[Critique] Promising young woman : seule contre tous

Film prometteur. Promising young woman, dont la sortie est prévue pour le 17 février 2021 en France, risque de faire du bruit et de trouver sa place dans la course aux statuettes dorées. Tout du moins, c’est ce qu’on lui souhaite. A la fois engagée et très divertissante, cette bulle d’énergie explosive de près de deux heures mérite de valoir à sa réalisatrice (Emerald Fennell) un franc succès.

Cassie, alors qu’elle était étudiante, était pleine de talent. C’était une jeune femme prometteuse (traduction littérale du titre de l’œuvre). Mais son destin, contrairement à ce que ses parents auraient voulu, n’était pas tout tracé. Un drame va venir bouleverser sa vie et changer sa vision des relations humaines. A jamais ? Peut-être. En tout cas, Cassie s’est fait une promesse qu’elle compte bien tenir, quitte à faire des ravages autour d’elle.

Avec de la finesse, l’efficacité  

A mi-chemin entre le thriller et la comédie dramatique, Promising young woman, dès les premières minutes, pose un univers très particulier. La scène d’ouverture, où la caméra filme en gros plan des fesses d’hommes alcoolisés en train de danser en boîte de nuit, annonce la couleur : ce soir, on va parler de sexualité, mais on inverse les tendances, on casse les clichés, le tout dans une ambiance survoltée. C’est dans cette même scène qu’on découvre le protagoniste principal, Cassie, interprétée par Carey Mulligan (Gatsby le Magnifique, Wildlife, Drive). Directement, le spectateur est amené à vivre au plus près d’elle, ses multiples péripéties. A la manière d’un joueur de jeu vidéo qui peut modeler le scénario en fonction des choix qu’il fait, chacune des interactions sociales que Cassie va avoir, cadence le film et le ponctue de conséquences plus ou moins graves.
Bref, Promising young woman à peine lancé, il est évident qu’on ne va pas s’ennuyer.

Mais en plus de suivre le quotidien de cette femme prête à beaucoup de choses pour remplir une mission dont elle s’est elle-même investie, la réalisation dépasse le simple stade du divertissement bouillonnant et électrique. Le film amène, et c’est là son but principal, à réfléchir sur des sujets très violents. C’est sur ce point précis que le long métrage est excellent : avec une intelligence stupéfiante, il va coller au visage du spectateur des vérités dérangeantes et alarmantes, sans que cela ne soit lourd, moraliste, plombant. Sur les sujets qu’elle souhaite traiter, la réalisatrice va tout simplement personnifier, au travers l’entourage de Cassie, les arguments utilisés dans certaines débats et discussions. Là, le public se mange en pleine tête ce qu’il ne veut parfois pas entendre. Le tout, en prenant beaucoup de plaisir, notamment grâce au caractère de la jeune femme et ses faits et gestes toujours surprenants.

Carey Mulligan, reine enragée

Promising young woman ne tiendrait sûrement pas autant le coup, si l’écriture du personnage de la jeune femme n’était pas aussi juste. Cassie est un OVNI, faisant partie de ces gens qu’on trouverait très étrange dans la vie, au premier coup d’oeil… Elle est à la fois mystérieuse, presque réservée et en même temps, complètement débridée. Mais sans jamais tomber (ou très peu) dans les clichés du protagoniste dingue qu’on imagine avoir un rire de furie. La réalisatrice laisse rapidement comprendre à son public que Cassie, dans le passé, en a bavé, qu’elle a vécu une histoire douloureuse, et que son présent et, a fortiori son avenir, en sont indissociables.

D’ailleurs, le choix de Carey Mulligan pour interpréter ce rôle ne peut qu’être applaudi. Physiquement, elle peut dégainer l’allure d’une femme fatale, et aussi bien arborer cette bouille d’enfant pour laquelle on l’aime tant (notons d’ailleurs, à titre de remarque dispensable, une ressemblance frappante, dans ce film, avec Virginie Efira). Une double face qui sert tout à fait l’avancée du film. Mais surtout, l’actrice a le charisme et l’aura qu’il faut pour porter un rôle si délicat. Il l’est, tant dans l’ambiguïté permanente que doit laisser planer le personnage, que dans la force émotionnelle que Carey Mulligan doit transmettre, ou au contraire, retenir. C’est aussi l’intrigue créé autour de la vraie personnalité de Cassie qui tient en haleine pendant près de deux heures.

Conclusion : de manière récréative, Promising young woman oblige le public à admettre certaines vérités sur des sujets de société encore sensibles. Au milieu de musiques populaires remixées pour l’occasion, la réalisatrice Emerald Fennell et l’actrice Carey Mullin s’unissent, avec le sourire, pour frapper fort.

Estelle Lautrou

Promising young woman,
Un film de Emerald Fennell
Durée : 1h54
Sortie le 17 février 2021

 

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