[Critique] Star Trek : Discovery : repoussez les frontières de Star Trek !

Du haut de ses 54 ans, 13 films, et multitude de séries (sept en « prises de vues réelles », trois à venir, un série animée, deux autres à sortir), Star Trek a eu le temps de faire le tour de ses problématiques et d’aborder de nombreux thèmes chers à la science-fiction. Et pourtant, la franchise ne s’est peut-être jamais aussi bien portée. Les raisons en sont multiples, mais force est de constater que cet univers s’articule désormais autour d’un pilier : Star Trek : Discovery, qui revient cette année pour une troisième saison. Explications.

A la suite des événements de la saison 2, l’équipage du vaisseau Discovery se retrouve projeté 930 ans dans le futur. Complètement perdus dans ce nouvel univers, il ne tient qu’à eux de retrouver la trace de la Fédération Galactique, si seulement elle existe encore…

Avant propos

Avant de pleinement aborder cette troisième saison, il convient d’évoquer les deux précédentes. Star Trek : Discovery rencontre un énorme succès public : aux États-Unis, le lancement de la série sur CBS All Access a entraîné le record d’abonnements à la chaîne. Quoi de plus normal : si en France, Star Trek est plutôt associé à des bonhommes en pyjamas et aux grandes oreilles (merci les parodies des Nuls et des Inconnus…), surtout chez les plus âgés (« pas question de regarder ce genre de truc, ils ont des oreilles pointues ! » – ma grand mère), aux États-Unis, chaque génération depuis les années 1960 est biberonnée à sa série Star Trek.

Et depuis 2005, la franchise était aux abonnés absents du petit écran. Il y avait bien la trilogie de films réalisés par J.J. Abrams et Justin Lin, sortis entre 2009 et 2016. Mais ces films, s’ils ont connu un certain succès, n’ont pas réussi à fédérer les anciennes générations de fans, qui voyaient en eux du grand spectacle, de l’action, mais ne retrouvaient pas forcément la profondeur et la réflexion apportées dans les différentes séries. Alors l’annonce du retour de Star Trek en format série ne pouvait être qu’attendue de pied ferme par un très large public !

Et comme une bonne nouvelle n’arrive jamais seule, la série est un franc succès critique ! La série ose plonger dans ce qui faisait le sel de Star Trek : on retrouve ainsi mystère scientifique, guerre contre les Klingons, et univers parallèles, où on porte des boucs pour montrer qu’on est très méchant… Le tout mélangé avec du grand spectacle, un budget conséquent et surtout, un casting de poids. Outre la très bonne Sonequa Martin-Green, interprète de Michael Burnam, personnage principal, on retrouve une belle brochette d’acteurs. Michelle Yeoh est le capitaine Philippa Giorgiou, Jason Isaacs est le capitaine Gabriel Lorca et surtout, Doug Jones est le Kelpien Saru.

Si son nom ne vous dit rien, vous l’avez pourtant vu dans des rôles qui, comme ici dans Star Trek, nécessitent beaucoup de maquillage et un costume conséquent. C’est notamment un habitué de Guillermo Del Toro. Abe Sapiens, dans les Hellboy, c’est lui. C’est le faune et l’homme pâle du Labyrinthe de Pan, ou encore la créature amphibie de La forme de l’eau. Autant dire que le voir interpréter l’un des rôles principaux de Star Trek, dans un costume haut en couleur et ambassadeur d’une nouvelle espèce aux yeux des spectateurs, est un réel plaisir.

Rififi dans l’espace

Malgré une saison 1 bien accueillie, la saison 2 va être chamboulée par le départ des ses deux showrunners (les directeurs d’une série). Gretchen J. Berg et Aaron Harberts vont être remerciés à la suite des dépassements de budgets, des retards, et un mauvais traitement de l’équipe. Ils vont être remplacés par Michelle Paradise et Alex Kurtzman. Ce dernier est un des créateurs de Discovery, et celui qui globalement chapeaute l’ensemble des séries Star Trek à venir. Et autant dire que sa reprise en main de la série aux côtés de Michelle Paradise est une véritable bouffée d’air frais. Car malgré les bonnes critiques de la première saison, il est vrai qu’elle était parfois un peu décousue, elle contenait parfois des épisodes filler, c’est-à-dire des épisodes de remplissage entre deux épisodes principaux. En résultaient des petites sautes dans l’histoire principale.

Dès le début de la saison 2, en revanche, s’enclenche un véritable contre-la-montre afin de sauver l’univers, rien que ça. L’histoire file droit, ne dévie jamais sa course et offre à chaque épisode son lot de mystère, d’action, de réflexion. Discovery se déroulant peu de temps avant la série originale, les showrunners ont la bonne idée de faire intervenir des personnages bien connus des fans, le capitaine de l’Enterprise Christopher Pike (Anson Mount), et surtout le commander Spock (Ethan Peck).

C’est la première fois que le rôle de Spock est attribué pour une série télévisée à un autre acteur que le très regretté Leonard Nimoy. Grosse pression, donc. Fort heureusement, l’ensemble est très bien maîtrisé, leur présence n’est pas gratuite, et leurs personnages auront un tel succès que les fans vont réclamer une série dérivée rien qu’à eux ! Et le mieux, c’est qu’ils vont l’obtenir ! Star Trek : Strange New Worlds est censée voir le jour en 2022.

Des étoiles dans les yeux

Maintenant, observons ce qui se passe pour cette saison 3, dont le sixième épisode vient de sortir lorsque ces lignes sont écrites. On en est donc à la moitié de la saison. Et pour l’instant, c’est plutôt époustouflant. Sans vouloir trop en révéler des intrigues des précédentes saisons, sachez que cette saison 3 se déroule 930 ans après les événements de la saison 2, mais avec le même équipage. Cette pirouette scénaristique permet à ses showrunners de s’amuser avec tout l’héritage de la franchise Star Trek. Jamais une œuvre de cet univers n’avait visé aussi loin. Tout comme les équipages des différents vaisseaux Enterprise, les scénaristes s’aventurent là où personne ne s’est rendu avant eux ! En explorant le futur lointain de l’univers Star Trek, on revisite des problématiques propres à la série de science-fiction : la lutte des classes, l’autoritarisme, les droits de l’homme, l’eugénisme… En somme, les personnages de Discovery nagent de leur propre point de vue en pleine science-fiction !

Tout est différent : les technologies ont évolué, l’équipage est complètement dépassé… Et en cherchant à retrouver la trace de leur Fédération Galactique, qu’un tragique événement semble avoir décimée, ils cherchent, quelque part, à retrouver une trace de leur ancien monde, un peu de confort dans cet environnement hostile qu’est le futur. En visitant des planètes déjà connues, mais un millénaire plus tard, et en ré-introduisant des races extra-terrestres, comme les Trills, aux abonnés absents depuis le début de la série, Discovery semble essayer de remettre en place petit à petit toute la mythologie Star Trek. Nul doute que d’ici la fin de la saison, toute un nouveau canon Star Trek aura vu le jour.

Visuellement, la série est à l’image de la saison 2 : accrocheuse et pleine de surprises. Discovery enchaîne les épisodes posés qui laissent place à l’introspection avec des épisodes bourrés d’actions, toujours très lisibles et jamais vue avant à ce niveau dans les précédentes séries Star Trek. Mais même les épisodes d’introspection offrent des paysages et des visuels franchement beaux et parfois, avec une touche expérimentale qui n’est pas sans rappeler la toute première série Star Trek, mais avec les moyens actuels. Comme par exemple l’exploration des souvenirs bloqués d’Adira Tal (Blu Del Barrio), donnant lieu à une séquence psychédélique du plus bel effet.

Discovery est une série pleine d’idées. Aucun doute qu’elle saura encore nous surprendre d’ici la fin de la saison 3. Après s’être intelligemment renouvelée pour la saison 2, puis avoir fait table rase pour la saison 3, il est clair que les showrunners sont pleins de ressources, et qu’ils sauront continuer à nous proposer du contenu toujours aussi intéressant que divertissant. A ne pas manquer !

Avec les séries dérivées de Discovery à venir, l’une centrée sur l’Enterprise (Star trek : Strange Worlds), et une autre sur le personnage campé par Michelle Yeoh (Star Trek : Section 31), nul doute que Star Trek a encore de très beau jours devant elle. La prolifération de ces séries dérivées prouve le succès de Star Trek : Discovery, et la réussite d’Alex Kurtzman : aux commandes également de Star Trek : Picard, celui-ci est en train de recréer avec succès un univers télévisuel étendu Star Trek. De quoi rappeler quelques souvenirs, aux nostalgiques de la période où se croisaient les séries Star Trek : La nouvelle génération, Deep Space Nine, et Voyager. Longue vie et prospérité à Star Trek !

Bastien Rouland

Star Trek: Discovery saison 3
Une série de Michelle Pardise et Alex Kurtzman
Durée: 13×50 min
Diffusée depuis le 16 octobre 2020 sur Netflix

 

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