CritiquesSéries

[Critique] Moloch : on brûle d’angoisse !

Si le nom “Moloch” est généralement considéré dans les œuvres de fiction comme étant celui d’une divinité  : dans la série Les rivières pourpres par exemple, Moloch est un dieu adorée par une secte ; dans Metropolis de Friz Lang, une machine qui se métamorphose en divinité à laquelle sont sacrifiés les ouvriers. Mais le mot est en réalité une traduction issue du terme hébreux “MLK”. Selon la bible hébraïque (un texte donc sujet à interprétation), il s’agirait d’un culte lié à une pratique sacrificielle. Des enfants humains auraient été sacrifiés en temps de guerre, et “Moloch” serait le terme décrivant le rituel : le sacrifice par le feu. Quoiqu’il en soit, une aura de mystère entoure ce mot. Arnaud Malherbe et Marion Festraëts se réapproprient le puzzle Moloch à travers leur mini-série angoissante du même nom.

Dans une ville côtière, une série de morts par combustion spontanée va avoir lieu. Louise (Marine Vacth), une journaliste stagiaire qui cherche à faire ses preuves, décide d’enquêter sur le sujet. Sa route va croiser celle de Gabriel (Olivier Gourmet), un psychiatre qui semble lié malgré lui à cette affaire.

La fin du monde est proche !

Moloch est une série comme on en voit peu dans le paysage francophone. Angoissante, flirtant parfois avec l’horreur, la série se jette complètement dans le fantastique. Dès le début, la surréaliste combustion spontanée est inculquée comme étant un fait possible par les policiers en charge de l’enquête.

Mais même avant cela, comment pourrait-il en être autrement ? Une séquence du tout début de la série expose la première victime de combustion. Et rien, absolument rien dans la mise en scène ne peut suggérer autre chose que le fantastique. D’où peut-être le côté vain qui se dégage de tout le reste de la série, car évidemment, malgré cette idée persistante dans un coin de notre tête, on cherche de manière rationnelle – comme les protagonistes – qui se cache derrière ces crimes. Et surtout, comment a-t-il agi ?

Mais ce côté vain n’est pas à prendre comme un défaut ; il s’agit plus d’un sentiment général véhiculé par la série. L’ambiance de fin du monde est persistante au fil des épisodes, qu’il s’agisse des paysages de mort (comme le jogging de Gabriel sur la plage grise, balayée par des vents qui soulèvent des volutes de sable à perte de vue), de la musique grave, pesante et angoissante de Flemming Nordkrog, des décors sans vie, gris et peu accueillants (la cité, le skatepark, l’open-space) ou encore de la toile de fond de l’histoire.

En effet, de nombreux flashs infos à la télévision dépeignent une société où se mêlent déchets toxiques, politiciens corrompus, émeutes, réchauffement climatique… Un reflet de notre société, bien sûr, mais la série insiste plusieurs fois sur ces éléments particuliers. Comme si, à cause d’eux, la menace Moloch s’était réveillée, que les sacrifices humains étaient devenus nécessaires…

Un mélange des genres osé, mais qui traîne en longueur

Pendant que Louise enquête sur les possibles causes de ces combustions, Gabriel s’interroge sur les démons qui hantent Jimmy (Marc Zinga, fantastique dans ce rôle de chauffeur de bus très pieux). La religion chrétienne est par ce biais vite mêlée à cette histoire. La couche métaphysique n’est pas de trop : elle permet d’être, dans un premier temps, le vecteur du surréalisme de l’histoire (les combustions sont peut-être des punitions divines ?). La religion, la figure de l’héroïne journaliste, du psy, des policiers, des mystérieux enfants qui en savent plus qu’ils n’en disent, la présence de motel aux devantures néons… Moloch effectue un habile mélange des genres, surtout dans sa première moitié, quand le mystère est plus épais. Entre thriller, horreur, et polar presque noir.

Mais la série n’est pas non plus exempte de défauts. Si les trois premiers épisodes sont sincèrement angoissants, le quatrième constitue un véritable ventre mou, avec une introduction très longue, et surtout le mystère qui perd en épaisseur. On finit par deviner ce qui se cache derrière Moloch, même si la question du “comment” persiste. Heureusement, l’introspection de Gabriel, qui affronte ses démons, est intéressante, d’autant plus qu’elle n’est pas gratuite et constitue une véritable pièce du puzzle dans cette enquête. On regrettera une fin un poil classique pour le genre et quelque peu fade par rapport au niveau d’angoisse que la série a su proposer. En reste une bonne série d’enquête fantastique.

Conclusion : Moloch est une bonne mini-série fantastique, un genre trop peu représenté dans le paysage français. Malgré ses défauts, on apprécie franchement les moments d’angoisse qu’elle nous procure !

Moloch
Une série créée par Arnaud Malherbe et Marion Festraëts
Durée: 6 × 52 min
Diffusée sur Arte les 22 et 29 octobre 2020
Disponible sur Arte.tv et sur la chaine YouTube Arte Cinéma


Vous avez aimé cet article? Abonnez-vous à notre newsletter et découvrez chaque mois le meilleur de Silence Moteur Action!

Vous pouvez aussi nous soutenir gratuitement en regardant une publicité : cliquez ici ! 

Comment here