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[Critique] Les Misérables : vous n’éviterez pas la colère

Les Misérables n’est même pas encore en salles qu’il est déjà promis à une belle carrière. Récompensé du Prix du Jury lors du dernier Festival de Cannes, le film a été préféré au Portrait de la jeune fille en feu de Céline Sciamma et à Proxima d’Alice Winocour pour représenter la France pour l’Oscar du meilleur film étranger, l’an prochain. Une aubaine pour son réalisateur, Ladj Ly, qui signe là son premier long métrage de fiction, après avoir co-dirigé le documentaire À voix haute avec Stéphane de Freitas, sorti en 2017. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que Les Misérables est un véritable électrochoc !

Basé sur un précédent court métrage du même nom, Les Misérables nous entraîne au cœur de la cité de Montfermeil, en Seine-Saint-Denis. Stéphane (Damien Bonnard), arrivé de Cherbourg, intègre la Brigade anti-criminalité de la ville, aux côtés de ses deux collègues, Chris (Alexis Menenti) et Gwada (Djebril Zonga). Lorsqu’une interpellation tourne mal, les policiers se retrouvent en difficulté après avoir été filmés par un drone…

Qui fait la loi ?

L’idée des Misérables a eu le temps de germer des années dans l’esprit de Ladj Ly, qui a toujours voulu s’inspirer de son vécu. La cité de Montfermeil, c’est chez lui, c’est son monde, et c’est là qu’il nous entraîne. Au plus près de ses habitants : ses enfants, ses adultes qui tentent de jouer un rôle de médiateur, pour éviter toute tension et menacer d’éventuelles turbulences, et ses brigades de police aux rondes fréquentes. Si le film nous place majoritairement du point de vue de Stéphane, le nouveau flic, la caméra virevolte tout de même d’un groupe à l’autre de la cité, et débute notamment par une scène d’unité nationale que la France n’avait pas vécue depuis vingt ans : la victoire de son équipe de foot lors de la Coupe du Monde 2018. Tout ça, c’est du réel, et les enfants de Montfermeil paradent dans la joie sur les Champs-Elysées, que la caméra survole ensuite pour montrer l’épaisseur de la foule, compacte, et ses nombreux drapeaux français qui s’élèvent. Mais ce n’est qu’un instant de joie.

Le véritable point de départ du film, c’est un contrôle de police qui dérape, on l’a dit. C’est là que la caméra de Ladj Ly devient plus nerveuse, son montage aussi, tout en restant dans un style faux documentaire instauré par cette introduction purement ancrée dans le réel. Et comme le dit l’un des médiateurs aux policiers incriminés, ils n’empêcheront « pas la colère et les cris ». Tout comme le réalisateur n’occulte pas la violence de leurs actes. Mais ce n’est pas pour autant que Ly tombe dans une vision manichéenne, selon laquelle la police serait les seuls méchants de l’histoire, quand bien même le personnage de l’excellent Alexis Manenti s’avère être une véritable ordure. Ce qui est au centre des Misérables, c’est un système où tout le monde tente de s’arranger, police comme médiateurs, pour calmer le jeu. Les Misérables, ce sont les victimes d’un système politique qui n’a jamais véritablement su écouter les habitants de ces banlieues, que Sarkozy a un temps promis de nettoyer au karscher et dont Macron souhaiterait désormais améliorer le quotidien… après avoir vu le film de Ladj Ly. C’est l’absence de réponse, de justice, ou le fait que tous ferment les yeux, qui incitent à ce dernier acte de rébellion et à cet ultime plan qui, après une tension menée tambours battants, laisseront le spectateur médusé par tant de maîtrise et de justice, autant de la part du réalisateur que de celle de son casting.

Conclusion : véritable film choc, Les Misérables n’a pas volé sa place pour les nominations à l’Oscar du meilleur film étranger. Sans basculer dans le manichéisme, Lady Ly dépeint une vision juste et humaine de la banlieue.

Les Misérables
Un film de Ladj Ly
Durée : 1h42
Sortie le 20 novembre 2019

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