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[Critique] Comme un avion : Quand Bruno Podalydès fait du surplace

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Trois ans après Adieu Berthe (ou l’enterrement de Mémé), Bruno Podalydès revient à la tête (aussi bien en tant que réalisateur que personnage principal) d’une nouvelle comédie : Comme un avion. L’histoire d’un cinquantenaire rêveur qui cherche à s’échapper de son quotidien de graphiste en partant pour un voyage en kayak. Avons-nous été charmés par cette balade ? Silence Moteur Action vous dit tout !

Le voyage s’annonçait bien…

Dans la vie, Michel s’ennuie. Entre ses collègues de bureau exécrables qui privilégient le contact virtuel alors que vous êtes à deux pas, qui respirent l’hypocrisie, et son patron sympa (incarné par Denis Podalydès, le frère) mais qui se fiche quand même un peu de sa poire… Qu’y a-t-il à sauver ? Sa relation avec Rachelle (Sandrine Kiberlain), peut-être, petit éclat de bonheur parmi cette indifférence, malgré les contraintes d’un amour “routinier” et chronométré. Alors Michel veut fuir. Lui qui se voit partir en expédition tel St-Exupéry devra se contenter d’un kayak, dont la structure lui évoque le fuselage d’un avion. C’est dans cette première partie que Comme un avion parvient à réaliser ce qu’il propose de mieux, grâce à une grande complicité entre Sandrine Kiberlain et Bruno Podalydès, et à la construction d’un kayak encore plus compliquée que celle d’un meuble Ikea !

Michel est un rêveur : il se parle à lui-même de ses projets fous, se laisse porter par le bruit des avions dès qu’il en voit un, visualise des échappées farfelues… Comme un avion assume sa part fantasque mais ce n’est malheureusement pas suffisant.

… mais il se déroule en eaux troubles !

Le problème, c’est qu’une fois Michel parti en expédition, le film s’enlise dans un ennui profond. Car Michel ne fait que tourner en rond et revenir à un même point d’arrivée, l’auberge tenue par Laetitia (Agnès Jaoui), assistée par Mila (Vimala Pons). Un endroit bucolique où l’on se laisse aller à la paresse et aux multiples verres d’absinthe avec quelques étranges personnages… Nous pourrions voir là un certain hommage à la Partie de campagne de Jean Renoir, bien que Michel ressemble davantage à Anatole, le gendre un peu gaffeur, qu’aux deux canotiers charmeurs, Rodolphe et Henri.

Comme un avion est un mensonge : celui de Michel au monde entier, qui ne demande que quelques jours de tranquilité. Cela n’a pas suffi pour autant à nous séduire, puisqu’à force de revenir continuellement au même endroit, les longueurs se font sentir. Conséquence : l’humour ne parvient plus à faire mouche et repose trop souvent sur quelques jeux de mots triturés. La malchance de Michel prêtera parfois à sourire, mais la frustration sera toujours présente, d’autant plus face à une conclusion expédiée à vitesse grand V.

Malgré un casting quatre étoiles et le lâchage complet d’Agnès Jaoui (nous vous laisserons la joie de le découvrir), le charme n’opère pas. La participation de Pierre Arditi est quant à elle quasiment non-nécessaire au scénario, servant uniquement à la construction d’un sketch multiple à l’air méta-cinématographique : “Tiens, il ressemble vachement à Pierre Arditi lui…” Si le spectateur avisé sait qu’il s’agit d’une blague entre les deux acteurs, puisqu’Arditi disait à Podalydès que ses rôles étaient de plus en plus minces à chacun de ses films, le spectateur lambda lui, ne le sait pas. C’est bien ça le problème : cette participation relève davantage de la “private joke” que de la réelle contribution.

Conclusion : Comme un avion va à vau-l’eau. Malgré tous les efforts du monde exercés par Bruno Podalydès pour relancer sa comédie après quelques passages à vide, son film finit par tourner en rond, tout comme son personnage principal. Dommage.


Réalisé par : Bruno Podalydès
Avec : Bruno Podalydès, Sandrine Kiberlain, Agnès Jaoui, Vimala Pons, Denis Podalydès, Pierre Arditi
Sortie en salles le 10 juin.

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