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[Critique] En avant : retrouver la magie qui sommeille en nous

2020 serait-elle le début d’un nouveau chapitre pour Pixar ? En 2018 et 2019, le studio nous a délivré les suites de deux franchises qui ont largement contribué à son succès : Les Indestructibles 2 et Toy Story 4. Le tout en préparant ses spectateurs au fait que leurs prochaines productions seraient des histoires inédites et non plus des suites de sagas existantes… Cette année, ce sera double ration avec Soul, le nouveau film du réalisateur de Monstres & cieLà-haut et Vice-Versa, Pete Docter, en juin prochain… et En avant de Dan Scanlon.

Dan Scanlon est l’un des nouveaux talents du studio et signe ici son deuxième long métrage, après le préquel de Monstres & cieMonstres Academy. L’occasion pour lui de s’émanciper d’un univers déjà existant et d’en créer un, beaucoup plus personnel, dans lequel toutes sortes de créatures étaient guidées par la magie… avant de découvrir les technologies que nous utilisons au quotidien. Là où les sortilèges ont disparu du quotidien, nous suivons l’histoire de deux frères, Ian et Barley Lightfoot, qui ont l’opportunité de ramener leur père décédé auprès d’eux, à condition de retrouver la magie qui sommeille en eux…

Une journée pour tout changer !

Alors qu’Ian, le cadet, célèbre ses seize ans, il découvre au côté de son frère Barley que leur père disparu leur a légué un bâton de sorcier capable de le ramener à la vie pendant vingt-quatre heures… Mais au moment de lancer le sortilège, tout ne se passe pas comme prévu et, du père, nous ne verrons que les jambes et les pieds ! Les deux garçons auront donc jusqu’au prochain coucher de soleil pour trouver le matériel nécessaire afin d’appliquer à nouveau le sortilège et doivent pour cela, se mettre en route le plus vite possible !

L’intrigue d’En avant surprend par son cadre temporel très réduit, puisqu’il s’agit pour les deux frères d’une course contre-la-montre de tous les instants. Une urgence donc, et pour autant, c’est presque comme si Ian et Barley rattrapaient toute une vie perdue, autant au côté de leur demi-père qu’entre eux. Leur mère Laurel n’est quant à elle pas loin et fera évidemment partie intégrante de cette folle aventure. Sur leur chemin, au gré des rencontres et des péripéties, Ian et Barley font face à leur propre existence et remettent tout en question.

Ce n’est pas la destination qui importe mais le voyage…

Et il n’y a pas à dire : Dan Scanlon sait y faire pour créer bien plus qu’un simple élan de sympathie envers ses héros. Il est très difficile de ne pas s’attacher à la bonhomie et la générosité de Barley (campé en VO par Chris Pratt et en VF par Pio Marmaï) ou à la touchante maladresse du plus jeune Ian (Tom Holland en VO et Thomas Solivérès en VF). À la vue des premières images du film, on ne vous cache pas qu’on ne savait pas tellement à quoi s’attendre et que l’on avait peut-être même peur que Pixar fasse un premier faux pas. En même temps, quand on a été bercé depuis deux ans par la nostalgie des retrouvailles avec les héros des Indestructibles et de Toy Story, on se doute qu’il est forcément difficile de passer à autre chose et à une histoire entièrement inédite.

Pourtant, En avant nous a justement cueillis là où on ne l’attendait pas. Derrière ses atours de quête magique, menée par un Barley adorateur des jeux de rôle du style Donjons et dragons, le film brosse tout simplement des thèmes des plus universels : la relation entre deux frères et ce qu’une famille ressent face au deuil. Ce sont certes des thèmes déjà abordés dans d’autres productions Pixar telles que Là-haut… mais En avant s’en tire remarquablement bien, avant tout parce qu’il traite ces sujets de manière assez frontale, soit une surprise pour un film d’animation essentiellement destiné à un public familial. Au milieu de leurs aventures, Ian et Barley peinent à se confier l’un à l’autre : tout moment d’intimité devient une respiration et un véritable moment de sincérité. Mention spéciale à Pio Marmaï et Thomas Solivérès, puisque nous avons découvert le film en version française : leur interprétation est elle aussi criante d’émotion et de compassion l’un pour l’autre.

Alors oui, peut-être qu’En avant stagne parfois un petit peu et a du mal à imposer un univers qui fourmille pourtant de plein d’idées intéressantes (à l’instar d’un certain Zootopie) ou ses personnages secondaires (les fées, la Manticore). Peut-être aussi que son cheminement est un peu trop programmatique et répétitif : à chaque nouvelle étape, Barley apprend à Ian comment maîtriser un nouveau sort, rendant ces scènes parfois bavardes. Et oui, pour une fois, il manque peut-être un petit quelque chose qui, visuellement, nous fait dire “Wow, c’est vraiment magnifique !“. Mais En avant demeure un très bon film particulièrement émouvant, non seulement dans son traitement de la structure familiale mais aussi à travers la pression qui repose sur les épaules d’Ian. D’autant plus que son humour fait mouche, autant dans ses dialogues que dans ses trouvailles visuelles surprenantes. Et ce demi-papa vaut, lui aussi, son pesant de cacahuètes…

Conclusion : s’il manque d’un petit quelque chose pour le rendre resplendissant techniquement, En avant s’impose toutefois comme un Pixar particulièrement émouvant et sincère. Une réussite !

Gabin Fontaine

En avant
Un film de Dan Scanlon
Durée : 1h40
Sortie le 7 mars 2020

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Comments (3)

  1. […] [Critique] En avant : retrouver la magie qui sommeille en nous 1 mars 2020 […]

  2. […] Découvrez notre critique du film En avant […]

  3. […] sont recouverts d’artworks (dessins préparatoires) et de références à leur prochain film, En avant, dont la date de sortie n’était, à l’époque, pas prévue avant plusieurs mois. Et […]

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