[Critique] Mourir peut attendre : l’increvable 007 reprend du service !

La blague est aujourd’hui éculée ; mais tout de même, rarement un James Bond n’aura porté de meilleur titre ! Il s’en est écoulé du temps depuis la première date de sortie annoncée en février 2020 ! Autant dire que l’attente n’en était que plus grande : comment conclure en beauté l’arc narratif commencé il y a maintenant quinze ans, avec Casino Royale ? Avec Cary Fukunaga aux commandes (True Detective, Sin Nombre, Beast of no nation), l’agent secret est entre de bonnes main pour nous fournir une aventure finale époustouflante, tragique, mais avant tout, Bondienne. Alors, mission accomplie ?

James Bond comptait profiter de sa retraite bien méritée après SPECTRE. Mais lorsque Felix, son confrère de la CIA, vient lui demander son aide, l’ancien agent secret ne peut refuser. Le voilà donc de nouveau embarqué dans une aventure qui l’emmènera tout autour du globe, dans laquelle sont entremêlés le MI6, la CIA, le SPECTRE, ainsi qu’un mystérieux nouvel antagoniste : Safin…

James Bond renoue avec le grandiose !

L’un des éléments qui marque tout au long de Mourir peut attendre, c’est à quel point ce qui nous est proposé est grandiose à regarder. On peut remercier le chef décorateur du film, Mark Tildesley : les décors jouent un rôle très important dans ce sentiment de grandiose. Qu’il s’agisse de décors extérieurs (les séquences en Norvège), ou d’intérieurs (Cuba, et l’île de Safin), tous nous donne l’impression d’être issus de l’imaginaire de Ken Adams, décorateur original et légendaire de la saga James Bond. Les scènes d’actions et cascades, très nombreuses, font systématiquement mouches. Nous ne sommes jamais perdus dans ce qu’il se passe à l’écran, la géographie des lieux étant toujours très claire, et la réalisation très soignée.

Cary Fukunaga, auteur complet (il est également scénariste et directeur de photographie sur de nombreux autres films et séries), succède à Sam Mendes pour le dernier tour de piste de Daniel Craig. Avec lui, il embarque comme directeur de la photographie Linus Sandgren : ce dernier a notamment officié aux côtés de Damien Chazelle pour La La Land et First Man.  Autant vous dire que l’image de Mourir peut attendre est soignée. La photographie est particulièrement belle, on note de nombreux clairs obscurs et contre-jours, y compris pendant les scènes d’actions, qui pourtant restent toujours lisibles. On peut mettre le film en pause à n’importe quel moment, on tombera toujours sur une image belle à regarder !

 

Quid de l’histoire ?

Malgré les nombreuses scènes d’action, le film prend son temps pour raconter une histoire intéressante, qui emmène James Bond (Daniel Craig) là où on ne l’a jamais vu jusqu’ici. La séquence pré-générique est l’une des plus longues de la saga, et prend le temps de raconter l’histoire passée de Madelaine Swann (Léa Seydoux). Tout en nous rappelant que l’agent secret a lui-même eut son lot de traumatismes, en évoquant son histoire passée avec Vesper Lynd (Eva Green)… Dès le générique (magnifiquement interprété par Billie Eilish), quelques éléments viennent interpeler les fans de l’agent secret : quelques références à certains films passés bien précis… Outre la saga Daniel Craig, on peut noter des références évidentes à Dr No (les points colorés) mais aussi et surtout à Au service secret de Sa Majesté (le sablier, l’Union Jack, la figure de déesse grecque…).

Ces deux films résonnent en effet de manière assez évidente avec l’histoire de Mourir peut attendre. On retrouve dans la musique d’Hans Zimmer (qui signe ici l’une de ses meilleures bandes sons) de très nombreuses évocations des thèmes de Au service secret de Sa Majesté, et de la chanson “We have all the time in the world” de Louis Armstrong, composée pour le film de 1969. A bien des égards, Mourir peut attendre est une suite spirituelle de Au service… : une suite dans laquelle la femme de James Bond ne serait pas morte assassinée au début de leur histoire d’amour, comme c’est le cas à la fin du film de 1969. Et donc, le film pose la question : James Bond est-il capable d’être un homme casé ?

Quant à l’évocation de Dr No, il faut aller chercher un peu plus loin sur sa signification. De très nombreux indices laissent à penser que Safin (Rami Malek, réellement inquiétant) est un docteur No qui ne dit pas son nom. Les décors de l’île de Safin font énormément penser à celle du docteur No. On remarque même des employés en train d’installer des décorations, qui ressemblent à celle du repaire du méchant du premier film de 1962… De plus, les origines de Safin sont volontairement floues ; celles de docteur No étaient mixtes. Les deux souffrent de blessures qui les figent quelques peut dans leurs mouvements (les mains pour docteur No, le visage pour Safin). Enfin, le plans des deux vilains risque d’entraîner une guerre totale avec un conflit mêlant Russes, Américains, et Japonais…

Rappelons enfin que le titre de travail de Mourir peut attendre était Shatterhand (littéralement : brise-main). Un titre qui évoque les soucis de docteur No, mais qui est également le pseudonyme du chef du SPECTRE dans les romans ! Ainsi, le vilain ici opposé à Daniel Craig est un retour aux sources assez évident. Le dernier sera le premier : Safin, le méchant de ce 25ème James Bond, dernier avec Daniel Craig, est également une copie du premier méchant opposé à Sean Connery. La boucle est bouclée, tout a été raconté chez Craig, et on peut repartir sur des bases saines pour le prochain film, avec un nouvel interprète, et une toute nouvelle histoire. Car ne vous y trompez pas : comme annoncé à la toute fin du générique… James Bond reviendra !

Conclusion : Mourir peut attendre est bien la conclusion tant attendue et espérée à la saga commencée en 2006 avec Casino Royale. Tous les thèmes chers à l’ère Daniel Craig sont présents, mélangés à une histoire tragique, prenante et bourrée d’action. Si les détracteurs de cette ère ne seront pas plus convaincus par ce film, on ne peut que conseiller aux autres de foncer le voir !

Bastien Rouland

Mourir peut attendre

Un film de Cary Fukunaga

Sortie le 06 octobre 2021

Durée : 2h43

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