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[Critique] Le Colocataire : l’appartement des désirs

Marco Berger est loin d’en être à sa première romance. Parmi ses précédents films, Hawaii et Absent se sont fait remarquer dans divers festivals. C’est pourtant après une pause de trois ans (ou quatre, si l’on inclut le délai supplémentaire de la sortie du film) que le jeune réalisateur argentin revient sur le devant de la scène avec Le Colocataire. Récompensé du prix de la meilleure interprétation lors de la dernière édition du festival parisien Chéries chéris, le film aurait dû, lui aussi sortir durant cette période de confinement. D’un côté, peut-être est-ce mieux de nous avoir fait attendre… car Le Colocataire nous apporte une certitude : cet été sera chaud.

On se retrouve au beau milieu d’une colocation, donc, et de ses aléas : l’un des occupants s’en va… et Juan (Alfonso Barón) décide que ce sera l’un de ses collègues de travail, Gabriel (Gaston Ré), qui s’installera dans la chambre vacante. Si au début, tout se passe bien, une certaine tension s’installe entre les deux nouveaux colocataires, dont l’intimité nouvelle procurera bien du désir.

Un jeu de séduction permanent

La caméra de Marco Berger ne quittera presque jamais le principal lieu de son action : l’appartement dans lequel évoluent ses personnages. Et qui dit colocation dit… un espace privé plutôt restreint. Dans Le Colocataire, la frontière entre la sphère intimiste (la chambre) et les espaces communs se fait d’autant plus fine pour Gabriel et Juan, constamment dans un entre-deux. Dès leurs premiers jours ensemble dans l’appartement, les échanges de regards se font plus nombreux. La mise en scène du réalisateur, souvent composée de plans fixes, se plaît aussi à faire durer ces instants. Et c’est bien dans leurs yeux que tout se joue, l’essentiel du temps. Il n’y a pas besoin d’énormément de mots pour que Gabriel fasse comprendre à Juan ce qu’il ressent, et inversement.

C’est en cela que l’interprétation des deux acteurs, Gaston Ré et Alfonso Barón, est particulièrement saisissante. On pourrait croire que tout les oppose, Gabriel étant davantage réservé que son hôte, qui semble prendre du plaisir face à l’ambiguïté de la situation. Ambiguïté d’autant plus prononcée dans les quelques scènes où les deux hommes sont entourés par d’autres, autant dans un espace public (les transports en commun, qui favorisent alors leur proximité corporelle) que chez eux. Ces soirées partagées avec d’autres hommes, majoritairement, laissent entrevoir une atmosphère masculiniste et hétéronormée où il reste peu de place pour l’attirance entre Gabriel et Juan. C’est là que le film est le plus frappant : les deux hommes se découvrent dans le secret, à l’abri du regard des autres.

Le Colocataire n’en oublie pas pour autant des moments d’intimité purs, toujours avec un sens de la mise en scène très délicat. Ces rares respirations, ces moments partagés sont aussi ceux de la vérité et de l’authenticité entre les deux hommes. Gaston Ré n’a définitivement pas volé son prix d’interprétation lors du dernier festival Chéries Chéris, mais son partenaire de jeu Alfonso Barón est tout autant remarquable… Cette “guerre du désir” de tous les instants laisse une question en suspens : cette relation naissante peut-elle échapper au secret ?

Conclusion : avec Le Colocataire, Marco Berger signe une romance touchante, douce-amère et portée par un duo d’acteurs magistral.

Gabin Fontaine

Le Colocataire
Un film de Marco Berger

Durée : 1h51
En salles le 1er juillet 2020

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