Annecy 2020CinémaCoups de coeurCritiquesFestivals

[Critique] On-Gaku – Notre Rock : à fond les baffles !

Et si l’on commençait à parler du Festival d’Annecy en musique ? À édition particulière, conditions particulières : si les festivités ont bien été annulées physiquement, une très grande majorité de la programmation de cette année a été adaptée et rendue disponible en ligne, pour la joie des adorateurs de l’animation à travers le monde. Pour la deuxième année consécutive, les longs métrages en compétition se divisent en deux catégories : l’Officielle et Contrechamp. On-Gaku – Notre Rock fait partie de cette deuxième sélection, qui met en avant des premiers longs métrages, ou des films bien plus atypiques, expérimentaux… 

On-Gaku concentre tout cela à la fois. Il s’agit du premier long métrage de son réalisateur japonais, Kenji Iwaisawa, et on ne peut pas dire qu’il laisse indifférent. Le synopsis est simple : une bande de lycéens un peu paumés décident, un jour d’été, de créer un groupe de musique… alors qu’ils n’ont jamais touché à un seul instrument de leur vie. Derrière cette histoire se cache pourtant un univers plein de folie, d’humour, qui font d’On-Gaku un voyage musical comme aucun autre.

Tremble, Damien Chazelle…

On est entre nous, alors on peut se l’avouer : à l’image de Kenji, le meneur de la bande, et ses amis, la culture musicale du rédacteur que vous lisez n’est pas très florissante. Et pourtant rien n’empêche que la musique puisse nous transporter. Tel est le message d’On-Gaku. Au lieu de continuer à passer leurs journées à ne rien faire de productif (ou à se battre avec les autres groupes de leur quartier), Kenji débarque, un jour, une basse à la main, suggère à ses amis de faire de la musique et hop, le tour est joué. Une situation d’une simplicité effarante, à l’image de ce que la bande finit par jouer, après avoir acquis d’autres instruments. Sans se soucier du regard extérieur, ils se lancent. Si l’on était méchant, on pourrait dire qu’ils finiraient dans les inoubliables de la Nouvelle Star… mais c’est loin d’être le but du film.

À aucun moment il n’est question de se moquer de la musique jouée par Kenji et ses amis. Pourquoi ? Parce qu’elle leur ressemble. C’est ce qu’ils ont envie de faire, alors qu’importe ? Si l’on rit devant On-Gaku – et on rit beaucoup devant le film – c’est plutôt face aux crises existentielles de son héros, encore faudrait-il qu’on puisse les appeler ainsi. Kenji change d’avis comme de chemise… mais souvent après de longs moments d’hésitation. À tel point que certains plans s’attardent longuement sur son visage. Au début, on pensait que notre lecteur avait crashé. Mais non, c’était Kenji en pleine hésitation. De longues secondes d’errance qui laissent place à de grands éclats de rire tant on se plait à attendre une réponse qui… elle aussi… est… toute simple.

Le rythme s’empare de l’image

Les décors dans lesquels Kenji Iwaisawa fait évoluer ses personnages sont eux aussi à leur image. On retrouve le plaisir d’une animation qui donne réellement l’impression d’être “faite à la main”, que les décors sont peints ou dessinés et colorés sur une feuille Canson dont on verrait encore quelques contours. Un véritable atout face au tout numérique de la majorité des grandes productions actuelles, qui permet aussi au film de changer de type d’animation régulièrement en fonction des circonstances. Car plus la musique s’installe, plus les personnages prennent confiance en eux… et plus l’image – littéralement – s’anime.

Iwaisawa restitue avec perfection l’exécution des mouvements de ses personnages sur leurs instruments, qui jouent les “vrais” accords musicaux. La musique est aussi libératrice au sens où elle permet toutes les folies, allant de la jouissance auditive (toute une séquence nous montre un personnage qui, bousculé par ce qu’il écoute, se voit transporté dans un monde imaginaire fantasmé et constitué de pochettes d’albums des Pink Floyd, de The Who…) à ce moment où, la perfection atteinte, tout semble s’arrêter autour des musiciens et de leur public. Ce sont ces vingt dernières minutes de film, véritable festival de drôlerie et de folie, où la musique s’emballe jusqu’à laisser complètement béat, autant devant l’humour que la beauté du film.

Conclusion : prochainement distribué en salles en France par Eurozoom, On-Gaku : Notre Rock s’impose comme l’un de nos premiers coups de cœur d’Annecy 2020, grâce à son univers complètement déjanté. On espère revoir Kenji Iwaisawa très vite !

Gabin Fontaine

On-Gaku : Notre Rock
Un film de Kenji Iwaisawa
Durée : 1h11
Prochainement au cinéma

Vous avez aimé cet article? Abonnez-vous à notre newsletter et découvrez chaque mois le meilleur de Silence Moteur Action!

Vous pouvez aussi nous soutenir gratuitement en regardant une publicité : cliquez ici ! 

Comment here