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[Critique] Les Traducteurs : les écrivains de l’ombre se rebellent

De la dactylographie à la traduction de roman, il n’y a apparemment qu’un pas. Et Régis Roinsard s’est décidé à le franchir, huit ans après la sortie de son premier long métrage Populaire, avec Déborah François et Romain Duris en vedettes. Si l’on reste toujours dans l’écriture, le genre du film, lui, évolue : on passe d’une comédie légère… au thriller. Produit par Alain Attal, de Trésor Films, Les Traducteurs connaît une sortie quelque peu mouvementée, puisqu’il faisait partie du catalogue de Mars Films, dont l’activité de distributeur s’est réduite au profit de la production après des difficultés financières. Raison de plus pour offrir de la visibilité à ce film qui, malgré ses atours de polar un peu trop classique, finit par séduire… et surprendre à de nombreuses reprises.

L’éditeur Eric Angstrom (Lambert Wilson) attend avec impatience la sortie de sa nouvelle poule aux œufs d’or : le troisième tome de la saga littéraire à succès Dédalus, qui doit être traduit en simultané par neuf auteurs isolés dans le sous-sol d’une luxueuse demeure. Mais quand un inconnu publie les dix premières pages du roman sur Internet et menace d’en publier la suite, la tension s’installe : et si le pirate était l’un des traducteurs ?

Les plumes s’envolent !

Enfermer neuf personnes dans un bunker coupé de tout réseau extérieur ou contact avec autrui, tout ça pour la traduction d’un livre à succès ? Les faire surveiller par des agents de sécurité proches de la garde rapprochée d’un homme politique ? Pour Eric Angstrom, il n’y a pas de limite pour protéger son nouveau livre à succès. Mais n’en serait-ce pas un peu trop ? On ne va pas se mentir : il y a des moments où Les Traducteurs passe pour un thriller un peu daté, autant en raison de certains effets de mise en scène classiques (la structure à tiroirs, les flash-back) que pour la musique de Jun Miyake, trop appuyée et clichée. Un peu à l’image du jeu de Lambert Wilson, qui semble approcher la caricature dans la peau de cet éditeur tyrannique, dont les répliques cinglantes prêtent davantage au rire qu’à la crainte.

Ceux qui tirent leur épingle du jeu, ce sont bel et bien les traducteurs. Un casting international de renommée, parmi lesquels on pourra retrouver – pour les plus connus – la révélation de Black Mirror et The End of the F***ing World, le jeune britannique Alex Lawther, la James Bond girl ukrainienne Olga Kurylenko, l’italien Riccardo Scamarcio (Silvio et les autresTo Rome With Love) ou encore la danoise Sidse Babett-Knudsen (Borden, La Fille de BrestWestworld…). Côté français, Lambert Wilson mis à part, Sara Giraudeau et Frédéric Chau laissent de côté la comédie pour aborder le genre du thriller – et avec brio. C’est surtout Giraudeau que l’on retiendra, dans le rôle de cette assistante malmenée mais loin de se laisser faire, puisqu’elle est prête à faire passer “son amour de la littérature” avant tout. Les premières scènes de complicité entre ces personnages font mouche, jusqu’à ce qu’ils soient contraints de collaborer et de résister pour échapper à Angstrom… ainsi qu’à la menace du pirate.

Quand Les Traducteurs bascule dans le thriller pur, Régis Roinsard prouve à son spectateur qu’il a malgré tout de quoi nous surprendre. Le réalisateur brouille déjà les pistes en multipliant les strates temporelles. Il maintient le suspense en mettant en scène Angstrom face au responsable de la fuite, longtemps après les événements. Mais qui est en position de force ? Toute la tension de la première partie du film est là : l’éditeur est-il parvenu à contenir ce scandale ? À travers son scénario à tiroirs, rempli de retournements de situation et de surprises, Roinsard et ses co-scénaristes brouillent les pistes à de nombreuses reprises. Ils font ainsi ressembler le film à un véritable page turner, qu’on n’a aucune envie de lâcher avant d’en connaître la fin !

Conclusion : malgré ses allures de thriller ultra-classique, Les Traducteurs séduit par la vivacité de son casting et l’efficacité de ses nombreux rebondissements, qui tiendront le spectateur en haleine !

Gabin Fontaine

Les Traducteurs
Un film de Régis Roinsard
Durée : 1h45
Sortie le 29 janvier 2019

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