[Critique] Teddy : modeste et efficace, la patte Boukherma

critique avis film Teddy

Notre rédaction avait très largement été conquise, en 2016, par Willy 1er, la première réalisation des frères Ludovic et Zoran Boukherma. Drôle, touchante, sincère et pleine de choix artistiques tranchés et osés. C’était là une véritable pépite indépendante, révélée notamment par le festival de Deauville. Alors Teddy, le nouveau long métrage de ces jeunes réalisateurs audacieux (qui aujourd’hui sont en tournage avec Marina Foïs et Kad Merad – belle montée en grade), était très attendu. Si, malgré tout, notre cœur reste à Willy 1er, les qualités de Teddy en font une réalisation qui s’inscrit comme un film notable dans le cinéma de genre français, et ça, c’est déjà une belle prouesse !

Teddy, interprété par Anthony Bajon (bluffant dans La Prière de Cédric Kahn, déchirant dans Au nom de la terre d’Édouard Bergeon), habite un petit village français où résonnent les accents du sud. Le jeune homme, plutôt grande gueule à la répartie piquante et “je-m’en-foutiste” assumé, travaille dans un salon de massage et passe beaucoup de temps avec sa petite-amie. Un jour, Teddy doit se rendre chez son médecin, alors qu’il a des symptômes pas banals… Parallèlement, des rumeurs dans le village commencent à courir…

Viser la (pleine) lune, à la française

Les frères Boukherma semblent, pour leur second film, avoir choisi de s’ouvrir à un public pour large que pour Willy 1er (un récit initiatique au style vraiment particulier), en mettant en scène une thématique très populaire issue de légendes et mythologies : celle du loup-garou, le fameux “grand méchant loup” que tout le monde connait depuis son enfance, mêlé à la terrifiante vision d’un humain se désarticulant les soirs de pleine lune pour terminer en chien enragé, prêt à tout dévorer. Le tout, “made in France”, avec un budget bien loin des films de grands studios qui jouissent d’effets spéciaux à tour de bras. Le danger d’un film de loup-garou, c’est la représentation faite de la créature ; il ne faut pas se louper ! Alors, le pari est-il toujours moins risqué que Willy 1er ? Plus si sûr !

Sauf que le défi est relevé par des cinéastes ingénieux qui débordent d’inventivité. Alors que les réalisations avec des créatures sont généralement très sombres, dans le fond comme dans la forme, les créateurs de Teddy, eux, sans oublier l’aspect fantastique, prennent le parti de faire simple et authentique : pas de grands décors impressionnants mais des paysages du sud de la France, des personnages qui rappellent forcément aux spectateurs des gens qu’ils connaissent, des dialogues bruts de décoffrage, des blagues qui fusent par-ci par-là… Sans compter qu’une partie du casting est non-professionnelle. Bref, dans Teddy, on se croit à la maison, c’est beau, c’est parfois tendre, et on rigole bien !

Un numéro d’équilibriste réussi

Cet aspect, qui n’est pas sans rappeler les délicieux films et séries de Bruno Dumont, séduit rapidement le public qui plonge tête la première pour se mettre à la place des protagonistes et entrer dans leur histoire.

Là, le tapis rouge est déroulé pour laisser place à l’épouvante. Avec parcimonie, des éléments de films d’horreur viennent pimenter le récit, comme il faut. On sent alors l’influence des longs métrages à l’américaine. La montée en tension est progressive. Alors que c’est un coup d’essai pour les réalisateurs, tout cela est maîtrisé. Alternant les moments angoissants avec des scènes, de jour, plus légères mais tout aussi fascinantes, Teddy ne développe pas, au fil des minutes, une visée strictement horrifique. Il devient un très bon mélange des genres. Sans forcer une double lecture, Teddy aborde également des sujets parallèles à l’histoire principale, comme l’exclusion sociale, au travers de Teddy, déscolarisé et livré à lui-même, notamment dans ses moments de doute.

Finalement, le film est complet, mais n’est pas sans imperfections : quelques longueurs, un scénario pas si dingue que ça (contrairement à ce que proposait le magnifique film franco-brésilien de Marco Dutra et Juliana Rojas, Les Bonnes Manières, sorti en 2017, mettant également en scène le mythe du loup-garou), et globalement, rien de révolutionnaire dans la caméra de Zoran et Ludovic Boukherma. Mais le plaisir est là, le pari est bel et bien tenu !

Conclusion : avez-vous souvenir d’un film de loup-garou 100% français ? Il y a peu de chances… Les réalisateurs ont eu le courage de s’y coller et de s’inscrire proprement dans l’histoire du cinéma hexagonal. Teddy, certes, n’a pas le caractère nécessaire pour être revisionné régulièrement, par simple envie. Mais ce divertissement qui se place entre la comédie, le film fantastique et le film d’épouvante vaut largement le coup d’oeil ! Les frères Boukherma confirment leur talent. L’histoire se répète : on attend leur prochain film…

Estelle Lautrou

Teddy
Un film de Zoran et Ludovic Boukherma
Sortie au cinéma le 30 juin 2021
Durée : 1h28

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