CinémaCoups de coeurCritiques

[Critique] The Hunt : qui est la proie ?

La chasse a bien failli ne jamais avoir lieu. Attendu dans les salles à l’automne 2019, The Hunt a été reporté pour une sortie aux États-Unis le vendredi 13 mars 2020 (et en France le 22 avril) suite à de nouvelles tueries de masse survenues en août dernier. Le film s’est également attiré les foudres du président Donald Trump qui, sans jamais le nommer ouvertement, l’accusait d’inciter au chaos… Pourquoi ? Car The Hunt met en scène un groupe de dirigeants américains aisés qui, pour se divertir, traquent et abattent d’autres citoyens américains dans un immense terrain de jeu.

Pour jouer sur l’attente et les polémiques suscitées par le film, toute sa promotion récente s’est jouée sur cet argument : sur l’affiche figurent de nombreuses critiques relatant “le film le plus controversé que personne n’a encore vu”. Mais voilà. À peine arrivé dans les salles américaines, c’est l’épidémie mondiale de coronavirus qui l’a emporté, voyant le film parachuté en vidéo à la demande là-bas… mais aussi en France désormais, très probablement afin de contrer le plus vite possible les copies illégales disponibles. D’où une version uniquement disponible en version originale sous-titrée et au prix fort (comme Emma. et Bloodshot, eux aussi dispensés de sortie en salles) de 17.99€…

American Nightmare… en pleine journée !

Quand on voit le pitch du film, difficile de ne pas penser à une autre franchise phare du producteur Jason BlumAmerican Nightmare, dans lequel, une nuit par an, les Américains sont libres de purger leur violence et d’accomplir tout acte criminel de leur choix… y compris le meurtre. Seulement, dans The Hunt, la chasse prend la forme d’un jeu beaucoup plus malsain, façon Battle Royale ou Hunger Games (oui, on sait que l’un est un quasi-plagiat de l’autre) : les proies se réveillent dans un terrain de jeu inconnu et bourré de pièges, les mains liées, la bouche bâillonnée et des armes à leur disposition… sans trop savoir quoi en faire. Ils pensent faire partie de ce qu’internet appelle le Manorgate : des rumeurs selon lesquelles de riches conservateurs assassineraient d’autres personnes pour leur pur et simple plaisir personnel.

Craig Zobel ne prend pas vraiment le temps de présenter ses personnages ; ils sont à peine nommés, ou alors surnommés (Big Red, Yoga Pants, Vanilla Ice…) et de toute manière, on aura bien peu de temps pour s’y attacher. En quelques minutes, le calme cède place à la barbarie : The Hunt assume complètement l’absurdité de sa situation en accumulant les mises à mort outrancières et conservera tout le long du film un ton cynique et un humour noir ravageurs. En bref : tout ce que l’on aurait préféré voir il y a quelques semaines dans Nightmare Island qui, lui, était totalement absurde sans jamais s’en rendre compte !

Proies vs. Prédateurs

La grande réussite du film est de nous faire longuement douter de qui en est le personnage principal, premièrement, avant que l’on ne s’attarde sur le personnage de Betty Gilpin (que l’on retrouve dans la série GLOW, sur Netflix). L’actrice tient un rôle tout aussi dément que l’intrigue du film et donne certainement l’une de ses meilleures performances, prête à découvrir la vérité qui se cache derrière cette traque morbide. À l’image de son personnage, nous devons nous méfier de tout ce qui se dresse sur son chemin : dans The Hunt, il n’y a pas que de l’action pure et dure… mais aussi un fond bien plus intéressant qu’il ne le paraît.

Et quand on voit que le film a été écrit par Damon Lindelof et Nick Cuse, qui collaboraient déjà ensemble sur les séries The Leftovers et Watchmen, tout s’éclaire. Certains dialogues semblent même sortis de l’une des deux séries tant ils semblent inappropriés dans le contexte. Pour autant, les deux scénaristes s’emparent d’énormément de faits de société actuels : les fake news, théories du complot, les inégalités sociales croissantes et le mépris qui en découle… Pour les tortionnaires de ce groupe de survivants, ces derniers ne sont que des gens “déplorables”, en référence aux propos tenus par Hilary Clinton en 2016 pour désigner une partie de l’électorat de Donald Trump : des personnes racistes, sexistes, xénophobes, homophobes, qui ont trouvé une nouvelle tribune grâce au candidat républicain.

Mais qui est vraiment déplorable dans le film ? C’est au spectateur d’en décider. Si The Hunt semble d’abord nous montrer avec une subtilité pachydermique qui sont les “gentils” et qui sont les “méchants”, certains événements risquent de vous faire remettre en question ce que vous avez vu… À l’image d’un monde qui se construit sa propre réalité, à travers les réseaux sociaux, reprenant, déformant, manipulant l’information pour la faire aller dans son sens, les personnages tout comme le spectateur seront libres de comprendre ce qu’ils veulent de ce à quoi ils viennent d’assister.

Conclusion : malgré ses airs de boucherie et de violence exacerbée, The Hunt tient un fond bien plus intéressant qu’il ne le paraît. Comme quoi, tous les films Blumhouse ne sont pas bêtes et méchants !

Gabin Fontaine

The Hunt
Un film de Craig Zobel
Durée : 1h29
Disponible en VOD et en salles à partir du 22 juin 2020


Vous avez aimé cet article? Abonnez-vous à notre newsletter et découvrez chaque mois le meilleur de Silence Moteur Action!

Vous pouvez aussi nous soutenir gratuitement en regardant une publicité : cliquez ici ! 

Comment here