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[Critique] Blackbird : un drame pas si dramatique

Après Coup de foudre à Notting Hill, Morning Glory, My cousin Rachel ou encore The Mother, le cinéaste sud-africain Roger Michell revient sur nos écrans avec Blackbird, un huis-clos sympathique qui nous plonge dans la vie d’une famille frappée par la maladie, remake du film danois Silent Heart, réalisé en 2014 par Bille August. 

Lily, atteinte d’une maladie incurable, et son mari Paul décident de réunir leurs proches pour un week-end dans la maison familiale. Les deux filles du couple sont présentes avec leurs compagnons, le petit-fils et une vieille amie sont présents également pour une seule raison : dire au revoir à Lily, qui refuse de se voir dépérir à cause de la maladie et décide de prendre son destin en main en optant pour le suicide médicalisé. Les avis divergent face à ce choix, les rancœurs remontent à la surface, les secrets pointent le bout de leurs nez… Le temps de ce weekend fatidique, c’est toute la famille qui sera mise à l’épreuve.

Vivre chaque jour comme le dernier

Si l’on peut redouter à la lecture du synopsis un film larmoyant sur la perte de l’être aimé et le suicide (ici médicalisé), il n’en n’est rien. Blackbird est un film plein d’espoir et d’humour, parfois grinçant mais quand même présent, à l’émotion dosée comme il faut. Roger Michell a notamment choisi de filmer l’action de façon chronologique afin d’obtenir, d’après ses mots : “une concentration et un engagement des acteurs envers le film et entre eux” encore plus grand. C’est un véritable choix artistique du réalisateur, quand l’immense majorité des films sont tournés en fonction des disponibilités des acteurs et des lieux de tournages, entre autres. A l’écran, cela se traduit par une complicité visible entre les acteurs, aidant à l’immersion du spectateur dans le film.

L’histoire se passe en un weekend : cette temporalité très courte ne laisse pas le temps au film de se perdre dans des détails futiles. Ici chaque moment – les derniers de Lily – est important. Une tension lente s’installe, un compte à rebours silencieux résonne dans l’esprit des personnages et les pousse à faire face aux secrets et aux non-dits familiaux. La temporalité est soutenue par une réalisation en quasi huis-clos dans une maison de campagne isolée qui devient un personnage à part entière, grâce aux souvenirs, racontés par les protagonistes,  qu’elle habite.

Une famille en or

Les acteurs portent le film, à l’image de Susan Sarandon pleine de justesse dans le rôle de la mère attaquée par la maladie : son corps est affaibli, ne répond plus correctement mais son esprit est toujours affûté et à l’écoute de ses proches. Notamment au moment d’affronter les égoïsmes de chacun : le refus de laisser l’être aimé partir, la réaction des enfants par rapport à son choix, les envies de son petit-fils pour son avenir face aux volontés de ses parents, la gestion de son mariage durant cette période compliquée… Dans toutes ces situations Sarandon parvient à trouver l’équilibre et à rendre son interprétation crédible, à la fois touchante et drôle.

Pour le reste du casting, seulement huit personnages passent devant la caméra, mais Roger Michell offre au spectateur des acteurs reconnus et de qualité. Kate Winslet joue l’une des filles, mère fatiguée et surprotectrice. Rainn Wilson incarne son mari, celui qui tente les blagues tout en étant un peu gênant. Sam Neill est le patriarche qui essaie d’arrondir les angles et qui prend soin de la mère, Lindsay Duncan campe l’amie de la famille, Mia Wasikowska joue la deuxième fille, plus tourmentée, en rébellion par rapport à la famille, auprès de sa compagne (Bex Taylor-Klaus) et de son fils (Anson Boon), rôle plus mineur mais intéressant d’un jeune adulte que les parents voient encore comme un enfant et qui de fait est plus mature que ce qu’ils pensent.

“Elle est prête, mais moi pas.”

Les films qui parlent de la perte de la mère de famille de façon aussi juste et sincère malgré la tragédie de l’événement ne sont pas légion. La force du film tient donc dans ce détail. Un équilibre est trouvé et rend l’ensemble harmonieux. Grâce à la diversité de ces personnages, dans lesquels chacun pourra se retrouver ou y voir quelqu’un de familier, Blackbird parlera aux spectateurs qui ont perdu un proche, qui ont vécu ce moment à la fois douloureux mais qui est aussi l’occasion de revivre les bons moments du passé. La proximité, et presque la complicité que le film engendre avec les personnages vis-à-vis du spectateur rend possible cette identification.

Enfin, le film apporte aussi une lumière sur le vieux débat de l’éthique médicale autour du suicide assisté : en France, ce débat a été médiatisé par le cas de Vincent Lambert, qui a opposé les membres de la famille refusant l’acharnement thérapeutique et ceux refusant l’euthanasie. Si la loi soit différente dans chaque pays (le suicide assisté est interdit en France), voire pour chaque Etat des USA, le film choisit alors de traiter le sujet sans prendre parti, en proposant de mettre en avant le choix du malade, tant qu’il peut encore le faire, tout comme les réactions de ses proches.

Conclusion : avec Blackbird, Roger Michell signe un film touchant et drôle qui se regarde de façon plaisante. La proximité et l’humanité des personnages rendent le film très vivant et l’émotion toujours mesurée permet à l’ensemble d’aboutir sur un film très agréable.

Blackbird
Un film de Roger Michell
Durée : 1h37
Sortie le 23 septembre 2020


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