[Critique] Dune – première partie : le début d’une grande saga de SF ?

Après Premier contact et Blade Runner 2049, Denis Villeneuve signe son retour au cinéma avec une nouvelle œuvre de science-fiction de grande ambition. Initialement prévu l’année dernière, décalé à cause de la crise sanitaire, Dune arrive enfin en salle. Et l’attente était grande ! Dune, c’est un peu un mur infranchissable au cinéma : une œuvre littéraire de grande envergure quasiment inadaptable. Jodorowsky s’y est cassé les dents (nous vous conseillons l’excellent documentaire Jodorowsky’s Dune) et David Lynch a carrément renié sa propre adaptation sortie en 1984. Inutile de dire que la pression sur les épaules de Denis Villeneuve est grande…

Dans un lointain futur, la planète désertique Arrakis, surnommée “Dune”, est seule source de “l’épice” ; la ressource la plus précieuse aux yeux de l’Imperium. Celui-ci charge la noble maison Atréide de s’y établir afin d’en récolter la précieuse ressource. Mais cette mission est manifestement un piège fomenté par les ennemis des Atréide, notamment la maison Harkonnen…

Une grandiose fresque politique futuriste

Denis Villeneuve choisit de découper l’histoire du roman en deux films, afin de respecter le roman le plus possible. Cette première partie est donc la mise en place de tous les protagonistes, toutes les factions, qui sont manifestement appelées à jouer un rôle majeur dans les événements cruciaux à venir. Assez long (2 heures 35 minutes), le film prend son temps pour raconter dans le détail les enjeux politiques et moraux de cette guerre pour l’épice. Pourquoi cette mission confiée aux Atréide serait un piège, quel intérêt pour l’empereur, quel écosystème constitue la planète Arrakis… Comme le réalisateur sait le faire, il ponctue son récit de nombreuses scènes muettes, grandioses, qui mettent en perspective l’Homme face à plus grand que lui : qu’il s’agisse de la nature (les vers des sables géants, le désert) ou bien de sa propre création et son Histoire (les gigantesques vaisseaux, les pièces gigantesques, les emprunts à l’antiquité, au moyen âge…). Le tout délivrant un message concret : ce qui se joue devant nos yeux dépasse de loin l’individu humain. Une notion déjà présente dans Premier contact et Blade Runner 2049.

Toutes les notions politiques, hiérarchiques, protocolaires, leur cohérence, font parfois penser à un autre univers de science-fiction aux règles bien établies : Star Trek. Mais là où Star Trek est une Utopie humaine (l’Homme n’a fait qu’évoluer dans le bon sens, prônant l’union des peuples, le droit à la différence et l’entraide), Dune en est l’exact opposé. Au cours de son Histoire, l’Homme n’a visiblement fait que se diviser, coloniser des planètes sans se soucier de son écosystème, et petit à petit perdre son humanité et son individualité. Les Harkonnen en sont l’expression parfaites : leur leader n’a plus rien d’humain et ressemble plus à une limace volante, et le reste de leur peuple se ressemble tous (Chauves, livides au point d’être fantomatiques, tous vêtus en noir, et surtout stupides). L’univers qui nous est présenté est d’une cohérence folle et nous donne envie d’y retourner sitôt le film terminé.

Le messie Chalamet ?

Si on peu applaudir la cohérence de l’univers et le temps pris pour le mettre en place, c’est aussi parce que l’histoire dans l’Histoire est légèrement moins intéressante, en tout cas dans cette première partie. Parce qu’en plus de la colonisation d’Arrakis se joue en interne quelque chose de plus grand. Paul Atréide (Timothée Chalamet) est élevé par sa mère Lady Jessica Atréide (la fantastique Rebecca Ferguson) dans les voies mystiques des “Bene Gesserit”, une secte . Il doit apprendre à contrôler la “Voix” (un pouvoir télépathique proche du shinning), dans un but qui le dépasse. Il est manifestement amené à devenir le “Mahdi”, le messie qui mènera la guerre contre l’empire.

Cette histoire est malheureusement quelque peu redondante avec de nombreuses autres saga déjà existantes dans la littérature et le cinéma. Et même si Dune, le roman de Frank Herbert, est antérieur à ces histoires, le fait est qu’on assiste une fois de plus à un jeune homme disposant d’un pouvoir insoupçonné amené à détruire le grand vilain. Si les deux premiers tiers du film sont très intéressants et constituent la mise en place politique, le dernier tiers est lui beaucoup plus centré sur Paul. Et sur ses nombreux flash-forwards : des bonds en avant dans l’histoire qui nous montrent ce qui est amené à venir. Et même si une aura de mystère entoure ces bonds en avant, dans un film de plus de deux heures et demie ils ont tendance à finir par lasser. D’autant que même si Thimothée Chalamet joue très bien, il a la malchance d’être entouré par un casting ultra charismatique qui a tendance à l’effacer un peu du film. À commencer par sa mère donc, qui -bonne surprise- l’accompagne tout au long du film. Mais gravitent autour de lui Oscar Isaac (son père, le Duc Atréide), ainsi que Josh Brolin, Jason Momoa, Charlotte Rampling, Stellan Skargsard, Zendaya, Dave Bautista, Javier Bardem… Difficile pour un jeune comédien avec une tête d’angelot de se distinguer parmi la dream team qu’est le casting de Dune ! Et donc d’accrocher le spectateur à son siège pour suivre son histoire à lui…

Conclusion : Dune est une fresque de science-fiction grandiose, un immanquable pour tous les amateurs du genre et pour tous les amoureux de belles images. Le film est très inspiré artistiquement, prend le temps de respirer quand il le faut, et nous tiens en halène jusqu’au bout. Si on regrette le traitement un peu déjà vu de l’histoire de Paul, on ne boude pas notre plaisir face à la grande Histoire politique qui se met en place, diablement prenante et affolement cohérente. Dune, ce n’est pas fini, et on a hâte de voir la suite !

Bastien Rouland

Dune

Un film de Denis Villeneuve

Durée : 2h35

Sorti le 15 septembre 2021

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