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[Critique] Calls (saison 1) : expérience inédite

C’est sur sa chaîne Youtube qu’il a d’abord fait parler sa créativité, puis en travaillant pour le Studio Bagel pour réaliser des vidéos et écrire des scénarios pour Jérôme Niel, Monsieur Poulpe, Mister V ou Natoo : aujourd’hui, Timothée Hochet sort Calls, une série télévisée sans image. La série naît dans un premier temps sur Youtube – le premier épisode apparaît en octobre 2016 – et le succès est tel que Canal Plus propose au jeune réalisateur dix épisodes, diffusés dès décembre 2017 sur Canal Plus décalé. Et le succès ne s’arrête pas là puisque Calls décroche le prix Spécial Formats lors du MIPFormats 2018 à Cannes (festival se déroulant avant le Festival de Cannes, proposant et récompensant des œuvres adaptés au format TV). 

Calls est une série originale de Canal Plus inédite à regarder, puisque l’action se concentre sur un enregistrement audio. Un pari osé, puisque notre attention (notre ouïe dans le cas présent) est davantage concentrée sur les dialogues, les sons ou encore sur la cohérence du scénario. La première saison se déroule en dix épisodes qui durent entre 10 et 20 minutes et dans lesquels on suit des récits différents à l’aide de captation audio : conversation téléphonique, talkie-walkie, baby-phone, boîte noire d’un avion, etc… On écoute ces enregistrements comme des preuves d’événements qui se seraient déroulés il y longtemps… ou qui ne se sont pas encore déroulés…

L’immersion grâce à l’audio

À l’écran, le spectateur ne voit rien ou presque : seuls les prénoms des protagonistes apparaissent au fil d’une conversation, retranscrite en texte à l’image car certains échanges sont volontairement inaudibles. L’expérience est particulière et le spectateur laisse son imagination le porter : “Mon projet constitue une expérience où le spectateur se retrouve plongé dans le noir, frissonne et imagine, explique Timothée Hochet lors d’une interview du Huffington Post en novembre 2017. Selon moi, l’image est extrêmement présente dans notre société actuelle, le son un peu moins. À travers cette entreprise, je souhaitais absolument mettre l’accent sur l’aspect auditif et l’imagination.” 

Dans le noir, tous les sons deviennent éloquents : bruit de pas, chuchotement, frottement, ligne téléphonique brouillée… ce sont les effets sonores qui réussissent à nous transporter avec Calls. Et encore plus que les sons, les silences des protagonistes vous laisseront imaginer le pire. C’est la clé de ce show audio : les silences nous immergent dans les conversations comme si nous étions plongés nous-même dans l’histoire. La meilleure expérience restera de plonger dans ce chef-d’œuvre audio avec un casque pour se couper de tout bruits parasites, en laissant son imagination aller et en s’immisçant au cœur des enregistrements comme on espionne une conversation : c’est à ce moment là que l’action nous surprend.

Ce procédé nous rappelle évidemment que la diffusion d’une série n’a pas toujours été télévisuelle, et l’expérience sonore de Calls nous ramène à l’époque où l’on consommait les série à la radio. Plus encore, le contexte de la série, et même certains épisodes font hommages à une histoire qui avait terrorisée l’Amérique en 1938, quand le réalisateur Orson Welles avait adapté à la radio La Guerre des Mondes, roman de H. G. Wells : le feuilleton radiophonique, qui racontait l’invasion de la Terre par les Martiens, avait provoqué dès le lendemain de sa diffusion quelques scènes de panique.

Frissons garantis

Au premier abord, les épisodes ne semblent pas liés entre eux. L’un nous emmène lors d’un baptême de plongée sous-marine, un autre dans la maison d’une famille très chrétienne ou encore directement dans l’espace à bord de l’ISS (Station spatiale internationale). Pourtant au fur et à mesure que l’on avance dans la série, des enregistrements écoutés, des fins souvent tragiques, se dévoile une connexion à un thème principal : l’Apocalypse. 

D’une grande originalité, la mini-série est angoissante et terriblement captivante. Chaque épisode nous partage entre l’envie de connaître la fin des minis-histoires et la peur du destin tragique auquel les héros sont confrontés. Les épisodes abordent également des thématiques importantes comme la sécurité et le risque d’une attaque terroriste, le sentiment d’attachement d’une personne envoyée dans l’espace, le sacrifice de soi ou encore le rapport à la mort et à l’au-delà. Face à ces sujets qui concernent l’existence humaine, le spectateur se met très facilement à la place des protagonistes et se demande ce qu’il ferait dans une situation similaire.

Une expérience immersive aux dialogues percutants, c’est enfin là le point d’orgue que Canal Plus et Timothée Hochet nous proposent. Vous ne pourrez pas les voir, mais vous saurez les reconnaître : Kyan Khojandi, Marina Foïs, Gaspard Ulliel, Baptiste Lecaplain ou encore Mathieu Kassovitz… un casting de voix marquantes qui savent transmettre les émotions des situations dans lesquelles elles se trouvent et nous transporter avec elles.

Une saison 2 de Calls est sortie le 27 mai 2019 sur Canal Plus et se compose de dix nouveaux épisodes qui contrairement à cette première saison – où tous les épisodes s’offrent à une fresque plus grande – nous racontent des drames plus personnels. Cette deuxième saison laisse de côté l’aspect surnaturel pour s’attaquer à des faits divers, qui touche le quotidien de chacun.

Conclusion : Calls  de Timothée Hochet est une expérience inédite qui nous ramène au temps où l’on consommez encore des séries à la radio. On nous plonge alors dans un récit aux dialogues imagés et percutants qui font travailler l’imaginaire de ses auditeurs. Calls est une petite pépite qui se dévore rapidement et on en redemande !

Xavier Dupuys

Calls
Une série créée par Timothée Hochet
Disponible sur Yo
utube et Canal Plus

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