[Critique] Malcolm & Marie : c’est compliqué

Après Euphoria, le réalisateur Sam Levinson retrouve Zendaya pour un huis clos en compagnie de John David Washington. Le film a été rapidement écrit pendant le premier confinement, la petite histoire voudrait que ce soit Zendaya elle-même qui ait poussé le réalisateur à écrire et mettre en scène Malcolm & Marie aussi vite. Ce qui explique peut-être le résultat un peu “film étudiant” du long métrage… qui possède toutefois de formidables envolées dramatiques entre le couple d’acteurs.

Malcolm et Marie rentrent chez eux après la première projection du film qu’il a écrit et réalisé. Lui est euphorique, mais elle plein de ressentiments à peine voilés. Ils vont alors se lancer dans une longue dispute, et oser se dire l’un à l’autre ce qu’ils ont sur le cœur depuis longtemps.

Dispute de privilégiés

Alors, pourquoi “c’est compliqué” de parler de Malcolm & Marie ? Parce qu’on peut tout à fait adorer le film autant qu’il peut nous ennuyer. En un seul visionnage. C’est en tout cas l’expérience qu’on en a fait. Difficile de dégager un seul avis tranché, en revanche il est facile de déterminer ce qu’il nous a plu ou pas. Afin de terminer sur une meilleure note, commençons par les aspects les moins agréables.

Le décor unique, le noir et blanc très arty, le jazz qui l’accompagne, et la structure narrative du film peuvent donner cet aspect “film étudiant” évoqué en introduction. Toute proportion gardée bien sûr, car il s’agit quand même de deux acteurs très talentueux et d’un réalisateur et scénariste qui à déjà prouvé ce qu’il pouvait faire avec Euphoria. Mais le film ne se compose que de ping-pongs verbaux entre Malcolm et Marie, et ceux-ci ne sont pas toujours passionnants…

Outre la structure un peu redondante du “ils se disputent, puis ils s’aiment, puis ils se disputent plus fort, puis ils s’aiment, puis ils se disputent encore plus fort…”, tout le monde n’a peut-être pas envie de voir un couple se quereller pendant deux heures. Surtout qu’ils paraissent tout de même assez privilégiés, dans leur très grande maison isolée. Malcolm est un réalisateur qui connaît enfin le succès, et qui est grassement payé par la production. Donc le film peut se résumer, sous son aspect le moins attrayant, par : un film de deux heures pompeux sur les démêlés d’un couple de privilégiés.

La valeur d’un film

À ce côté arty pompeux, on peut répondre qu’il s’agit d’un exercice de style maîtrisé. Reposant entièrement sur le jeu de ses comédiens, le film nous enferme avec eux dans cette escalade de la violence verbale conjugale. On se demande quelle est la part d’improvisation dans les dialogues. Quoiqu’il en soit, Zendaya et John David Washington sont formidables. Les deux heures de film passent finalement assez vite en leur compagnie. Preuve que si le sujet peut parfois paraître barbant, les acteurs arrivent à faire vivre le film au rythme de leur jeu.

Un autre aspect réussi (et celui qui nous trouble le plus) est son aspect méta. Un film qui parle d’un autre film. Les meilleurs passages du film sont finalement ceux où Malcolm s’énerve tout seul en imaginant les réactions des critiques, et en lisant celle du L.A. Times. Malgré son ambiance étouffante et le huis clos, ces moments arrivent à être des bouffées d’air frais qui nous font rire autant qu’elles nous interrogent sur la position de critique de film. Quelle légitimité aurait-on à parler d’un film par rapport à quelqu’un d’autre ? Réponse évidente : aucune. On en parle parce qu’on a des choses à dire sur son sujet. Mais ces choses dépendent bien sûr de notre vécu, du film comme de notre vie en général. Et on pourra avancer ce que l’on veut, on ne touchera vraisemblablement jamais du doigt les intentions précises de l’auteur d’un film…

D’autant que, comme l’expose Malcolm & Marie, ces intentions peuvent changer au fil des différentes écritures d’un film, entre le scénario, la mise en scène, le choix des comédiens, le montage… Et ce que quelqu’un voit dans un film, quelqu’un d’autre le voit totalement différemment.

Malcolm & Marie fait ainsi penser à une autre production Netflix récente : Mank. Un autre film en noir et blanc méta qui questionne sur la position de l’auteur. Est-ce une coïncidence, ou bien Netflix cherche-t-elle à prouver quelque chose ? On entend de plus en plus des voix s’élever contre les sorties de film en SVOD. On peut souvent lire sur les réseaux sociaux que les films Netflix, voire l’ensemble des films sortis sur plateformes, ne sont pas des “vrais films”. Mais de quel droit et sous quelle autorité peut-on regarder l’auteur d’un film dans les yeux et lui dire “ton film n’en est pas un” ? Vaste question. En tout cas, avec ses sorties hebdomadaires, et avec Malcolm & Marie, Netflix entend bien prouver que le cinéma en SVOD est une réalité.

Conclusion : ne prêtez pas spécialement attention à la note attribuée à Malcolm & Marie. Sam Levinson signe une œuvre tiraillée entre son aspect arty et pompeux, et son propos filé et maîtrisé sur le regard que l’on porte à une œuvre cinématographique. Plus que jamais, il est important que vous vous fassiez votre propre avis sur le film. Quoiqu’il arrive, chacun est autorisé à adorer autant qu’il l’est à détester !

Bastien Rouland

Malcolm & Marie
Un film de Sam Levinson
Durée : 1h46 min
Disponible sur Netflix

 


Vous avez aimé cet article? Abonnez-vous à notre newsletter et découvrez chaque mois le meilleur de Silence Moteur Action!

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *