[Critique] OSS 117 – Alerte rouge en Afrique noire : le retour de l’agent le plus cuculte !

Enfin ! Après douze ans d’absence et un deuxième épisode aussi culte que le premier, OSS 117 est de retour ! Toujours écrites par Jean-François Halin, auteur des deux premiers volets et de l’excellente série Au Service de la France, les aventures parodiques de l’agent secret français sont cette fois-ci mises en scène par Nicolas Bedos. Après ce long hiatus, Hubert Bonisseur de La Bath est-il toujours aussi génialement détestable, ou a-t-il perdu de sa verve ?

1981. En pleine Guerre froide, OSS 117 est mis au ban. Malgré un palmarès conséquent, l’agent secret est remplacé par un nouveau modèle, plus jeune, plus dynamique, plus dans l’air du temps. Mais lorsque celui-ci, envoyé en Afrique noire, ne donne plus signe de vie, OSS 117 reprend du service pour le retrouver.

Un redémarrage compliqué

Pendant de longues minutes, l’inquiétude était réelle. Le film débute et de nombreuses questions se bousculent dans notre tête. La réalisation de Bedos sera-t-elle à la hauteur de celle d’Hazanavicius ? Le scénario aura-t-il autant de mordant que ses prédécesseurs ? Tombera-t-il dans le piège du politiquement correct ? Le moins qu’on puisse dire, c’est que le début d’OSS 117 : Alerte rouge en Afrique noire est peu rassurant. Si le générique chanté, pastiche de James Bond, est très joli, l’histoire et la mise en scène manquent de dynamisme.  Pas vraiment de répliques cinglantes, pas d’éclat de rire. La caméra de Bedos tourne en rond autour des scènes, sans se poser, ce qui donne artificiellement du dynamisme. Mais quand l’action présentée est un simple dialogue en champ/contre-champ, on ressent juste une gêne au visionnage.

D’autant que le film souffre fatalement de la comparaison avec ses aînés. Les précédents films empruntaient leur mise en scène aux époques qu’ils pastichaient (par exemple, les split-screens de Rio ne répond plus). Ici, difficile de trouver des éléments de mise en scène qui fassent référence à une époque, à un genre. Il y a bien quelques scènes qui parodient directement James Bond (le générique, la scène du serpent à l’hôtel), mais pas vraiment d’identité parodique filée tout au long du film.

La mise en scène au service de l’action

Mais petit à petit, on se rend compte que la démarche suivie n’est pas du tout la même que pour les précédents films. Alerte rouge en Afrique Noire est clairement moins subtil, moins verbeux. Et s’il ne parodie pas la mise en scène d’une époque, il s’y adapte. Les années 80, ce sont les années Rambo, Terminator, c’est la décennie où James Bond passe dans l’action et la violence plus systématique (Rien que pour vos yeux, Tuer n’est pas jouer, Permis de tuer…). Quoi de plus normal donc, que OSS 117 rentre dans cette décennie avec beaucoup plus de scènes d’action, d’explosions, de pétarades, et donc de gags plus visuels ?

Passé ce constat, le film prend une autre dimension. On est finalement assez reconnaissant qu’il se libère du poids de ses aînés. S’il ne pourra jamais être aussi  bien qu’eux, alors il fera différent. Et le résultat est réussi ! Les nombreux gags visuels font mouche, l’histoire est bien rythmée, l’action est aussi efficace que drôle. Si on pouvait craindre des blagues un peu faciles sur la dualité entre l’agent expérimenté OSS 117 (Jean Dujardin) et le nouveau OSS 1001 (le fantastique Pierre Niney), leur duo fonctionne plus que bien : c’est le meilleur élément du film ! Leur rivalité est tordante, piquante, on en redemande !

Violent, colon, raciste : français !

Quant aux dialogues et au politiquement correct, soyez rassurés. Le film aligne moins de répliques cultes que les deux précédents, c’est certain. Mais Alerte rouge en Afrique noire n’hésite pas à présenter un OSS 117 lourdement raciste et sexiste, dans le but évidemment de montrer un personnage ridicule et dont la boussole morale est aux antipodes de celle du film. Si on peut regretter que l’histoire ne se déroule pas dans un pays précis, Alerte rouge en Afrique noire est pour autant extrêmement à charge contre la politique française. Jusqu’à présenter OSS 117 comme n’étant plus du bon côté de la justice, contrairement aux précédents films ! Hubert Bonisseur de La Bath est au service d’une France colonialiste, qui s’enrichit sans scrupule sur le dos de la misère africaine…

La bande annonce empruntait sa musique à une autre parodie de James Bond : la série animée Archer. La parenté entre OSS 117 et Sterling Archer ne saurait être plus grande que dans ce troisième volet. Sexiste et raciste, l’agent français l’était déjà. Mais violent, impitoyable, qui ne doit sa survie qu’à une chance insolente, qui n’hésite pas à regarder les autres mourir en rigolant, et qui se pose plus que jamais des questions sur sa sexualité, c’est assez nouveau pour OSS 117 ! La série animée s’était déjà inspirée des aventures d’Hubert Bonisseur de La Bath, c’est ici le film qui s’approche vraiment de la série. La boucle est bouclée, ne reste qu’une question : vers quels horizons les prochaines aventures d’OSS 117 nous emmèneront-elles ?

Conclusion : pour réussir ce troisième volet, il n’y avait qu’une solution : faire très différent des précédents. Et à ce jeu là, Alerte rouge en Afrique noire est très réussi : moins verbeux, plus d’action et de violence, donc de gags visuels. S’il sera forcément moins culte que ses aînés, il n’en reste pas moins une très bonne comédie, en plus d’une critique politique plus acerbe que ses prédécesseurs !

Bastien Rouland

OSS 117 : Alerte rouge en Afrique noire
Un film de Nicolas Bedos
Sorti le 04 août 2021
Durée : 1h56

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