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[Critique] ADN : touchant mais confus

Cinq ans après Mon Roi, Maïwenn revient derrière la caméra avec son cinquième long métrage, ADN : l’histoire chargée d’une famille qui part doucement en lambeaux et la quête identitaire de l’une de ses membres.

Emir, retraité algérien atteint d’Alzheimer et pensionnaire en maison de retraite, est le pilier et le doyen d’une famille désunie. Son décès va réveiller de nombreuses rancœurs, ainsi qu’une crise d’identité chez Neige, sa petite fille. Neige va alors partir à la recherche de ses racines tout en naviguant à travers les conflits familiaux.

Un casting de poids

Maïwenn aligne pour son film un casting conséquent. Différentes générations de comédiens vont pouvoir exprimer tout leur talent. Le premier à briller par son jeu d’acteur sincère et touchant est le personnage de Kevin, cousin de Neige interprété par Dylan Robert, acteur découvert dans Shéhérazade en 2018. Le premier quart d’heure de film lui est presque entièrement consacré.

Lorsque son grand-père décède, la famille se rassemble pour se recueillir et prendre en charge les obsèques. On commence alors à suivre l’histoire exclusivement à travers les yeux de Neige (Maïwenn), qui va de conflit en conflit avec les autres membres de sa famille. Qu’il s’agisse de sa sœur (Marine Vacth), sa mère (Fanny Ardant), son père (Alain Françon), tout le monde y passe. Heureusement, Neige peut compter sur le soutien de son ami (Louis Garrel). Tout ce beau monde est convainquant et on prend plaisir à les voir interpréter des rôles qui semblent avoir été composés sur mesure. Fanny Ardant interprète une mère distante mais aimante avec qui Neige entretient une relation complexe ; l’une des plus intéressantes du film. Une touche de comédie est induite grâce au personnage de Louis Garrel : ses dialogues visent toujours juste et il arrive à désamorcer les moments de drame sans pour autant faire oublier la tension instaurée par le film.

Malgré tout, avec du recul, on peut remettre en question les intentions de Maïwenn : si les acteurs sont convaincants et que le film est truffé de scènes poignantes, on peut remettre en question certains choix : certains personnages disparaissent totalement du film, sans raison apparente, et la finalité du scénario amène à penser qu’il s’agit d’un film porté uniquement par ses comédiens et non par l’histoire qu’il cherche à raconter.

Une histoire décousue

Si le point de départ est intéressant, quoique classique, le développement de l’histoire est légèrement confus. Il se déroule bien un quart d’heure de film avant que ne se dégage un personnage principal : le début est presque entièrement consacré à la relation entre Kevin et son grand-père, mais par la suite, le personnage de Kevin disparaît du film, qui se concentre désormais sur la quête identitaire de Neige. Si la structure du film était celle d’une tranche de vie où l’on suit tour à tour différents membres de la famille en réaction au décès du grand père, pourquoi pas. Mais malgré les images touchantes et les acteurs talentueux, ces premières scènes ne mènent nulle part, si bien qu’on questionne l’intérêt de ce début de film.

En quête de ses origines, Neige va fatalement se confronter à sa mère puis à son père. Les scènes sont poignantes grâce aux comédiens et à des dialogues bien écrits, mais là aussi on s’interroge sur la volonté de Maïwenn, car ces sous-intrigues ne trouvent pas nécessairement de résolution au sein du film. Bien sûr, cela peut-être un parti pris : parfois, certaines relations sont trop toxiques pour être résolues. Le grand-père étant décédé, plus rien ne lie Neige à ses parents. Mais dans l’exécution, on a l’impression tout de même qu’il manque des éléments à l’intrigue. Outre la disparition de certains personnages, des dialogues tendent des perches pour d’autres intrigues, sans y donner suite pour autant (comme un de ses frères qui assure à Neige qu’elle est « toxique », puis s’en va hors champ sans explication ; on n’en saura pas plus du reste du film…).

Parfois, on ne comprend tout simplement pas quelle relation lie les personnages entre eux. Celui de Louis Garrel, par exemple, est assez nébuleux : il est très proche de Neige et du reste de sa famille, sans pour autant en faire partie. S’agit-il de l’ex de Neige ? Du père de ses enfants ? D’un ami d’enfance ? Ce n’est pas clair. L’histoire finit par oublier les conflits au sein de la famille pour seulement se consacrer à la recherche des origines de Neige, et se termine assez maladroitement : on a le sentiment que Maïwenn se regarde tourner le film, profitant de manière opportuniste de manifestations dans lesquelles elle s’est filmée à la volée au milieu de la foule, le tout monté comme un clip sur des paroles de Grand Corps Malade. S’il y a peut-être un sous-texte politique recherché par la réalisatrice, on en dégage une fin bancale et opportuniste sans lien très clair avec le reste du film et des intrigues développées.

Conclusion : On ressort d’ADN confus. On est touché par des scènes poignantes interprétées par un casting cinq étoiles mais en prenant du recul, on a du mal à lier les scènes entre elles, malgré le fil rouge de la quête identitaire de Neige, qui se termine en un ego trip bancal, maladroitement mis en scène.

Bastien Rouland

ADN
Un film de Maïwenn
Durée : 1h30
Sortie le 28 octobre 2020

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