[Critique] La Mission : Far West Fake News

Un peu moins de huit ans après Capitaine Phillips, Tom Hanks se retrouve de nouveau devant la caméra de Paul Greengrass. Cette fois-ci pour y camper un autre capitaine : le vétéran de la guerre de Sécession Jefferson Kidd. Paul Greengrass nous livre un western dans l’ère du temps, à la fois très influencé par l’Amérique de Trump, tout en étant un marqueur de la fin du mandat de ce dernier.

Le capitaine Jefferson Kyle Kidd est un vétéran de la guerre de Sécession. Du côté des vaincus, des confédérés, il voyage de ville en ville au Texas. Il y organise des séances de lecture de journaux, dans le but de tenir les habitants au courant des actualités. Sa route est bouleversée lorsqu’il recueille une orpheline, Johanna, qu’il va devoir emmener à des centaines de kilomètres à l’autre bout du Texas.

Le crépuscule d’une Amérique

Évacuons tout de suite le défaut du film : La Mission, dans sa forme, est un western assez linéaire. Il ne réserve que peu de surprises dans l’enchaînement de ses péripéties, et la réalisation sans éclat de Paul Greengrass ne vient pas spécialement les sublimer. Tom Hanks porte le film sur ses épaules, et le fait sans discontinuer : il est de tous les plans pendant les deux heures de film.

C’est dans le fond que La Mission prend tout son intérêt. Sans être un chef d’œuvre de subtilité, le film arrive à être le témoin à charge de l’Amérique de Trump, tout en offrant, avec l’évolution de son personnage, une porte de sortie à cette Amérique. En accompagnant Johanna, le capitaine Kidd effectue également un voyage retour vers son foyer. À travers ce périple, on assiste à la rédemption d’un homme qui souffre de s’être trouvé du mauvais côté lors de la guerre, et qui cherche au fond un moyen de se racheter. On peut y voir une métaphore des États-Unis d’Amérique qui se mobilisent pour essayer de retrouver le droit chemin après le mandat Trump. Le tout en étant un western se déroulant en 1870, là est sa force.

Le capitaine Kidd raconte les informations tirées de différents journaux à des assemblées attentives. Il est comme un présentateur de chaîne d’information moderne. Mais on le voit choisir manuellement les articles qu’il va raconter. Ainsi, si les informations qu’il transmet sont a priori exactes, il choisit de ne pas tout dévoiler. Rajoutons le fait qu’il se trouvait du côté des confédérés lors de la guerre de Sécession, donc du côté des états séparatistes et conservateurs, et qu’il s’adresse à une assemblée exclusivement constituée de Texans, qui rejettent encore l’Union et l’abolition de l’esclavagisme, et ne semblent entendre que les informations qu’ils veulent bien écouter. Vous obtenez, à peu de choses près, un présentateur d’une émission quotidienne sur CNews et ses téléspectateurs, à qui il présenterait potentiellement des fausses informations, ou des “vérités alternatives”. Même involontairement.

Une scène au tout début du film vient appuyer ce sentiment : la rencontre entre le capitaine et Johanna (Helena Zengel). Lorsqu’il recueille l’enfant, seule à côté d’un chariot qui s’est fait attaquer, il trouve dans les affaires qui l’accompagnent son nom, son identité et son histoire. Elle aurait été enlevée par des natifs américains, et gardée otage pendant des années… Il transmet immédiatement ces informations aux autorités. Sauf qu’en tant que spectateur, grâce aux sous-titres, on comprend ce que l’enfant dit. Elle parle kiowa, un dialecte que ne comprend pas le capitaine. Elle raconte que sa famille kiowa a été massacrée, et qu’elle veut rentrer auprès des siens, de sa tribu native américaine qui l’a recueillie et élevée. Mais, persuadé de tout comprendre, le capitaine va emmener de force Johanna vers de la famille qu’elle n’a jamais rencontré, pensant mieux savoir que Johanna ce qui est bien pour elle. On peut y voir une analogie avec les enfants mexicains séparés de force de leur familles aux États-Unis, familles contraintes de s’exiler en laissant leurs enfants derrière eux.

Ainsi, dès le début, Paul Greengrass prend le spectateur à parti en lui disant : “Le capitaine ne comprend pas plus qu’un autre ce qu’il se passe. Il n’a pas la vérité absolue.” D’autres scènes similaires traversent le film. Notamment lorsque le capitaine et Johanna sont contraints de se rendre dans une ville isolationniste, qui refuse d’entendre des nouvelles du monde extérieur mais qui vénère un genre de gourou, qui publie sa propre presse dans le but d’entretenir un culte de sa personnalité. Une fois de plus, ce n’est pas la subtilité qui étouffe le film : l’analogie avec Donald Trump est évidente. Mais la séquence est très prenante. Mais à mesure de la progression des personnages à travers l’immense État du Texas, on comprend que même s’il ne sait pas tout, le capitaine fait de son mieux pour que tout le monde s’instruise et soit au courant de l’état de leur pays. Quand c’est possible, il essaye de s’en sortir par les mots plutôt que par les armes. Et, petit à petit, il progresse pour physiquement sortir de cette Amérique discriminatoire, passéiste, et surtout, mourante. Il est temps de regarder vers l’avenir, composé d’union et de vérité.

Conclusion : directement à charge contre l’Amérique de Trump, La Mission peut également être vu comme le marqueur de la fin de cette Amérique, et le début d’une nouvelle, plus honnête, plus unie. Son titre original, News of the world, est plus parlant encore et certainement plus à propos. Un film à la fois crépusculaire et optimiste, qui manque en subtilité mais qui propose nombre d’analogies bien pensées, et porté par un Tom Hanks toujours au sommet.

Bastien Rouland

La Mission
Un film de Paul Greengrass
Durée : 2h
Disponible sur Netflix

 


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