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[Critique] Invisible Man : à ces violences que l’on ne voit pas

Qui se souvient encore du Dark Universe ? Mais si ! La Momie, avec Tom Cruise ? Non ? C’est vrai, on a tous préféré l’oublier. Il devait pourtant s’agir du nouveau coup d’éclat d’Universal Studios, permettant à la firme de redonner naissance aux créatures mythiques qui ont animé son catalogue des années 1920 à 1950. Tout était déjà dans les tuyaux dans une sorte d’univers partagé, dans lequel Javier Bardem devait être Frankenstein, Johnny Depp l’homme invisible et Russell Crowe, fil rouge entre les films, Docteur Jekyll et Mr. Hyde.

Suite à l’échec de La Momie, le Dark Universe est resté en stand-by… Et c’est finalement à travers des films en stand-alone (autrement dit, des films qui ne partageront aucun lien entre eux) que ses personnages emblématiques reviennent au cinéma. Elizabeth Banks est déjà annoncée à la tête d’Invisible Woman, tandis que Paul Feig s’occupera de la Dark Army et Dexter Fletcher de Renfield, une victime de Dracula dans le célèbre roman de Bram Stoker. C’est aujourd’hui Leigh Whannell qui nous intéresse : co-scénariste de la saga Saw (des épisodes 1 à 3), passé à la réalisation avec Insidious 3 puis le très réussi Upgrade, le cinéaste s’attaque désormais à Invisible Man, sous l’égide du producteur Jason Blum, spécialisé dans les films d’horreur... Et quelques jours à peine après la sortie de l’immonde Nightmare Island, cela fait plaisir de voir que Blumhouse abrite aussi des cinéastes avec un vrai sens de la mise en scène !

L’invisible mal

Leigh Whannell fait table rase totale de ce qui avait été prévu par Universal pour son propre reboot d’Invisible Man. Exit Johnny Depp dans le rôle et bonjour à Oliver Jackson Cohen, l’une des multiples révélations de l’excellente série The Haunting of Hill House de Mike Flanagan. Il campe ici une version moderne de l’homme invisible tel qu’il a été créé par son auteur H.G. Wells : il est Adrian Griffin, un génie de l’optique, dont la relation toxique avec sa compagne Cecilia Kass (Elisabeth Moss) est le point de départ du long métrage. Et c’est plutôt à elle que le réalisateur décidera de s’attacher, après une tentative d’évasion de la jeune femme qui se solde par… le suicide d’Adrian, quelques semaines plus tard.

En prenant le point de vue de la victime, le cheminement de cet Invisible Man nous a par moments rappelé celui de Swallow de Carlo Mirabella-Davis. Ne serait-ce que pour son introduction, où l’on suit Cecilia tentant de quitter l’immense villa de son compagnon, aussi froide et sans vie que celle dans laquelle vit Hunter, incarnée par Haley Bennett, pour la mégalomanie d’Adrian, lui aussi issu d’une classe aisée, et pour l’emprise qu’il a sur sa compagne… en dépit de sa mort. Car Cecilia en est convaincue : malgré le suicide d’Adrian, il est toujours là, et a trouvé le moyen de se rendre invisible afin de la tourmenter jusqu’à la fin de ses jours. Toute la mécanique d’Invisible Man se base premièrement sur ce principe : Cecilia est-elle tellement traumatisée qu’elle en vient à sombrer dans la folie ou a-t-elle raison de s’inquiéter ? Si le spectateur et l’héroïne en savent vite beaucoup plus sur ce à quoi s’attendre, tous les autres personnages qui gravitent autour de la jeune femme, comme sa sœur ou l’un de ses amis policiers et sa fille, se montrent quant à eux bien plus méfiants et rationnels.

Qui de nous deux…

Leigh Whannell fait ainsi preuve d’énormément de maîtrise en faisant constamment monter la pression. L’emprise du mal qui tourmente Cecilia est de plus en plus perverse, de jour en jour, dans un schéma qui rappelle un peu celui de la saga Paranormal Activity. Qu’il s’agisse d’un souffle, d’objets qui bougent, d’une silhouette qui se laisse apercevoir, ou bien de bruits de pas, cette présence insidieuse s’installe et finit par ne jamais quitter la pièce. Le réalisateur joue ainsi beaucoup sur les silences, filme très régulièrement son héroïne alors qu’elle s’adresse au vide, en champ et contre-champ, comme s’il s’agissait d’un dialogue normal entre deux interlocuteurs, le deuxième manquant pourtant à l’appel.

Et il n’y avait évidemment personne d’autre pour incarner Cecilia que l’excellente Elisabeth Moss, déjà porte-étendard de la condition féminine dans la série The Handmaid’s Tale, dans laquelle des femmes sont limitées à la fonction de mères porteuses pour des couples stériles et traitées comme des esclaves. Ici, l’homme invisible est une parabole de toutes les violences faites aux femmes, qu’elle soit physique, verbale ou psychologique. Il est une présence malfaisante par essence, qui mêlera avec brio le fantastique, l’épouvante tout en se rattachant à un certain degré de réalisme, et ce à travers tous les stratagèmes possibles pour torturer, dégrader Cecilia. Et comme Invisible Man est un film d’ambiance, on ne saurait vous recommander d’en voir le moins possible avant de vous rendre en salle… afin d’être pris par surprise par un réalisateur qui n’exagère pas ses effets de mise en scène et sait installer une pression permanente.

Conclusion : Leigh Whannell se réapproprie avec brio le mythe de l’homme invisible, alliant le fantastique à un sujet de société bien réel. Elisabeth Moss mène Invisible Man d’une main de maître et tient l’un de ses meilleurs rôles !

Gabin Fontaine

Invisible Man
Un film de Leigh Whannell
Durée : 2h04
Sortie le 26 février 2020

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