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[Critique] Free Fire : 1h30 pour vivre

Plus rien n’arrête Ben Wheatley ! Un an après le tumultueux High Rise, remarqué à l’Étrange Festival, le réalisateur fait son retour avec un film d’action tout aussi barré. D’un huis clos dans un immeuble où toutes les strates de la société s’affrontent, Wheatley nous emmène cette fois dans un entrepôt un tant soit peu glauque. Une vente d’arme clandestine qui devait y avoir lieu ne se passe pas du tout comme prévu.

Rien ne va dans Free Fire : chacun était venu avec ses camarades, et tous se tirent finalement les uns sur les autres. Et c’est justement parce que rien ne va que le film de Ben Wheatley est si plaisant. Ses malfrats ratés, en prise avec eux-mêmes, ne savent pas quoi faire pour se tirer de cette situation… Le résultat : une fusillade diablement fun !

On parle un peu avant de tirer ?

Une heure et trente minutes : la durée de Free Fire n’est pas anodine. Selon l’un des personnages, elle correspond au laps de temps dont dépend notre survie à une blessure par balle. Et des blessures, il y en a ! Ben Wheatley ne lésine pas sur l’hémoglobine pour mettre à mal tous les participants de ce deal complètement chaotique. De quoi était-il question ? Des armes. Avec quoi s’en sort-on ? Toujours des armes. Une violence entrecoupée de quelques tentatives de dialogue rapidement interrompues par de nouvelles rafales.

Pourtant, tous les membres de ce casting cinq étoiles ont énormément de choses à se dire… Sharlto Copley devient presque une caricature de lui-même : un malfrat sud-africain à l’accent à couper au couteau et au sens de la modestie très développé (en témoignent ses nombreuses avances au personnage de Brie Larson, Justine). Armie Hammer se fait vanner sur son look et sa grosse barbe, tandis que Sam Riley et Jack Reynor se chamaillent pour… une histoire de fille. Au milieu de toute cette testostérone se trouve une femme plutôt ennuyée par les événements. “Ah… les hommes…”, chuchote Justine dans un soupir : comme son nom l’indique, c’est peut-être elle qui, dans cette histoire, a le moins de choses à se reprocher.

La survie à tout prix !

Free Fire devient très vite un joyeux bazar. Les alliances se lient et se délient, et les amitiés que l’on pensait acquises peuvent être très vite remises en question. Ça tire de partout. En feu nourri, à l’aveugle, à bout portant… Tout ce que vous voulez. À tel point qu’on se perd un peu, voire autant que nos personnages, à travers toute cette action. On ne sait parfois plus qui se trouve où, mais Ben Wheatley éprouve un malin plaisir à jouer avec la spatialisation du son afin d’intensifier cette impression de fusillade constante et – surtout – hasardeuse.

Les réussites de nos anti-héros sont dues au hasard, voire aux erreurs de leurs ennemis : tous ces personnages sont ridicules, à un moment ou à un autre. Il n’y a qu’à les voir se pourchasser les uns les autres en rampant au sol pour s’en rendre compte.

Alors oui, l’issue du film semble quelque peu prévisible lorsque l’on connaît un peu les autres longs métrages du réalisateur, comme le délirant Touristes, voire les acteurs eux-mêmes. Mais qu’importe ? Free Fire nous fait virevolter d’un camp à un autre dans un film d’action à l’humour tout aussi marquant que sa violence. On repense inévitablement aux Reservoir Dogs ou encore aux Huit salopards de Quentin Tarantino, pour ce choix du huis clos et ce soin apporté à la bande son : les adorateurs de John Denver seront ravis !

Free Fire
Un film de Ben Wheatley
Sortie le 14 juin 2017

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