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[Critique] Mon Ninja et moi : l’anti Toy Story par excellence !

Sélectionné l’an dernier lors du Festival international du film d’animation à Annecy, Mon Ninja et moi a eu l’honneur de figurer parmi les premiers sélectionnés de la nouvelle section compétitive Contrechamp. Celle-ci met en lumière des propositions plus singulières, des premiers films, des œuvres dont on sait qu’elles sortent de l’idée que l’on se fait d’un film d’animation lambda et grand public. Pourtant, à première vue, le film d’Anders Matthesen et Thorbjørn Christoffersen a tout d’un simili Toy Story, puisque l’on y suit un jeune garçon, Alex, qui se prend d’amitié pour une poupée ninja… qui parle.

Mais les danois ne font jamais les choses comme on s’y attend (et pour une fois qu’on voit un film d’animation danois sortir sur le grand écran, on ne va pas s’en plaindre) : cette poupée ninja cache un secret délicat et incite le jeune garçon à le suivre pour… se venger. Mais de qui ? Pourquoi ? C’est là qu’est la chose la plus surprenante du film. Mais c’est donnant-donnant : avant qu’Alex aide le ninja, le ninja doit aider Alex. Avec une famille recomposée compliquée et une situation tout autant troublée à l’école, il y a là aussi de quoi sortir du schéma habituel du film d’animation familial où tout le monde s’aime à n’en plus finir… Mon ninja et moi sort du politiquement correct, et c’est ce qui en fait un film à ne pas manquer !

Une intro qui donne le ton

Dès ses premières minutes, Mon ninja et moi ne prend pas de pincettes et donne à voir ce que l’on a très peu l’habitude de voir dans un film d’animation. Là où Toy Story n’a jamais vraiment trop questionné la provenance des jouets d’Andy, puis de Bonnie, son petit cousin saute à pieds joints dans le sujet et nous emmène dans les usines de Thaïlande où sont produites ces fameuses poupées ninja – et ce par des enfants exploités par de riches sous-traitants – lors d’une introduction violente et très frontale qui donne le ton du film. La poupée ninja qui parle (pour une raison bien particulière que nous ne révélerons pas…) rappelle inévitablement Chucky (la célèbre poupée maléfique derrière une franchise de films d’horreur), mais celle-ci a de tout autres desseins : faire le bien, par la violence certes, mais faire le bien.

Il faut dire que la rencontre entre Alex et sa poupée ne se passe pas forcément très bien au départ, et le ninja est – comme le veut son personnage – expert en arts martiaux et en camouflage. Résultat : on ne s’attendait pas vraiment à voir un enfant se faire malmener par une peluche (à part si on regardait Ted, peut-être)… Mais pour l’adolescent, il y a bien pire : son beau-frère, l’enfant le plus insupportable de la Terre, son beau-père tout aussi gênant, son oncle alcoolique et beauf, et sa mère qui ennuie tout le monde parce qu’elle est vegan (ça, c’était un peu trop gratuit). Et à l’école… il y a ceux qui s’en prennent à lui, et celle à qui il voudrait ouvrir son cœur. Bref : la vie un peu plus ordinaire d’un ado en 2020.

Mini katana, maxi dégâts !

L’alchimie entre Alex et le Ninja fonctionne d’emblée, tout d’abord grâce à un doublage français particulièrement réussi. Au lieu de recourir à des gens dont ce n’est pas le métier (les YouTubeurs Squeezie et Kevin Le Rire Jaune sur Ratchet & Clank, les footballers Antoine Griezmann et Blaise Matuidi dans LEGO Batman…), le distributeur Alba Films a fait appel à Stéphane Ronchewski pour camper la poupée de chiffons. Ce nom ne vous dit rien ? Pourtant, vous avez forcément déjà entendu sa voix : il a été celle de Heath Ledger dans le rôle du Joker, de Taïka Waititi dans Jojo Rabbit ou encore celle de David Tennant dans la série Broadchurch et Harry Potter et la Coupe de Feu. Cette voix rocailleuse et plutôt cinglante se prête parfaitement au personnage et à ses moments de folie…

Là où le film marche, et on l’a dit, c’est parce qu’il ose sortir du politiquement correct : en abordant l’exploitation des enfants, mais aussi la question du harcèlement scolaire, Mon Ninja et moi offre un lot de scènes particulièrement surprenantes, comme celle où Alex challenge son harceleur en chef en duel après avoir été durement entraîné par son petit ninja. En résultent aussi des moments un peu violents, d’autres où des gros mots ou expressions déplacées fusent, et pour autant, cela sert l’histoire. C’est aussi l’une des réussites de Mon ninja et moi : bien que le film s’adresse aux enfants à partir de huit ans, il ne les prend pas pour des idiots… et fait de ses jeunes spectateurs des êtres capables de réfléchir à ces sujets qu’aborde le film.

Conclusion : détrompez-vous, Mon Ninja et moi n’a rien d’un Toy Story ! C’est pour autant loin d’être pour lui un défaut, puisque le film sort des sentiers battus et aborde de manière frontale (et inattendue dans l’animation) des sujets de société importants pour un jeune public. Une très belle surprise !

Gabin Fontaine

Mon Ninja et moi
Un film de Anders Matthesen et Thorbjørn Christoffersen
Durée : 1h21
Sortie le 15 juillet 2020

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