[Critique] Le dernier voyage : décollage immédiat !

Romain Quirot signe avec Le dernier voyage son premier film au cinéma, adapté de son court métrage sorti en 2015 Le dernier voyage de l’énigmatique Paul W.R. Pour la version longue, le réalisateur retrouve une partie du casting original, dont le captivant Hugo Becker. Il en profite aussi pour développer son univers, et y faire foisonner nombre de références à divers univers de science-fiction. Mais arrive-t-il à trouver sa propre identité ?

Il y a des années, une Lune rouge est apparue près de la terre. Source d’énergie précieuse, l’Homme l’exploite à outrance, comme il l’a déjà fait avec la Terre. Jusqu’à ce que la Lune rouge change soudainement de trajectoire, pour venir écraser la Terre. Malheureusement, le seul astronaute capable de la détruire, Paul W.R., disparaît mystérieusement…

L’héritage culturel français

Quel plaisir de voir un film de science-fiction français ambitieux, qui assume pleinement son héritage ! Car n’oublions pas que la science-fiction (même si elle n’était alors pas nommée ainsi) est née sous la plume de Jules Verne ! De Pierre Boulle à Métal Hurlant en passant par Luc Besson, Le dernier voyage brasse les univers pour finalement apporter sa propre pierre au genre. Dès l’ouverture, on pense à La Planète des singes, avec cette tour Eiffel effondrée, sorte de mélange entre le roman original et le film de Franklin Schaffner. La jeune Elma (Lya Oussadit-Lessert) qui accompagne Paul (Hugo Becker) rappelle les personnages d’un des maîtres de la science-fiction française, Enki Bilal, avec ses héroïnes aux cheveux courts. La Terre dévastée mais l’humanité subsistante évoquent forcément Mad Max, mais le reste de la direction artistique, très rétro-futuriste, semble directement issue des pages de Métal Hurlant. Un peu trop, parfois.

Le rétro-futurisme, c’est visualiser ce à quoi aurait ressemblé le futur, imaginé dans le passé. En l’occurrence, les années 80. Si on apprécie les effets spéciaux et décors réussis, on commence à être légèrement gavé de ce retour aux années 1980 permanent dans la pop-culture. Les lumières néons, les pantalons à bretelles, les écrans cathodiques avec les VHS de Shining qui traînent dans le coin… On a un peu l’impression d’avoir déjà vu cet univers. Quoiqu’il en soit, le rendu reste convaincant, et ne devrait pas gêner votre vision du film outre mesure.

120 heures avant la fin du monde

S’il y a quelque chose que Le dernier voyage réussit particulièrement, c’est son ambiance particulièrement angoissante, parfois dérangeante. La fin du monde approche, et la mise en scène de cette apocalypse convainc sans peine. Entre les résignés, les optimistes, les dérangés, avec peu de personnages secondaires le film arrive à brosser un portrait convaincant de la population au bord du gouffre. Il y a quelque chose de très français dans cette ambiance “science-fiction résignée”, dans le sens où ce qui arrive est dramatique et incroyable, mais ne semble pas pour autant émouvoir plus que ça l’humanité.

Cela fait penser à des œuvres comme Lastman, ou Mutafukaz ; chacune des histoires de science-fiction dans des univers pas si éloignés du nôtres, pourtant si différents, et dans lesquels la menace de fin du monde pèse et où le monde est témoin d’évènements qui traumatiseraient n’importe quel humain normal. Mais dans ces histoires, c’est une journée comme les autres. Rajoutez à cela un frère aîné rendu fou par la Lune rouge (Paul Hamy), un père responsable du désastre mais qui jusqu’au bout refuse d’écouter son fils (Jean Reno) et une mère tragiquement décédée lors de l’enfance, et vous obtiendrez en plus un drame familial. Qui colle particulièrement bien à l’histoire apocalyptique que raconte Le dernier voyage, mais dont les flash-backs en noir et blanc au ralenti un peu trop arty risquent de faire ressortir un côté français un peu cliché pourtant absent de tout le reste du film…

Un mystère prenant

Dommage que le film n’échappe pas à quelques écueils scénaristiques. Il y a quelques incohérences dans le film, quelques zones d’ombres qu’on aurait peut-être aimé voir un peu plus développées. Si l’influence de la Lune rouge est très mystérieuse (comment leur donne-t-elle des pouvoirs­ ? dans quel but ?), ce n’est pas un mal, tout n’a pas non plus besoin d’être expliqué. Mais apprendre que la seule personne de censée à avoir étudié les récurrences des apparitions de la Lune rouge, c’est un enfant, et que donc les adultes se sont bêtement jeté sur l’astre sans se poser de question, c’est un petit peu gros. Soyez rassurés, il n’y en a pas tant d’incohérences que ça, mais les remarquer a tendance à quelque peu nous sortir du film.

Néanmoins, le mystère nous tient en haleine et la course poursuite paradoxale du film est très intéressante. En effet, le héros du film, Paul, cherche à fuir la mission pour sauver la Terre, car il pense qu’il y a un autre moyen que de détruire la Lune rouge. L’antagoniste, son frère Elliot, cherche à ramener son frère à sa mission, quitte à se montrer violent. L’antagoniste est donc quelqu’un qui, en substance, poursuit le même but que le héros : sauver la Terre. En cela, il est un antagoniste très réussi. Le film arrive à dessiner une trame qui, sans jamais être complexe, brille par ses entrecroisements, ces allers et retours avec le passé qui nous éclairent un peu plus sur ce que réserve l’avenir au héros !

Conclusion : Le dernier voyage devrait sans problème réussir à vous transporter jusqu’au bout, jusqu’à cette Lune rouge. L’ambiance, l’univers, le mystère, et l’héritage culturel français, tout est réuni pour vous faire voyager. Le trop plein de références et les quelques incohérences peuvent sauter aux yeux des spectateurs les moins investis ; mais le plaisir d’avoir un vrai bon film de science-fiction français, ambitieux et droit dans ses bottes d’un bout à l’autre, est trop fort pour bouder son plaisir !

Bastien Rouland

Le dernier voyage
Un film de Romain Quirot
Sorti le 19 mai 2021
Durée : 1h27

© Tandem Films


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