[Critique] The French Dispatch : pardon my french !

Sept ans après le formidable The Grand Budapest Hotel, Wes Anderson revient à la prise de vue réelle. Et en France ! Le plus français des réalisateurs américains a investit la capitale de la bande dessinée francophone, Angoulême, pour y fabriquer à l’écran la ville fictive d’Ennui-sur-blasé, un charmant pastiche parisien.  Un résultat à la hauteur des attentes ?

“The French Dispatch” est un magazine américain dont la rédaction se situe en France, à Ennui-sur-blasé. Avant de passer à l’impression, le rédacteur en chef fait un tour des articles proposés par ses journalistes…

À la frontière de l’auto-parodie…

Quand on a une personnalité aussi marquée dans sa réalisation que Wes Anderson et une filmographie si acclamée, chaque nouveau film est une prise de risque. Il faut réussir à se hisser à la hauteur des précédentes œuvres, tout en réaffirmant son style. Mais sans non plus faire du déjà vu, au risque de tomber dans la caricature de soi-même. Et Wes Anderson joue très finement sur cette ligne : au bord de tomber dans l’auto-parodie, il parvient toujours à nous surprendre !

Pourtant, les cinq premières minutes sont peu rassurantes. À toute vitesse, avec une voix off qui présente l’histoire du film et ses personnages et les plans à la géométrie parfaitement réglée, on est en terrain connu, trop connu pour du Wes Anderson. Avec la flopée de comédiens de renom et habitués au réalisateur qui défilent, à commencer par Bill Murray, le rédacteur en chef, on a peur de se trouver face à un best-of de ce qu’a déjà pu voir chez Anderson.

… Et pourtant !

La magie opère. Dès qu’on comprend comment se structure le film, on est facilement emporté dans les récits qui nous sont contés. The French Dispatch ne propose pas une longue histoire, mais trois à un format moyen (environ trente minutes chacune). Le film effectue une mise en abîme et des bonds dans le temps via les articles proposés par les journalistes, lus par leur rédacteur en chef. Jouant ainsi avec les temps du récit, Anderson jongle également avec les formats. 4:3, 16:9, cadre à gauche, à droite, sous titres en plein milieu, noir et blanc, couleur, flash-back dans le flash-back dans le flash-back… Et nous ne sommes jamais perdus !

Le fait que Wes Anderson tourne à Angoulême n’est pas anodin. Outre l’aspect “conservé” de la ville, cadre idéal pour situer une intrigue à différentes périodes du 20e siècle ; le réalisateur propose plus que jamais un film-bande dessinée ! Les variations de la position du cadre dans le plan évoquent clairement différentes cases d’une même page. Les sous titres qui apparaissent au milieu de l’écran sont tels des phylactères. De nombreux éléments du film sont dessinés (outre les couvertures du magazine et des articles) jusqu’à inclure une séquence complète animée, dans un style purement francophone !

Hon Hon Hon ! Baguette !

Comme l’indique le titre du film et le nom évocateur d’Ennui-sur-blasé, la France est mise à l’honneur dans The French Dispatch. Mais on est assez loin de la représentation très fantasmée d’un Midnight in Paris (Woody Allen) ou du Fabuleux destin d’Amélie Poulain (Jean-Pierre Jeunet). Tout en étant une lettre d’amour à la France, Wes Anderson joue avec ses clichés. Les trois histoires sont axées sur l’art, les révoltes étudiantes, puis la cuisine. Le tout maté d’humour dérisoire et d’amour sincère.

La seule ombre au tableau est la langue du film. Avec nombre d’acteurs anglophones, et “The French Dispatch” étant américain, la grande majorité du film est en anglais. Le souci survient lorsque le film bascule rapidement d’une langue à l’autre sans grande logique, ce qui a tendance à déstabiliser. On pense à Léa Seydoux, qui parle une scène sur deux en français. Mais aussi et surtout, on pense à Timothée Chalamet. Fils à l’écran de Cécile de France et Guillaume Gallienne, deux acteurs francophones, lui ne s’exprime bizarrement que en anglais. Même au milieu de ses camarades de révolution français, avec les policiers français, à la télévision française et enfin à la radio française. En soi cet élément ne vient jamais gâcher le plaisir que procure le film, mais avec une telle diversité d’acteurs, dommage de les faire parler presque exclusivement en anglais pour jouer des français !

Conclusion : quand on va voir un Wes Anderson, on sait à quoi s’attendre. Malgré tout, on est toujours agréablement surpris et happé par l’histoire et la mise en scène qu’il nous propose ! The French Dispatch est un excellent film, réconfortant et touchant, comme Wes Anderson en a le secret !

Bastien Rouland

The French Dispatch

Un film de Wes Anderson

Durée :

Sorti le 27 octobre 2021

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