[Critique] L’Origine Du Monde : absurde et profondément drôle

Pour sa première réalisation, L’Origine Du Monde, Laurent Laffite adapte la pièce de théâtre éponyme de Sébastien Thiéry. Mais l’acteur-réalisateur s’éloigne des dialogues d’origine et développe une vraie plus-value cinématographique. Il nous livre ainsi une comédie bien loin du simple théâtre filmé.

Jean-Louis s’ennuie. Sa propre vie ne l’intéresse pas. Un jour, il se rend compte que son cœur ne bat plus. Convaincu que la médecine ne pourra pas l’aider, il se tourne avec l’aide de sa femme Valérie vers une coach de vie holistique, Margaux, qui pense avoir la solution pour faire repartir son cœur…

Du pire au n’importe quoi

Avant de voir le film, il est préférable de ne pas avoir vu la pièce dont il est adapté. Vous prendriez le risque de vous gâcher la surprise de certaines situations. Car si L’Origine Du Monde démarre de manière relativement convenue (un couple qui vit dans le luxe d’un appartement bourgeois réussit à s’ennuyer de la vie, la misère sexuelle, l’errance du mari…), c’est pour mieux nous emmener à dépasser de nombreuses convention, jusqu’à briser le tabou ultime !

Jean-Louis (Laurent Laffite) est malheureux. Ou plutôt, il pense être malheureux. Une chose est sûre, il s’ennuie. Malgré sa réussite sociale, il ne trouve pas le bonheur dans son mariage avec Valérie (Karin Viard) ou dans sa profession. Un jour, après une séance de sport, Jean-Louis se rend compte qu’il n’est pas essoufflé. Et pour cause : son cœur ne bat plus ! Contre l’avis de son amis vétérinaire Michel (Vincent Macaigne), il va consulter Margaux (Nicole Garcia), coach de vie de sa femme. Margaux est un peu gourou : elle pense savoir ce qu’il faut faire pour faire battre son cœur de nouveau. Il faudrait réussir à remonter le problème à l’origine. Précisément, à l’origine de la vie de Jean-Louis : il faudrait que Margaux puisse consulter le vagin de la mère de Jean-Louis (Hélène Vincent) afin d’y repérer la cause du dysfonctionnement cardiaque de ce dernier. Grâce à l’aide de Valérie et de Michel, Jean-Louis va donc se lancer dans une périlleuse mission : prendre en photo le vagin de sa mère !

Le point de départ désarçonnant de cette intrigue est un de ses points forts. On est immédiatement interloqué par ce qu’on a sous les yeux. On peut même croire qu’il s’agit d’une fausse piste tant cela paraît invraisemblable. Mais non : tout le film va s’articuler autour de cette quête freudienne. Mais que cela ne vous rebute pas. Loin de n’être qu’une introspection œdipienne qui se regarde le nombril, le film pousse ses personnages, et donc ses comédiens, dans leurs retranchements. En les mettant dans des situations impossibles et dérangeantes, l’attention du spectateur est sans cesse captivée par la même question : vont-ils aller jusqu’au bout ? Chaque fois qu’une nouvelle situation se déclenche, l’histoire prend une tournure totalement imprévue, qui entraîne une autre scène déroutante et captivante… Et drôle ! Car ne vous y trompez pas : il s’agit avant tout d’une comédie. Et à ce niveau-là, le contrat est rempli sans aucun souci. Chaque gag fait mouche, tous les échanges entre les comédiens sont délicieux, et l’absurdité des situations en elles-mêmes donne le sourire au lèvre.

Quelle plus-value ?

S’agissant de l’adaptation d’une pièce, on peut se poser la question : quelle plus-value y a-t-il par rapport au matériau de base ? Déjà, toute l’introduction du film. La pièce débute alors que Jean-Louis se rend compte que son cœur ne bat plus ; ici, l’événement arrive dans un deuxième temps. Laurent Laffite prend le temps de poser ses personnages, et la situation dans laquelle ils évoluent au quotidien. Outre le rajout de scènes très drôles (notamment, au cabinet de Jean-Louis), cela lui permet également d’induire un (léger) sous-texte social : ses personnages principaux, Jean-Louis et Valérie, sont des bourgeois. Il est intéressant de noter qu’il s’agit de l’une des nombreuses contradictions que présente Jean-Louis avec sa mère.

On note aussi de nombreux bons points au niveau de la mise en scène. Il y a une évolution au fil du film dans la manière de filmer : la caméra est d’abord très fixe puis évolue jusqu’à finir à l’épaule. Sans doute pour signifier qu’au fil de l’histoire, Jean-Louis se sent de plus en plus vivant, malgré le point de départ de l’encéphalogramme plat. De plus, Laurent Laffite se permet quelques scènes oniriques qui font plaisir à voir : il y a une vraie recherche esthétique, sans gratuité ; ces scènes ont leur importance symbolique dans l’intrigue.

Enfin, le film vaut le coup pour ses comédiens. Tous sans exception livrent une performance de haut vol. On arrive à aimer les personnages autant qu’ils nous dégoûtent pour les choix qu’ils font. Nicole Garcia est particulièrement horripilante en gourou holistique, mais chaque scène avec elle nous fait franchement rire. Il faut également accorder à Laurent Laffite le mérite de jouer un personnage pas nécessairement valorisant. Jean-Louis ne semble pas avoir de limite quant il s’agit de son propre bien-être, et il n’hésite pas à manipuler son meilleur ami ou sa mère pour arriver à ses fins. Dans cette histoire de quête originelle qui va mener à de sordides révélations, Laurent Laffite ne se donne pas forcément le beau rôle !

Conclusion : L’Origine Du Monde est une curiosité. Le film nous prend par la main pour nous emmener toujours plus loin dans l’absurdité et le sordide. Et l’humour étant systématiquement au rendez-vous, on en redemande toujours plus ! Loin du théâtre filmé, Laurent Laffite nous offre un premier film rafraîchissant, et dérangeant !

L’Origine du monde
Un film de Laurent Laffite
Durée : 1h38
Sortie prochaine au cinéma

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