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[Critique] The Room : la maison du bonheur ?

Lui aussi devait sortir au cinéma… et se rend finalement disponible en vidéo à la demande dès le jeudi 14 mai. The Room, à ne pas confondre avec le film de Tommy Wiseau (considéré à raison comme l’un des pires longs métrages au monde), troque la ville de Los Angeles pour la campagne new-yorkaise, où emménage un jeune couple campé par Olga Kurylenko et Kevin Janssens. Il sera ici question de drame saupoudré d’une touche de fantastique, lorsque Kate et Matt découvrent qu’une chambre cachée dans leur nouvelle maison leur permet d’exaucer tous leurs souhaits…

À la barre : Christian Volckman, que l’on n’avait pas vu à la réalisation de longs métrages depuis le film d’animation Renaissance, sorti en 2006 (et récompensé au Festival d’Annecy !). Ici, les prises de vues sont bien réelles… et le réalisateur s’immisce au sein de l’intimité d’un couple déstabilisé par toutes les possibilités qu’offrent “la chambre”. Au moins, il y a des gens pour qui le confinement aura eu des bénéfices. Enfin… au début.

Une chambre à soi

Il n’y a pas à dire, la maison de The Room a tout du décor typique du film de genre : une bâtisse abandonnée dont les murs vieillissants attestent de son histoire… et des secrets qu’elle peut bien cacher. Du côté du couple, on n’y voit que le positif. Un domicile reculé, loin de l’agitation de la ville, et dont la grandeur inspire tous les élans créatifs. Parfait pour chacun d’entre eux, artiste à sa manière : Matt peut se remettre à la peinture et Kate à l’écriture ou à la traduction. Très vite, on apprécie ce couple, dont l’histoire semble être parfaite.

Mais que se passe-t-il lorsqu’une pièce secrète a le pouvoir de tout faire basculer ? Cette chambre cachée, découverte bien vite, devient le cœur de la maison, au sein d’un système impressionnant de câbles, de liens, qui relient toutes les pièces entre elles. La maison semble, elle aussi, être une entité singulière. Un mystère qui reste entier, Christian Volckman préférant laisser son spectateur se faire sa propre idée à ce sujet. À la place, le réalisateur (et scénariste) se concentre sur ce que les possibilités sans fin de cette chambre provoquent chez ses occupants. La stupeur cède rapidement la place à une ivresse de tous les genres, Matt et Kate se prêtant à accomplir tous leurs rêves, du fantasme le plus cupide (vivre dans une mare de billets verts) à des souhaits d’autant plus dangereux.

Tu redeviendras poussière

C’est là que l’interprétation de Kevin Janssens et Olga Kurylenko est la plus convaincante : peu à peu, Kate et Matt ont une perception différente de ce que la chambre peut leur apporter… et bien qu’ils soient ensemble, ils s’éloignent, s’isolent, chacun dans leur aile de la maison, dans un cadre différent de la caméra. La réussite du film est de s’ancrer tout autant dans le fantastique, la chambre permettant de dépasser le cadre du possible, que dans la réalité, puisqu’elle dévoile aussi les fêlures du couple.

Que se passe-t-il quand on dépasse les limites ? Quel passé dissimule cette maison ? Quand il s’agit d’expliquer, The Room souffre peut-être d’un certain classicisme dans ses ressorts scénaristiques. Mais qu’importe : lorsque le film bascule entièrement dans le fantastique dans son dernier tiers, c’est là qu’il devient le plus intéressant, alors que la chambre devient le théâtre de toutes les illusions possibles et imaginables. Et malgré tout, Christian Volckman fait de sa maison le théâtre d’une vie entière, dont les occupants deviennent malgré eux les prisonniers, de plus en plus dépendants des possibilités de la chambre. D’une certaine manière, on a l’impression de retrouver la maison du Mother! de Darren Aronosky, elle aussi entité véritable (dotée d’un cœur) et lieu de tous les possibles. Un peu de Vivarium aussi, à la différence que Kate et Matt acceptent leur sort…

Conclusion : malgré quelques ressorts scénaristiques un peu trop classiques, The Room parvient à s’imposer grâce à son couple d’acteurs principaux peu à peu hypnotisé par les possibilités sans fin offertes par leur maison… Un bon thriller psychologique et fantastique à découvrir dans son canapé !

Gabin Fontaine

The Room
Un film de Christian Volckman
Durée : 1h39
Sortie en VOD le 14 mai 2020


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