutile de tirer sur une ambulance déjà écrasée depuis cinq ans… Si ce n’est qu’on peut se demander à quel point la Warner cherche à effacer l’existence du premier film. En embauchant James Gunn pour réaliser cette suite, on comprend que la maison de production souhaite récupérer un savoir-faire propre à Marvel. Qu’on aime ou pas l’écurie concurrente, on ne peut pas nier que Les Gardiens de la Galaxie a été un sacré chamboulement à l’époque. En plus d’introduire avec succès un tout nouvel univers (l’espace et les aliens) dans un monde super-héroïque, James Gunn nous présentait une équipe de monstres aussi surprenante qu’attachante. Et réussir à lier le public avec un raton-laveur, un arbre humanoïde et un alien tout en muscle campé par un ancien catcheur (Dave Bautista), ce n’était pas facile !

En y réfléchissant, il n’est donc pas si surprenant de retrouver James Gunn aux commandes. Outre le nombre assez conséquent de transfuges de chez Marvel (Michael Rooker, Sean Gunn là aussi dans deux rôles, Sylvester Stallone, David Dastmalchian, Taïka Waititi, Pom Klementieff…), peut-être était-il le seul à pouvoir nous faire aimer cette équipe de monstres aussi improbable. On retrouve un héros tout en muscle joué par un catcheur (ici John Cena, qui crève l’écran), ainsi qu’une bête improbable (Weasel) dont la doublure à l’écran est assurée par Sean Gunn, déjà coutumier du fait avec Rocket dans Les Gardiens. Le rôle du monstre humanoïde doublée par une star à contre-emploi est donc ici King Shark, doublé par Stallone ; Vin Diesel est la voix de Groot dans Les Gardiens.

Bref, James Gunn a bien été mis a profit par la Warner pour nous livrer la meilleure Suicide Squad possible. Si on peut y voir un aveu d’échec, à savoir admettre que sa formule ne fonctionnait pas et copier celle des concurrents, nous on choisit d’y voir l’aube d’un renouveau. Avec la sortie récente du Snyder Cut de la Justice League, l’arrivée de The Suicide Squad, la sortie prochaine de The Batman déconnecté de la chronologie du DCEU à l’image de Joker, on est en droit de rêver qu’à l’avenir, Warner et DC ne nous proposerons plus que des films avec une identité artistique qui leur est propre. Et qui ne doit pas forcément s’inscrire dans un univers aux règles établies dans d’autres films…

Conclusion : le film porte bien son nom : oubliez la Suicide Squad de 2016, THE Suicide Squad, c’est elle ! James Gunn nous propose une équipe de monstres aussi attachante qu’inquiétante, dans une histoire cohérente, bourrée d’action et de rebondissement. Ne boudez pas votre plaisir, foncez !

Bastien Rouland

The Suicide Squad
Un film de James Gunn
Sorti au cinéma le 28 juillet 2021
Durée : 2h12

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