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[Critique] Run : keep moving !

Partenaire artistique de Phoebe Waller-Bridge depuis ses débuts sur scène, Vicky Jones, qui a notamment co-scénarisé Fleabag et Killing Eve, revient en tant que showrunner sur HBO avec une série trépidente !

Étudiants, Ruby et Billy avaient rompu sur ce pacte : si l’un envoyait le message “run” à l’autre et qu’il lui répondait du même mot, les deux anciens amoureux devaient se retrouver à la gare centrale de New York et disparaître ensemble. Dix-sept ans plus tard, alors que Ruby, littéralement coincée par sa vie de famille, ne semble qu’attendre qu’on l’invite à s’enfuir, le message arrive. Evidemment, elle répond.

Un modus operandi qui bouscule

Quelques heures plus tard, ils se retrouvent dans un train en partance pour Chicago, première étape d’une course brinquebalante et effrénée vers l’Ouest. On l’avait délicieusement constaté avec leurs précédents projets, Vicky Jones et Phoebe Waller-Bridge, que l’on retrouve ici comme productrice et actrice, ont l’art de réinventer les principes – qu’ils soient cinématographiques ou sociaux, à l’aune de notre époque et de leur humour. Le mélange des genres est ici réjouissant, parce qu’en se mêlant ils se révèlent les uns les autres et enrichissent l’émotion du récit, de la même manière que nos deux héros vont progressivement et mutuellement se dévoiler, sur le mode de la comédie romantique.

Partis en courant pour échapper à leur vie, cette dernière les rattrape bien rapidement, avec notamment une associée professionnelle à leurs trousses pour se venger. Mêlé à la comédie, l’aspect “thriller” de cette trame narrative est sans cesse retardé par les aléas de la réalité ou la maladresse des personnages, les rendant plus vrais que nature et leur romance d’autant plus touchante. Le néo-western – rappelez-vous, nos héros partaient sur un chemin de fer de New York City vers l’Ouest des États-Unis, prend lui tout son sens mêlé au road-movie. Par le mouvement inlassablement remis en marche à chaque épisode et propre à ce genre, Billy et Ruby voient la possibilité de déterrer leurs souvenirs, les non-dits de leur passé. Cela leur permet certes de mieux s’aimer, mais sans s’en rendre compte, tels les pionniers du XIXe siècle représentés dans les westerns, ils dessinent la possibilité d’un monde nouveau, éclairé notamment par plus d’égalité et de respect.

« C’est la seule personne qui semble mentir lorsqu’elle dit la vérité »

Alors qu’elle est dite avec une tendresse qui ferait fondre quiconque, cette phrase pourrait s’appliquer à la fiction, ou du moins celle écrite par Vicky Jones. La série est rocambolesque mais l’air de rien, elle ne fait en effet que souligner la réalité de notre époque, tant dans ce qu’elle présente que ce à quoi elle aspire, particulièrement dans le domaine féministe.

On notera par exemple que desperate housewife à priori, Ruby pourrait se présenter comme un personnage transgressif puisqu’elle n’hésite pas à quitter sa famille pour retrouver son amour de jeunesse, à qui elle ne cache pas son désir. Pour autant, jamais elle ne semble avoir l’impression de dévier de son rôle de mère de famille, mariée, tout simplement car elle se comporte comme un individu à part entière et non selon les codes de la société. N’excluant toutefois ni son amour pour sa famille ni la charge qui lui est liée et que son entourage ne cesse de lui rappeler, la série réussit à donner corps à une femme qui se libère des codes. L’empowerment féminin à l’écran pour réveiller celui qui tarde à aboutir de l’autre côté.

Des émotions, surtout des émotions

Limiter la série à ce propos serait cependant une erreur. Le jeu des genres précédemment mentionné, au-delà de rendre le récit jubilatoire, propose une large palette d’émotions qui ne serait pas si passionnante sans ces acteurs. Avec une subtilité remarquable et sur un dialogue ciselé, Merritt Weever et Domhnall Gleeson parviennent à créer des personnages sincères, tant dans leurs extrémités burlesques que dans leur gravité. La mise en scène et la lumière elles aussi méritent d’être soulignées tant elles contribuent à saisir nos émotions rendues vertigineuses par la brièveté des épisodes.

Conclusion : Run excelle en tout point ; entraînant son spectateur via un scénario original et des personnages profonds, Vicky Jones parvient à livrer une série aussi intelligente qu’émouvante et surtout : fulgurante.

Run
Créée par Vicky Jones
Disponible en US+24 sur OCS à partir du 13 avril

O.M.

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