[Critique] Last Night in Soho : London ghosting !

Edgar Wright est de retour ! Quatre ans après le décevant Baby Driver, le réalisateur retrouve l’Angleterre, dans laquelle se déroulait les trois comédies de la “trilogie du cornetto”. Mais cette fois-ci, changement de registre : Edgar Wright nous plonge dans une histoire de fantôme angoissante, mêlant le Londres actuel et celui des années 1960…

Eloise est une étudiante en mode qui a décroché une place en école à Londres ! Des rêves plein les yeux et des projets pleins la tête, elle va vite déchanter face à l’accueil de la population londonienne. Elle trouve refuge dans un monde fantasmé, le Londres des années 1960. Mais à mesure que le temps passe, la frontière entre fantasme et réalité s’effrite, et les rêves se transforment en cauchemars…

London All-Star

Quel plaisir de retrouver Edgar Wright ! Le très talentueux metteur en scène (Hot Fuzz, Scott Pilgrim vs the World) s’essaie à l’horreur avec Last Night in Soho. Pour notre plus grand plaisir, on retrouve ce qui fait le sel de sa mise en scène : une réalisation chorégraphiée au millimètre près, sans jamais être froide, une caméra en permanence en mouvement, un tac-au-tac visuel dans la transition entre les scènes, les raccords entre les plans… Pas de doute, on est face à du Edgar Wright ! Soulignons à titre d’exemple la fantastique scène de danse qui arrive assez tôt dans l’histoire.

Malgré un humour grinçant persistant tout au long du film, on n’oublie jamais qu’on est dans un film d’horreur. D’abord légère, plutôt perçue comme une inquiétante étrangeté, la peur s’immisce petit à petit dans l’histoire. Jusqu’à prendre de plus en plus de place, et carrément plonger dans un film de fantôme angoissant au possible ! Toutes les mécaniques horrifiques font mouche. Du jump scare au gore en passant par le cauchemar surréaliste, tout est bien dosé pour enfoncer Eloise (Thomasin McKenzie) au plus profond de l’horreur, emportant le spectateur avec elle !

Pour l’occasion, Edgar Wright réunit devant sa caméra une brochette de comédiens jusque là inédite chez lui. Eloise vit chaque nuit les années 1960 à travers les yeux de Sandie, campée par l’étoile montante et envoûtante Anya Taylor Joy, parfaite en chanteuse en herbe désabusée par la vie qui lui est imposée. Avec elle l’accompagne Matt Smith. Connu pour le rôle du gentil onzième Docteur dans Doctor Who, on ne le soupçonnait pas aussi glaçant ! Véritable ombre qui plane sur tout le film malgré son temps de présence réduit comparée aux deux comédiennes principales. Notons enfin la présence de la regrettée Diana Rigg, ici dans son dernier rôle, en mystérieuse propriétaire d’immeuble. On est d’autant ému de la voir, qu’il s’agit vraiment d’un rôle à la hauteur, une porte de sortie mémorable.

Une histoire (presque) parfaite

Le scénario signé Edgar Wright et Krysty Wilson-Cairns est difficilement pris en défaut. Cohérente même dans les phases les plus oniriques, l’histoire recèle son lot de retournement de situations. Même les péripéties plus prévisibles contiennent des surprises, et la mise en scène nous emporte avec elle quoiqu’il arrive ! Clairement un film post-me too, Last Night in Soho arrive à nous livrer une histoire loin des clichés, non consensuelle, jusqu’à une morale dérangeante de prime abord, et pourtant tellement puissante dans son message et sa mise en scène!

La seule ombre au tableau, et c’est quand même un détail qui a son importance, est la dernière scène du film. Sans dévoiler ce qu’il s’y déroule, on trouve simplement qu’il n’était pas nécessaire de pousser l’histoire jusqu’à ce point. Le climax est tellement intense et prenant aux tripes, que le soufflé retombe quelque peu dans ces trois dernières minutes. En plus d’apporter un élément scénaristique final douteux, qui vient quelque peu contredire le message du film. D’autant que tout le reste de Last Night in Soho est d’une cohérence folle !

Conclusion : Last Night in Soho est un immanquable, pour tous les amateurs d’horreur, de cinéma britannique, et d’Edgar Wright. N’ayez pas peur d’avoir peur et faites vous plaisir! Malheureusement mal distribué, il vous faudra peut-être attendre avant de poser les yeux dessus. Mais l’attente en vaut le détour!

Bastien Rouland

Last Night in Soho

Un film d’Edgar Wright

Sorti le 27 octobre 2021

Durée : 1h57

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