[Critique] Big Mouth, saison 4 : longue et molle ?

Big Mouth avait placé la barre haut avec ses trois premières saisons. La série d’animation, presque d’utilité publique, proposait d’expliquer avec humour aux jeunes adolescents le fonctionnement de leur corps, la sexualité, et autres questionnements naissants à cette période. Mais après avoir fait le tour de nombreuses questions importantes, la série semble s’enfoncer dans la caricature. Pourquoi ?

L’été arrive. Nick et Andrew, autrefois meilleurs amis, ne peuvent plus se sentir. Jessie, elle, se sent abandonnée par tout le monde. Pourtant, ils vont tous se retrouver dans un camp de vacances qui va tourner au cauchemar. Avant de devoir retourner au collège, où de nouvelles expériences les attendent…

(Co)Vide ?

Avant d’aborder ses qualités et défauts, revenons un peu en arrière. Big Mouth est une excellente série, qui personnifie les pulsions et émotions des jeunes adolescents à travers les truculents et grossiers monstres des hormones. Au fil du temps, d’autres concepts et attributs corporels sont humanisés dans le but de fluidifier leurs interactions avec les personnages. On trouve ainsi dans Big Mouth des pénis et vagins parlants, la pornographie devient une Jungle à la Apocalypse Now… De (très !) nombreuses bonnes idées parsèment la série qui se veut éducative. Et elle l’est ! On aurait tous aimé connaître cette série en étant jeune… Mais la voir en tant qu’adulte reste un plaisir tant elle évoque de nombreux souvenirs et expériences personnelles.

Seulement voilà : le Covid-19 serait-il passé par là ? La saison 4 de Big Mouth semble avoir été… précipitée. La série avait déjà proposé un épisode spécial Saint-Valentin pour patienter entre les saisons 2 et 3. Voir la saison 4 s’ouvrir sur des épisodes se déroulant dans un camp de vacances laisse supposer qu’il s’agissait initialement d’un seul épisode spécial été, qui aurait dû faire patienter jusqu’à la saison 4… Cette dernière paraît donc avoir été raccourcie, ce qui a pour conséquence de ne pas laisser à Big Mouth le temps de pleinement développer un concept, ou un arc narratif principal intéressant.. Les histoires les mieux écrites sont secondaires et concernent l’exploration du désir entre Jay et Lola (Jason Mantzoukas et Nick Kroll) ainsi que l’homosexualité de Matthew (Andrew Rannels) et son rapport avec sa famille.

Problème : Jay et Lola sont des personnages à tendance absurde, donc difficile de toujours prendre leur évolution au sérieux. Et Matthew est très peu présent par rapport au temps d’écran des personnages principaux. Car Big Mouth continue de se focaliser sur Nick, Andrew (John Mulaney) et Jessi (Jessi Klein). Malheureusement, les problèmes de ces personnages sont toujours les mêmes depuis trois saisons. Nick complexe sur la taille de son pénis et peine à se faire comprendre sur ses sentiments. Andrew est parfaitement accro à la masturbation. Jessi est dépressive et se sent abandonnée.

Grande gueule, rien dans le slip ?

La saison 4 peine donc à renouveler le concept. Pire : elle recycle des problèmes qui semblaient avoir été largement résolus ! La dépression de Jessi, qui se manifeste sous la forme d’une grosse chatte violette, était un problème qui prenait beaucoup de place dans la saison 2. Il avait été très bien traité, jusqu’à sa résolution, quand ses amis plongent dans l’univers fantasmé des monstres et sentiments personnifiés pour la sortir de là. Une métaphore qui fonctionnait très bien : ses amis plongeaient avec elle dans son ressenti pour l’aider à s’en sortir.

Toute la série reposait sur des métaphores. L’un des gros problème de cette quatrième saison, c’est que les métaphores n’en sont plus ! Tout le monde voit les monstres de chacun. Ces derniers sont d’ailleurs un peu trop nombreux pour se détacher des uns des autres. Maurice, le premier monstre des hormones présenté, était jusqu’ici une caution humoristique très efficace. Les éclats de rire étaient nombreux et son interaction avec les enfants ou avec Connie (Maya Rudolph), le monstre des hormones féminin, était toujours très bien vues et efficaces. Mais ici, entre lui, Connie, les différents autres monstres des hormones, le monstre de la dépression, de la honte, de l’angoisse, qui interagissent tous en même temps… L’humour n’est plus aussi frais, et les histoires et problématiques se mélangent trop.

En reste, tout de même, quelque bonnes idées. Big Mouth reste assez drôle dans cette quatrième saison. Le monstre de l’angoisse aurait dû être le monstre principal de cette saison, à l’image d’un monstre de la honte une saison plus tôt. Sa représentation est efficace et le message véhiculé important, même si la résolution est quelque peu facile. L’arc narratif de Nick qui intériorise tellement ses angoisses qu’il se créé une autre personnalité est intéressant, mais là encore trop vite traitée et facilement résolue. Pareil pour Missy (Jenny Slate puis Ayo Edebiri), qui se pose des questions sur l’héritage de la culture noire, dont ses parents évitent de parler. Vous l’aurez compris, c’est bien pensé, mais trop baclé.

Conclusion : Big Mouth déçoit dans cette quatrième saison. Remplie d’idées intéressantes mais qui sont pour la plupart mal traitées, on se retrouve face à une saison brouillonne. L’humour, quoiqu’en dessous, reste très présent. Comme il reste au moins deux saisons à venir, ne boudez pas non plus votre plaisir. On a espoir que la série redresse le manche pour les histoires à venir !

Bastien Rouland

Big Mouth Saison 4
Une série de Andrew Golberg, Nick Kroll, Jennifer Flacket et Mark Levin
Durée : 10×25 min
Disponible sur Netflix

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