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[Critique] Love, Victor : aime-toi tel que tu es

Il y a deux ans sortait au cinéma Love, Simon : l’un des premiers films pour adolescents produit par un gros studio américain (en l’occurence, la 20th Century Fox) à avoir pour tête d’affiche un jeune garçon LGBT. Ce garçon, c’était Simon Spier, incarné par Nick Robinson, qui trouvait dans son lycée quelqu’un comme lui. Blue, avec qui il communiquait en ligne sans savoir qui il était vraiment. Adapté du roman de Becky Albertalli, Love, Simon a eu un succès retentissant auprès de son public cible. 

Le Simonverse (comme l’appelle son auteure) s’est étendu : une première suite, Leah à contretemps (roman publié en 2018) suivait la meilleure amie de l’adolescent et sa bande avant leur départ à l’université. Puis un projet de série a été annoncé par Disney, qui venait alors tout juste de racheter la Fox, avec pour créateurs les scénaristes du film, Isaac Aptaker et Elizabeth Berger. Non pas une adaptation du second roman mais un spin-off : Love, Victor, où nous suivons à nouveau un garçon de seize ans qui, arrivé dans l’ancienne école de Simon après le déménagement de sa famille à Atlanta, est lui aussi en plein questionnement sur son identité. Nouvelle ville, nouvelle école, nouveau départ ? Pour Victor, tout n’est pas si simple !

Retour en terrain connu ?

Retour à Creekwood High pour Love, Victor. Les fans de Love, Simon ne seront pas perdus et retrouveront même quelques têtes déjà bien connues. Pour les autres, rien de bien grave : Victor se fera un plaisir de vous rappeler l’histoire de Simon en l’apprenant lui-même. Si le personnage de Nick Robinson n’est plus à Atlanta, rien ne l’empêche d’être toujours là. Après les e-mails, Simon s’est mis à Instagram… et devient en quelque sorte le “gourou” de Victor, complètement perdu face à cette nouvelle vie.

Victor, c’est Michael Cimino. Non pas le réalisateur de La Porte du paradis (qui serait revenu d’entre les morts) mais un jeune acteur aperçu dans l’oubliable Annabelle : la maison du mal, qui tient ici son premier grand rôle. Il tente déjà de s’en sortir avec une famille complexe : ses parents, Armando (James Martinez) et Izabel (Ana Ortiz), sa petite sœur Pilar (Isabella Ferreira) et son petit frère Adrian (Mateo Fernandez). Les raisons de leur déménagement sont plutôt obscures, Pilar est en pleine crise d’ado, le petit Adrian est au milieu de tout ça et Victor, lui… ne sait pas où il en est.

L’arrivée au lycée devrait être un bon bol d’air frais, l’occasion de sortir de ces problèmes…  mais ce n’est pas le cas. Pour Victor, les choses sérieuses commencent lorsqu’il doit se faire de nouveaux amis, se faire accepter… mais surtout lorsque son cœur balance. Comme dans tout teen drama, les personnages qui gravitent autour de Victor sont un peu stéréotypés. Il y a l’ami excentrique mais un peu trop bizarre pour le reste de l’école, une petite blonde obsédée par son image et sa réputation, la bête populaire de l’équipe de basket qui aime créer du grabuge… Et les deux personnes pour qui le cœur de Victor balance : la pétillante Mia (Rachel Naomi Hilson) et le beau Benji (George Sear). Et pourtant, la série parvient à dépasser ces clichés en nous liant d’une profonde affection pour ces personnages…

Un élan de bonté dont on a bien besoin

Isaac Aptaker et Elizabeth Berger ne se contentent pas de copier-coller l’intrigue de Love, Simon pour l’adapter à un nouveau personnage. La force de ce format série (bien que les épisodes ne dépassent pas les trente minutes) permet d’explorer davantage le questionnement d’identité de Victor. Alors que Simon se disait gay d’emblée, Victor n’a aucune idée de ce qu’il pourrait bien être. En cela, la série gagne en authenticité : voir Victor apprendre peu à peu ce qu’est la communauté LGBT et gagner en confiance est profondément réjouissant. Au fil des épisodes, Michael Cimino devient plus touchant et authentique. Dans un épisode en particulier, Love, Victor concentre tout son esprit d’inclusion et d’ouverture, à l’image de ce que devient Simon pour Victor : la preuve que malgré sa situation, le milieu dans lequel on vit ou qui nous entoure, il sera toujours possible de trouver quelqu’un à qui parler.

Il est non seulement question de Victor mais aussi de tous les personnages qui gravitent autour de lui et pour qui l’adolescence est aussi une période difficile : famille recomposée, manque de confiance en soi, grands-parents un peu trop old-fashion… Love, Victor dresse un portrait juste des familles et de l’adolescence aujourd’hui. Si le scénario manque de finesse, avec des retournements un peu trop prévisibles, l’émotion que procure la série l’emporte sur ces défauts et on a juste envie de continuer à traîner avec Victor et sa bande. Love, Victor est suffisamment pédagogique et ouverte à tous les publics, si bien que l’on peine encore à comprendre pourquoi sa sortie initialement sur Disney+ a été annulée au profit de la plateforme Hulu, également détenue par Disney. Jugée “trop mature”, et faisant figurer “drogue et alcool”, on sent pourtant au fil des épisodes que la série était calibrée pour un public familial. Alors que le nombre de personnages LGBTQ chez Disney se compte encore sur les doigts d’une main (et leur temps d’écran, presque en dixième de secondes), il y a de quoi douter des véritables intentions de la firme…

Conclusion : grâce au charisme de son casting et à son esprit profondément bienveillant, la série Love, Victor s’impose comme une belle extension du Simonverse. On croise maintenant les doigts pour une saison 2 (peut-être plus mature sur Hulu ?) et un diffuseur français !

Gabin Fontaine

Love, Victor
Une série créée par Isaac Aptaker et Elizabeth Berger
Saison 1 disponible aux États-Unis sur Hulu depuis le 17 juin 2020
Pas de diffuseur français connu


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