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[Critique] Falling : au nom du père

A 62 ans, l’acteur Viggo Mortensen (Le seigneur des anneaux, A history of violence, Green Book) se lance dans la réalisation de son premier film avec Falling, bouleversant récit d’une relation conflictuelle entre un père et son fils.

Willis (Lance Henriksen), un vieil homme qui n’a plus toute sa tête, rejoint son fils John (Viggo Mortensen) en Californie pour tenter de trouver un foyer plus proche de ses enfants. Car Willis a vécu toute sa vie en pleine Amérique centrale et rurale, dans une grande ferme. C’est là qu’il les a élevés, au milieu de nombreuses tensions familiales …

Une relation familiale sincère 

Falling est construit comme une boîte à souvenir : le récit est narré au présent, alors que Willis est chez son fils aîné, John. Mais chaque difficulté dans le présent renvoie alors à des flashbacks qui explorent le passé. Ces derniers sont autant de manière de comprendre, par morceau, la personnalité et la vie de ce vieil homme et de son fils. Cette vision parcellaire et en mosaïque vient créer une tension dramaturgique : on ne comprend qu’à la toute fin les raisons de ces divergences entre les deux hommes. Car elles sont nombreuses ; le film est d’ailleurs assez dur à voir, car il aborde frontalement des sujets forts : l’homosexualité du fils et l’homophobie du père, les violences conjugales, la maladie chez les personnes âgées, les relations familiales tendues. Autant de sujets que Viggo Mortensen aborde avec une justesse déconcertante. Ce dernier admet s’être inspiré en partie de sa propre expérience et a voulu, à travers ce portrait de famille, rendre hommage à sa mère. S’il ne réalise Falling qu’à 62 ans, cela fait plus de 25 ans qu’il y pense et qu’il essaye de monter le projet. On imagine alors que chaque tournage en tant qu’acteur, devant la caméra de grands cinéastes, fut autant de leçon pour lui permettre de bien mettre en scène Falling. Le film est d’ailleurs magistralement interprété par Lance Henriksen (la plus grande performance de sa carrière), preuve d’une direction d’acteur aguerrie.

Le récit d’une Amérique divisée

La construction en puzzle de Falling créé de l’émotion, mais alimente aussi de nombreuses dualités : passé contre présent, ruralité américaine contre grandes villes, conservatisme contre progressisme, religion pratiquante contre athéisme. En somme, Mortensen fait une synthèse de toutes les problématiques de l’Amérique depuis une trentaine d’années, aggravées par le mandat de Donald Trump (dont il n’est jamais question pendant le film mais qu’on devine dans les discours des personnages). C’est d’ailleurs d’autant plus surprenant que Viggo Mortensen n’est pas qu’américain. L’artiste a la double nationalité Danoise et parle plus de sept langues (dont français, espagnol, danois), qu’il a pu pratiquer dans des tournages à travers le monde entier. Un regard donc mondialiste qui se ressent dans le film, puisqu’il interprète le personnage du fils, homosexuel, père adoptif d’une jeune fille d’origine asiatique et vivant en Californie : le cauchemar des Républicains ! Mortensen prend position, et donne à ce beau film familial une dimension politique.

Conclusion : Falling a beau être un premier film, il en évite la plupart des écueils. Viggo Mortensen touche en plein cœur avec ce récit familial conflictuel et donne à Lance Henriksen, le plus beau rôle de sa carrière.

Falling
Un film de Viggo Mortensen
Durée : 1h52
Sortie prochainement

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