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[Critique] Eva en août : se réécrire sous la chaleur madrilène

Sixième film de Jonás Trueba, Eva en août est le premier du réalisateur espagnol à être distribué en France. Co-écrit avec sa comédienne principale Itsaso Arana, ce récit initiatique se présente comme l’instantané estival du personnage, dont le révélateur serait la chaleur madrilène.

Alors que ses amis ont préféré quitter la moiteur de la ville, Eva a fait le choix d’y rester, comme pour se retrouver. Au gré des premières semaines aoûtiennes, elle rencontre, échange, se questionne, observe…

Vacance(s)

On ne saura que peu de choses sur le passé d’Eva, seules quelques bribes d’histoires glanées çà et là, mais c’est surtout par sa présence que le film s’attache à nous la présenter. À l’image de la jeune femme qui vit au rythme de la touffeur locale, il prend le temps de laisser durer les séquences, portant alors l’attention sur le moment, l’écoulement du présent. Prenant ce temps de l’instant comme mode opératoire pour se réécrire, Eva s’ouvre alors à l’imprévu et ses rencontres.

Ponctué par les dates manuscrites de son journal intime, le film se présente alors comme un portrait en construction, dont l’auteur serait le personnage-même – rappelons par ailleurs que son interprète est effectivement co-scénariste. Ces pages de journal qui ne semblaient contenir que des faits nous immiscent peu à peu dans l’intériorité d’Eva qui, au gré de ses rencontres nocturnes, se questionne. Comme si la chaleur estivale avait fait s’évaporer le superflu pour ne la réduire qu’à l’essentiel, Eva est littéralement en vacance(s), et c’est alors au contact des autres que progressivement elle s’érige, comme une page blanche qui se remplirait.

Mystères et mystique

Seulement, si souvent les histoires s’écrivent par des affirmations, la beauté de celle d’Eva tient du fait qu’elle s’élabore par des doutes et des questionnements dûs à ces confrontations existentielles. Le film se situe ainsi dans la directe lignée rhomérienne des films fondés sur la réflexion. Il s’agit de réflexions intellectuelles, prenant la forme de conversations entre amis ici aussi, mais d’une réflexion aussi bien plus littérale : face à l’autre, Eva interroge son propre reflet.

Si ces questionnements peuvent parfois sembler un peu maladroitement formulés – à savoir, par exemple, l’énonciation directe, en voix off, de « comment devient-on qui on est ? », et alors donner au film quelques longueurs, Jonás Trueba met ceci en scène avec une subtilité et une sensibilité ingénieuse, proposant notamment sur un pont une splendide scène de rencontre dont on se demande un instant si l’on ne se dirigerait finalement pas vers le film de genre. La mise en scène et le récit sont effectivement empreints d’un certain mystère, rappelant d’ailleurs celui qui planait chez Jacques Rivette, tendant même vers le mysticisme. Si ces accents énigmatiques sont réjouissants, on peut toutefois regretter qu’ils aboutissent finalement à un avenir convenu pour Eva.

Conclusion : S’il peut-être un peu décevant par sa fin, Eva en août réussit par sa délicatesse et ses subtilités à tracer le parcours d’une jeune femme en quête d’elle-même.

O.M.

Eva en août
Un film de Jonás Trueba
Durée : 2h09
Sortie le 5 août 2020


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